I. Voy. LungluU, Mémoire sur le Soma, p
UES AUYAS.
c( pandu sur le monde son enivranlc ambroisie. Sonia M esi devenu la chair du sacrilice; à son banquel sacre « ont égalemenl conviés les dieux el les hommes. « Dans celte parlicipalion commune à de mystérieuses « nourritures, tous ont trouvé la vigueur el le plaisir. « Indra a ranimé ses esprits pour résister aux ennemis « de la lumière; le soleil a lancé son char; le ciel el la c( terre sonl rajeunis; les ondes ont recouvré leur litt berté ; chaque déva, ferme à son poste, s’est senti plus « de force pour accomplir son devoir, et les hommes, « obtiennent, de la royale générosité de Soma, de l’or, « des chevaux, des vaches el de l'orge. »
L^élan religieux auquel se laissait aller l’homme des temps védiques, à la vue de la flamme du sacrifice el de la libation qu’il y versait, s’objectivait à son tour pour lui el devenait une divinité nouvelle, où se personnifiait le sentiment de piété qui lui faisait invoquer les dieux et entretenir en leur honneur le feu d’Agni. De XhBrihaHpati, OMlirahmanaspati, le maître, le protecteur de la prière, invoqué à son tour comme le médiateur entre le sacrificateur el les dieux, comme celui qui rend ces derniers favorables. Divinité puissante et révérée, Brihaspati, de même que Soma, s’assoit aux côtés d’Indra, prend part aux miracles qu’il opère, et voilà pourquoi le chantre védique lui attribue quelquefois les exploits dont le dieu suprême est le véritable auteur ‘.
Je citerai encore dans la catégorie des divinités se
1. C’esl uiiwi ([u’oii lui uUnliue lu dusti'uclioii du la caverne où sont reiirei'iiiées les vaches enlevées pur les Asuurus. Cf. Lassen, o. c., l. 1, [). tüC.
LA UEHlilÜN
rallacliant aux personnifications du sacrifice, les Hitous ou lÜtavas, qui ne sont autres que des représentations antliropomorphiques des trois saisons de l’année, des trois divisions du temps, et dans lesquels on reconnaît le type des trois Heures des Grecs*. Les saisons des rites se trouvent ainsi déifiées comme les rites euxmêmes. Le chantre arya les appelle à partager la libation du soma avec Indra, Agni cl les Marouts.
L’esprit créateur des ancêtres des Hindous ne s’est pas arrêté à cette première génération de dieux; il ne s’est pas borné à transformer en divinités les divers effets des agents qui interviennent dans le monde physique et moral ; il s’est aussi représenté sous une forme humaine, comme des êtres animés, une foule de faits produits par le concours de ces agents mêmes. Les Aryas exposèrent les phénomènes de la nature et les traduisirent à la pensée dans un langage emprunté à leurs habitudes, à leur genre de vie, aux objets qui les entouraient, aux actes dont ils étaient témoins.
Entre ces divers phénomènes, il en est un surtout qui frappait leur imagination, un dont le retour journalier et l’importance pour l’homme devaient faire le phénomène par excellence, c’est la succession de la lumière et des ténèbres; soit que cette succession fût l’effet de l’apparition et de la disparition alternative du soleil, soit qu’elle résultât de l’obscurité passagère dont les nuages, les tempêtes voilent les deux. L’Arya se représentait les nuées épaisses, qui portent souvent dans leur liane l’orage, comme des êtres méchants, des
1. F. Neve, E$sai sur le mythe des Ribhavas, p. 14. (Paris, 1847.)
DES AUY\S.
esprits malfaisants, s’eiïorçant d’éteindre la lumière du jour, comme des agents de mort et de destruction par lesquels la nature était mise eu péril et qu’Indra avait incessamment à combattre. Les ténèbres ont été pour toutes les populations primitives l’image de la mort. Voilà quelle fut l’origine du mythe des Asouras. Lès divinités que le Véda désigne sous ce nom sont les forces de la nature qui semblent lutter contre les dieux. Ils répondent trait pour trait aux Titans de la poésie hellénique; ils ont donné naissance aux Dews du mazdéisme.
Quand les vents, de leur souffle bienfaisant, chassaient du firmament le nuage funeste, quand le soleil, précédé de l’aurore, dissipait l’obscurité, l’Arya voyait là un combat, suivi d’une victoire. Rempli d’allégresse à la vue du triomphe d’Indra et de ses compagnons, les Marouts ou les vents, il célébrait dans ses hymnes toutes les circonstances de ce combat glorieux.
Le phénomène qui n’étonne plus aujourd’hui, dont l’explication paraît facile au physicien, s’offrait avec un caractère imposant et merveilleux aux naïfs pâtres de l’Aryavartta; il fournissait l’image toute naturelle de la lutte du bien et du mal, et il est devenu la source d’une foule de conceptions mythologiques qui se développèrent, en se transformant, dans le mazdéisme. La religion de Zoroastre nous met effectivement sans cesse en présence d’un combat analogue. La guerre est déclarée entre les Dews qu’Ahriman commande et les Amschaspands et les Izeds. Mithra apparaît constamment entouré de ses compagnons armés contre les méchants esprits, et ces compagnons ne sont, en dernière analyse,
LA RELIGION
que les forces bienfaisantes de la nature. Nous avons là le pendant de la lutte d’Indra, auquel les Marouls et les dieux de l’air font habituellement cortège, et des Asouras.
L’Ârya appelle journellement à son secours le dieu victorieux, Indra, qu’il se représente comme porté sur les Marouts, absolument de même que nous voyons l’Hébreu implorer le secours de Jéhovah, porté sur les Chérubins. La conception juive est moins entachée d’antliropomorpbisme, mais elle repose sur la même idée.
On va s’en convaincre par le rapprochement de divers passages empruntés aux Vêdas ou aux livres de l’Ancien Testament.
« Le généreux Indra, dit Madhoutchhandas, a com- « pris son dessein et il arrive avec l’escorte des Ma- « routs*. »
« Nous implorons ici les secours du céleste Indra, « dit Bhàradvàdja , dieu bienfaisant qu’accompagnent tt les Marouts*. »
« Ou’Indra, accompagné des Marouts, vienne à notre « secours, du ciel et de la terre, de l’air et de l’onde, » dit Vâmadeva®.
« Indra est le chef des Marouts; ceux-ci sont ses « auxiliaires et sans cesse en adoration devant sa puis- « sance^.
« O Marouts! s’écrie Medhâtithi, qui avez Indra « pour chef*. »