I.ES ARYAS
Il est impossible de peindre sous des Irails plus saisissants un phénomène naturel. Si le poëte s’éloigne de temps en temps du simple exposé du météore, il y rentre sans cesse et ne permet pas qu’on puisse se méprendre sur ses intentions.
Le travail de l’anthropomorphisme ne s’est pas arrêté lù. La mort de Yritra a pris dans les légendes postérieures un caractère encore plus historique et plus humain. Dans le Mahihhàrata, elle est racontée en des termes qui nous montrent à quel point les Hindous avaient oublié l’origine toute naturaliste de ce dieu méchant '. On voit dans l’épopée sanscrile le dieu muni de la foudre, protégé par les autres divinités, attaquer Yritra , qui tient enveloppés le ciel et la terre ; celui-ci est défendu de toute part par les Kâlakêyas gigantesques, avec leurs armes levées, pareils à des montagnes surmontées de leurs cimes. «Alors eut lieu, dit 1e Mahàhhârata, « le combat des dieux avec les Dénavas, qui, pendant « une heure, remplit le monde d’une grande terreur. « C’était un grand bruit de glaives levés et heurtés par « de nombreux combattants, ou frappant sur des corps. « On vit la surface de la terre couverte par les tètes qui « tombaient de l’atmosphère comme des palmes déta- « chées de leur tige. Les Kâlôyas, couverts de cuirasses « d’or, combattant avec des piques, tombaient sur les « dieux comme les arbres embrasés d’une forêt. Les « dieux ne purent soutenir le choc de ces impétueux «combattants qui se précipitaient sur eux; mis en « désordre, ils s’enfuirent épouvantés. » L’épopée in-
1. Voy. Ph. Ed. Foucaux, le MuhûbMrata , onze épisodes tirés de ce poème épique, p. 213 rt suiv.
LA RELIGION
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clieniic raconte ensuite la victoire d’Indra aidé de Vichnou, des dieux et des glorieux Richis.
Des mythes plus complexes, plus riches encore de développement sortirent de la même source. Il se forma de longues légendes dont le point de départ n’était que le naïf exposé des phénomènes naturels, mais qui s’éloignèrent promptement de la conception à laquelle elles devaient naissance, si bien que pour y remonter, il faut souvent consulter le commentateur hindou. Dans le Rig-Yôda môme, il y a des traces de ces mythes où la conception naturaliste tendait à s’effacer, et sur lesquels s’est exercée la sagacité de Pandits. En voici un exemple :
Les rayons du soleil semblent, au déclin du jour, aller s’enfoncer dans quelque obscur souterrain, ou, pour mieux dire, la nuit apparaît, aux yeux de l’Arya, comme une caverne dans laquelle ces rayons sont retenus. Qui peut dérober ainsi à l’homme ces feux bienfaisants dont est égayée, animée la nature? se dit le poète védique; et il se répond : Sans doute, des génies malfaisants, ceux qui semblent avoir voué à la lumière une haine éternelle, lesAsouras, les Panis (les mains lestes), fils de Bala (la violence). Et les rayons solaires, sous l’empire de cette idée, ne sont bientôt plus pour lui les feux du ciel. Comme les bestiaux composaient toute la richesse de l’Arya, il transporte leur nom à tout ce qui fait son bonheur et lui procure un avantage. Les feux rougeâtres du soleil couchant , il les appelle des vaches, nom qu’il donne aussi au sacrifice, à la prière, à la terre, aux nuages, à la libation. Dès lors ce ne sont plus les rayons solaires que, dans la pensée de
DES ARTAS.
ni
l’Arya, les Asouras ont cachés au fond de leur caverne, ce sont des vaches célestes qu’ils ont dérobées , vaches dont Indra est le pasteur et le maître [ÿopali). De là une légende dont les développements se sont continués bien après l’époque védique.
L’Arya appelle le retour de cette clarté sublime dont la flamme du sacrifice lui fournit durant la nuit une image affaiblie. Le feu du foyer, nous l’avons déjà vu, c’est Agni. Et par une de ces métaphores dont la hardiesse nous surprend et répond peu à nos habitudes, une chienne divine est donnée pour compagne à Agni, c’est Saramâ, personnification de la voix de la prière (Yâgdévi). Cette chienne, dans la légende, va à la découverte des vaches que les Asouras ont dérobées. Le jour qui reparaît fournit la conclusion du récit ; c’est pour l’Arya, Indra en personne, accompagné des Marouts et des Angiras, qui vient briser la caverne *.
On comprend combien , une fois lancé dans la voie des allégories, l’Arya devait promptement agrandir le cercle de ses croyances religieuses, combien l’infinie variété des phénomènes optiques devait lui fournir de divinités nouvelles.
Le sabéisme a-t-il suffi aux instincts religieux des pasteurs de l’âge védique? N’ont-ils déifié que la nature, et ne sont-ils point arrivés à déifier Tbomme même? C’est là une question dont la solution importe à la connaissance complète de la religion des Aryas.
Les érudits du siècle dernier, élevés à l’école de l’évhémérisme des Pères de l’Église, étaient fort en-