I. l'arU, 1859, in
UES AKYAS.
plus souvent à l’air libre ; ils avaient dès lors sans cesse sous les yeux le spectacle du ciel. Inhabile à se garantir des influences atmosphériques, l’Arya se trouvait sous la dépendance immédiate et constante des météores ; ce fut donc vers eux que se tourna d'abord son culte. Le firmament qui déroulait au-dessus de sa tête sa vaste nappe d’azur, les feux mystérieux qui en sèment le fond transparent, le soleil surtout qui éclipse par sa splendeur toutes les autres clartés célestes, lui apparaissaient comme des êtres supérieurs dont il se croyait le sujet et l’enfant. Il élevait vers eux ses bras suppliants et sa prière; il les appelait les Dêvas, c’est-à-dire les resplendissants. Ce nom, disons-le tout de suite, confirme d’une manière frappante l’origine commune des religions des peuples indo-européens. Le radical div (briller) se retrouve dans la plupart des mots qui , chez les langues de cette race , expriment l’idée de divinité. Tel est le grec Oés;, le latin Deus, le lithuanien Diewas , l’irlandais Dia. Parfois le mot formé de cette racine a perdu son acception générale pour ne plus s'appliquer qu’à un dieu particulier *.
Les phénomènes lumineux, les agents qui leur don-
1 . A côté de ce nom de déva se rencontre un grand nombre d’expressions flgiirées qui appliquent au dieu les atlrihuls de l'humanité. Ces dieux sont même désignés très -souvent par ie mot qui répond étymologiquement, comme pour le sens, au grec àvrp , c’est-à-dire homme, à savoir nri, gén. [mras, à-vî'pi;). De cet emploi de nri, observe le savant indianiste M. Ad. Regnier, auquel j'emprunte l’observation, il est curieux de rapprocher un substantif désignant l’homme comme une portion, une moitié, quelque chose d’incomplet, comme un être qui ne répond qu’en partie à l’idée que son nom exprime : iiema, demi. — Voy. Ad. Regnier, Étude sur l’idiome des Védas, pari. 1 , P 20.1.
LA RELIGION
nent naissance, le soleil, le feu, les (Moiles, l’éclair, la foudre et tous les elTels qui s’y rattachent, l’aurore, les nuages, la nuit, furent donc par excellence les objets de l’adoration des Aryas. Partout on retrouve dans le Rig-Vèda l’amour de la lumière et l’horreur des ténèbres. Aussi M. Edgar Uuinet a-t-il caractérisé d’une manière fort juste la religion védique, en l’appelant la révélation par la lumière. L’Arya suit attentivement toutes les formes, toutes les stations que prend le soleil, toutes les relations qu'il présente avec la nature. Chaque phénomène physique devient le thème d’un mythe dont le personnage principal est presque toujours le soleil ou le ciel lumineux. Ces Dévas si nombreux, si variés ne sont, à vrai dire, que des métamorphoses d’une divinité unique dont l’astre du jour est la manifestation sensible. A travers toutes ces formes que son imagination individualise, on perce jusqu’à la cause universelle qui crée et entretient l'univers, qui plane sur la terre, mais réside dans la profondeur des deux.
Le plus grand des dieux védiques, le dieu des dieux, comme l’appelle encore le Mabàbliérata*, est Indra, le dieu du ciel, de l’air azuré, de la foudre, considéré tantôt comme la personnification de la voûte céleste*,
1. Voy. Th. Pavie, Fragments du Mahûbhàrata, p. 89, astikaparva.
2. Certains passages du Rig-Véda indiquent quTndra était pris comme une personniflcalion de la voûte éthérée. Tel est , [Mir exemple, celui-ci : « Le ciel, en eflet, ne voit alors que la moitié de « ta grandeur et l’autre partie de ton corps disparaît , assise qu’elle H est sur la terre, n {Rig-Véda, sert, iii, lect. 2, h. 3, v. il, Irad. Langlois, t. H, 44. Cf., sect. iv, lect. 2, h. 2, Irad. Langlois, t. II, p. 446.
DES ARYAS. 19
tantôt comme l’ôlre mystérieux et impénétrable qui y habite.
Les Âryas l’invoquent comme le dieu éternel, premier-né, dont la puissance est sans bornes, irrésistible, incomparable. Véritable roi du monde, il régne sur les hommes de toutes les conditions; voilà pourquoi ceux-ci lui doivent leurs prières. C’est le plus grand, le plus élevé des êtres. Plein de force et d’équité, il est l’auteur de tout ce qui existe; il domine au ciel et sur la terre, sur les ondes et sur les montagnes célestes. Il est, comme dit Ilcnou, l’un des chantres védiques, au-dessus de tout, des jours et des rniits, de l'air et de la mer. Il s’étend plus loin que le vent, que la terre, que les fleuves, que le monde.
Aussi le poëte sacré entonne-t-il sans cesse en son honneur l’hymne de louanges et d’actions de gi’âces. Le Ilig-Véda est tout rempli de cantiques qui lui sont adressés. Indra est l’expression la plus générale et la plus élevée de l’idée divine ; les autres Dôvas n’en sont que des formes isolées et secondaires. On retrouve en lui le Zeù; des Grecs, autrement dit le Jupiter homérique, comme le Jupiter latin. Ce Ztùq lui-méme, son nom dérivé du dyazcs sanscrit, indique une ancienne personnification du ciel*, c’est-à-dire un dieu issu d’Indra. Comme lui, il est le dieu très-noble et très-grand, xûStî-re, i/.éyi'rce'*, il est le père des hommes et des dieux, Ta-njp dtvSpwv ts Oswv -e*; il lance la foudre,
1. Voy. Max Muller, Essai de mythologie comparée, trad. franç.,