RT SA CHAIRE DU COLLEGE DE FRANCE XXI
archéologiques. Constamment dévoué aux véritables intérêts de
la science, il usa de la façon la plus désintéressée de la conOance
bien méritée que lui témoignait Napoléon III, et fournit plus
d* une fois à déjeunes archéologues qui devaient plus tard prendre
place à ses côtés, à l'Académie des Inscriptions, le moyen de
mettre leur mérite en évidence.
L'année 1866, qui vit paraître le tome II de V Histoire de Jules Cétar^ marque en quelque sorte le terme de la participation régulière du bibliothécaire des Tuileries aux travaux de l'empereur. En face des complications européennes sans cesse grandissantes, Napoléon III n'avait plus la quiétude d'esprit nécessaire pour la continuation de l'œuvre historique qu'il ne devait pas terminer. Il n'oublia pas cependant l'habile érudit dont la collaboration lui avait été si précieuse : la Direction générale des Archives de l'Empire étant devenue vacante par l'entrée du marquis de ' Laborde au Sénat, Alfred Maury fut désigné, en avril 1868, par le souverain, pour administrer ce bel établissement scientifique. Presque étranger jusque-là à ce qui touchait le vaste dépôt dont la garde lui était confiée, Maury, avec son intelligence rapide et nette, s'initia bien vite à la connaissance des trésors qu'il renfermait. On put croire un moment sa nouvelle situation menacée [)ar la chute si prompte et si terrible du régime qui la lui avait donnée : il n'en fut rien. Le courage civique que cet homme, d'humeur si paisible, montra dans les terribles jours du siège de Paris et de la Commune la consolida, et, chacun des gouvernements chargés des destinées de la France pendant les années qui suivirent paraissait se souvenir que, grâce à lui, le drapeau national n'avait jamais cessé de flotter sur le portail de l'hôtel Soubise. Cependant, au mois dejanvier 1888, el sans que rien semblât justifier cette mesure, Alfred Maury fut brusquement avisé de son remplacement. Il supporta avec résignation le coup immérité qui le frappait et, la tcte haute, accompagné des regrets unanimes de son personnel, il quitta les Archives qu'il dirigeait depuis vingt ans déjà.
Il chercha alors dans l'étude un refuge contre l'injustice du sort, heureux de pouvoir continuer son enseignement du Collège de France qu'il avait toujours aimé par-dessus tout. Jouissant encore de toute sa vigueur intellectuelle et négligeant, dans son
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ardeur pour le travail, de se ménager une diversion nëcessaire qu'il trouvait naguère dans Taccomptissement <le ses devoirs administratifs, il montrait la même activité d*esprit qu'un homme de cinquante ans. 11 ne témoignait, dans sa nouvelle existence, aucun regret de la haute situation qu*il avait dû laisser, et sa famille, ses amis, semblaient heureux et rassurés. Leur quiétude fut, hélas, de courte durée! Un mal subit frappa Maury le 1" août 1889. Depuis ce jour, il n'a plus mené qu'une vie languissante, incapable de suivre utilement les études qui jadis lui avaient donné tant de joies. Jugeant bien qu'il lui serait désormais impossible de remonter dans la chaire où le public, depuis vingt-neuf années révolues, était accoutumé à entendre sa voix puissante, il voulut bien me charger de le suppléer, et c'est ainsi que, durant cinq semestres, j'ai occupé, à titre provisoire, cette chaire d'histoire et de morale qui a disparu avec lui. Enfin, après deux ans et demi de souffrances vaillamment supportées, il s'est éteint*, emportant dans la tombe l'estime de tous ceux qui l'ont connu.
C'est à peine si, rappelant les diverses étapes de la carrière qu'a parcourue Maury, j'ai cité les titres de quelques-uns de ses principaux ouvrages. Ils ne sauraient donner une idée exacte de la variété des connaissances de l'auteur, ni de son activité scientifique. Vous n'attendez pas de moi. Messieurs, que je mentionne les innombrables travaux qu'il publia dans divers journaux et revues, comme les Mémoires de la Société des antiquaires de France^ V Annuaire de la môme Compagnie, la Revue archéologique, VAt/ienœunif le Moniteur universel , le Bulletin de la Société de géographie, les Annales médico-psychologiques du système nerveux, la Revue des Deux Mondes^ le Journal des Savants^ ni ceux que renferment V Encyclopédie moderne, la seconde édition de la Biographie universelle, de Michaud, et les recueils de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Ils fourniraient la matière d'une bibliographie non moins intéressante qu'étendue, car il n'est, pour ainsi dire, aucun de ces articles — et je n'en exclus pas même les simples articles bibliographiques — qui ne renferme quelque chose de personnel.