‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 9 sur 251 · BT SA CHAIRE DU COLLEGE DE FRANCE XVII · texte numérisé non relu

BT SA CHAIRE DU COLLEGE DE FRANCE XVII

j'ëvoqae le souvenir habitaient Paris, et son père, qu'il eut le malheur de perdre en 1831, était devenu ingénieur des ponts et chaussées, à Meaux, après avoir appartenu à la première promotion de rÉcole polytechnique •

En 1833, Alfred Maury vint s'établira Paris avec sa mère. Le hasard les amena à loger dans une maison de la rue Hautefeuille où demeurait Silvestre de Sacy, le célèbre orientaliste, secrétaire perpétuel de TAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres. Suivant une coutume qui était encore reçue dans la capitale, ils Grent visite à leur vénérable voisin et nouèrent avec lui quelques relations. Grâce à cette circonstance, Maury put assister de fort bonne heure aux séances publiques que tiennent annuellement les diverses classes de l'Institut, et pour lesquelles il conservait, encore, après un demi-siècle, un goût non moins vif qu'au premier jour.

Le futur académicien se prépara, tout d'abord, par l'étude des mathématiques spéciales, à l'Ëcole polytechnique. Cependant il ne fut pas polytechnicien et, sans s'arrêter aux premières manifestations d'une vocation incontestable, il hésita assez longtemps sur la voie à suivre. Après avoir été employé, durant moins de deux années, au service de la distribution des livres He la Bibliothèque royale qu'il quitta au mois d'avril 1838, on le vit aborder successivement le droit et la médecine. Ces tâtonnenjenls s'expliquent, il faut bien le dire, par une curiosité d'esprit vraiment extraordinaire qui le distingua toujours et qui retarda naturellement chez lui une spécialisation cependant nécessaire. Les fonctions qu'il remplissait à la Bibliothèque royale répondaient jusqu'à un certain point \\ son [lenchnnt marqué pour la bibliographie, l'histoire, la géographie et les sciences physiques : elles ne l'empêchèrent point cependant de commencer, à la fin de 183G, l'étude du chinois au Collège de France avec Stanislas Julien ; peu de mois après, il suivait en outre, aussi régulièrement qu'il lui fut possible, à la Bibliothèque même, le cours de Raoul Rochette, dont les leçons firent naître en lui le goût de l'archéologie. Les langues anciennes et les hingues modernes de l'Europe l'attirant aussi, il délaissa pour elles l'enseignement de Stanislas Julien. Mais ce jeune homme, que distinguait une si large ouverture d'esprit, sentait déjà la nécessité de s'instruire

XVIlI ALFRED MAURY

par d'autres moyens que les livres et les cours publics. Bravant Texiguîté de ses ressources — il était obligé de gagner sa vie en donnant des leçons — et bien que les voyages fussent alors plus longs et plus dispendieux qu'aujourd'hui, il prit le parti be consacrer chaque année ses petites économies et ses vacances à parcourir quelque nouveau pays. Il visita la Suisse en 1837, riulie en 1838, l'Allemagne en 1839, la Bretagne en 1840 et successivement ainsi la ])lus grande partie de l'Europe, en des excursions qui développaient encore chez lui le goût de l'archéologie et de la géographie.

Rentré en 1840 à la Bibliothèque royale, il y demeure jusqu'au mois de janvier 1844, n'abandonnant point des leçons qui lui sont nécessaires pour ajouter à ses faibles émoluments un utile supplément. Il emploie alors le temps que n'absorbent pas ces diverses occupations à des travaux d'érudition : il prépare cet important Essai sur les légendes pieuses du moyen âge, le premier livre sur lequel figura son nom et qui vit le jour en 1843, presque en même temps que son intéressant petit volume sur les Fées du moyen dge. Un sujet mis au concours par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres — l'histoire des migrations qui se sont opérées au nord de la mer Noire du v* au x« siècle — le sollicite et, pour se mieux préparer à le traiter, il étudie le russe dans la connaissance duquel il se perfectionnera plus tard. Enfin il s'attache, en 1841, au comte de Glarac, membre libre de l'Académie des Beaux- Arts et conservateur au Musée du Louvre, qui a besoin d'un secrétaire en état de l'aider dans l'achèvement de deux ouvrages depuis longtemps sur le chantier, le Musée de sculpture antique et moderne et le Manuel de l'histoire des Arts, Pour s'acquitter de ses nouveaux devoirs, il se lance, plus encore qu'il ne l'avait fait, dans l'étude des ouvrages d'archéologie grecque et romaine, de géographie et d'histoire anciennes, secondant jusqu'au bout M. de Chirac que la mort enleva le 20 janvier 1847. Le dévouement qu'il montra en cette circonstance reçut sa récompense. Le digne gentilhomme conçut rapidement une vive affection pour son jeune et excellent auxiliaire, il le recommanda à nombre de ses amis, et fut assez heureux pour le voir élire, en 1844, sousbibliothécaire à l'Institut de France.

fiT SA GHAltlE DU COLLEGE Dfi FtlANCfi XLV

Cette nomination fut décisive au point de vue de la carrière d'Alfred Maury. Il garda, pendant près de quatorze années, les fonctions auxquelles Tavait appelé un vote des cinq classes de rinstitut En un poste fort modeste encore, Maury, qui avait depuis longtemps déjà le culte de Tlnstitut, se trouvait placé dans le milieu qui lui paraissait le plus enviable et, grâce à son incomparable mémoire non moins qu'à sa remarquable faculté d'assimilatioo, il s'instruisit prodigieusement dans le commerce des académiciens qui fréquentaient la bibliothèque, et se créa d'utiles relations. Il déploya, en cette période de sa vie, une grande activité littéraire, se dispersant comme par le passé sur les sujets les plus divers, insérant des travaux de lui dans maint recueil périodique, dirigeant même l'important Bulletin de la Société de géographie de Paris, et, le comte de Clarac disparu, ne dédaignant pas d'accepter auprès <le Guigniaut, de 1847 à 1851, le rôle assez ^ effacé d'auxiliaire pour la rédaction des notes et des commentaires destinés à accompagner la traduction française de la Symbolique, de Frédéric Creuzer, notes et commentaires qui devaient terminer une publication entreprise un quart de siècle auparavant par le docte académicien. Il se trouva que Maury n'avait pas eu tort de faire, une fois de plus, preuve d'abnégation, en travaillant sous la direction d'autrui. En effet, tout en préparant le complément de Sédition française de Creuzer, il réunit les éléments de l'œuvre remarquable qu'il publia de 1857 à 18G0, en trois volumes in-S®, sous le titre d'Histoire des religions de la Grèce antique, et qui, dans son esprit, formait la première partie d'une histoire du polythéisme gréco-romain ; il se ménageait en même temps les sympathies et le patronage de Guigniaut qui, après avoir contribué à le faire élire, en novembre 1857, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le choisit trois ans plus tard pour son remplaçant dans la chaire d'histoire et de morale, lui ouvrant ainsi l'accès de l'Institut et du Collège de France, c'est-à-dire des deux institutions auxquelles Maury était le plus fier d'appartenir. Lorsque Alfred Maury fut élu à l'Institut, en 1857, son nom commençait à être connu du grand public, grâce à son savant livre La Terre et l'Homme^ sorte de résumé des sciences géographiques et anthropologiques, destiné à servir d'introduction à la collection de Y Histoire universelle dont la librairie Hachette avait

XX ALFRED MAURY

confié la direction à M. Duruy. Cependant, il traversa assez péniblement les trois années qui s'écoulèrent entre son élection et répoque où il débuta au Collège de France à titre de remplaçant; dépourvu de fortune personnelle et contraint par le règlement de rinstitut d'abandonner sa situation de sous-bibliothécaire» il se trouvait sans emploi régulier, n'ayant en quelque sorte d'autre revenu assuré que le modique traitement de membre de l'Institut. En attendant que le sort voulût bien le favoriser, il se résigna à travailler pour la librairie et dirigea momentanément la nouvelle édition de la Biographie universelle, de Michaud.

Bientôt cependant, les circonstances ouvrirent un champ nouveau à son activité scientifique. L'empereur Napoléon III songeait alors à écrire une histoire de César qui devait être une sorte d'exposé de principes sur le gouvernement et les hommes, et ce projet, qui fournissait au prince un prétexte de se livrer i des études vers lesquelles il s'était toujours senti très attiré, eut pour premier résultat la création d'une commission chargée de préparer une carte des Gaules. Le souverain, considérant la carte des Gaules comme un instrument indispensable à l'intelligence des campagnes du grand capitaine romain dans notre pays, un arrêté ministériel, en date du 17 juillet 1858, institua la Commission qui devait la dresser et désigna Alfred Maury comme l'un des deux secrétaires chargés de la correspondance. S*il s'était jusque-là assez peu occupé de la géographie des Gaules, Maury trouva dans la mission qui lui était confiée une occasion de se familiariser avec les problèmes qui s'y rapportent et, pendant près de deux ans, il compta au nombre des membres les plus actifs de la Commission. Au cours de l'année 1860, et sur la recommandation de M"® Cornu, filleule de Napoléon III, le souverain l'appela près de lui avec le titre de bibliothécaire des Tuileries. En réalité, Maury était attaché à la personne du monarque pour lui faciliter l'accomplissement de la tache histo* riquc qu'il s'était imposée. Durant les six années qui s'écoulèrent de 1800 à 1866 et qui virent paraître les deux premiers volumes du livre impérial, il fut pour l'empereur un véritable collaborateur et même une sorte de factotum scientifique, servant d'intermédiaire naturel entre l'empereur et les autres personnes auxquelles ce prince confiait des travaux ou des missions historiques et

Page 1