‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 11 sur 251 · ET SA CHAIRE DU COLLEGE DE FRANCE XXIII · texte numérisé non relu

ET SA CHAIRE DU COLLEGE DE FRANCE XXIII

Je publierai peut-être un jour cette bibliographie*; mais, dès à présent, les titres des recueils que je viens d'énumérer indiquent suffisamment la multiplicité des directions dans lesquelles une curiosité presque universelle entraîna, durant un demi-siècle, mon bien regretté confrère. Ses travaux ne se rapportent pas seulement à Thistoire, à Tarchéologie, à la géographie, ils témoignent aussi de Tattrait que lui inspiraient les sciences physiques.

La passion de Tarchéologie qui, de bonne heure, domina Maury, fut la cause première des livres qu'il consacra à l'histoire des croyances religieuses et dont les premiers remontent à 1843.

Au début de sa carrière, le futur académicien songeait à préparer un ouvrage sur les représentations de Tart chrétien ; mais, sentant bientôt le besoin de limiter son effort, il fut amené à composer Y Essai sur les légendes pieuses^ qui ^ après un demi-siècle, demeure un livre fort remarquable. On reconnaît aussi l'archéologue, archéologue d'une rare érudition, dans l'auteur d'un petit volume, Les Fées du moyen âge, qui date également de 1843, comme dans celui d'une œuvre plus considérable, V Histoire des religions de la Grèce antique^ qui renferme l'exposé de l'évolution des idées religieuses chez les Hellènes; on le retrouve encore dans plusieurs morceaux qu'il réunit en 1863 sous le titre de Croyances et Légendes de l'antiquité. Combinant ses habitudes d'historien avec sa connaissance des sciences physiques, Maury put écrire son intéressante étude, La Ma^ie et V Astrologie dans l'antiquité et au moyen dge, dont le but est de montrer comment la magie et l'astrologie du moyen âge n'étaient qu'un héritage de Tantiquité, comment les rites et les cérémonies du paganisme s'étaient en partie perpétuées dans les pratiques magiques, opinion déjà éiriise avant lui et que, depuis, l'on a fortifiée par de nouvelles preuves.

C'est uniquement des sciences physiques que relève Le Som^ meil et les Rêves ^ curieux ouvrage dans lequel mon docte prédécesseur expose les études depuis longtemps entreprises par lui sur les rêves et les phénomènes qui s'y rattachent, et dont il avait donné un premier aperçu dans les Annales médico-psychologiqucfi . J'aurais donc pu ne pas mentionner ce livre qui obtint d'ailleurs

1. M. Boiicl-Maiipy m'ayaut t«'moit;ii«'' le vif d<''sir de rendre personnellernenl cet hommage à la iTi«'inoire vénérée de sdii pareul, je me sais fait un devoir de lui aliandonuer les quelques notes que j'avais recueillies pour cet objet.

XXIV ALFRED MAURY

un vif succès et fit connaître le nom de l'auteur dans un milieu où jusque-là il n'avait guère pénétré; mais on ne me pardonnerait pas d'oublier ici les deux volumes intitulés Les Académies d'au* trefois; le premier, consacré à Tancienne Académie des Sciences» présente, en quelque sorte, l'esquisse d'une histoire des sciences physiques et mathématiques durant plus d'un siècle; l'autre, qui a pour sujet l'ancienne Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, retrace l'histoire des progrès de l'érudition pendant la même période.

Le goût inné de Maury pour les études géographiques lui avait procuré, dès l'année 1846, dans le monde de l'érudition, un petit succès dont cet homme modeste demeura toujours très fier. Reinaud venait de publier une nouvelle relation de deux voyageurs arabes qui, au ix' siècle, avaient visité l'Inde et la Chine. Maury ne savait pas l'arabe, mais ses lectures l'avaient mis, plus que l'était le savant orientaliste, au courant de ce qui concernait la navigation : il y avait acquis, en effet, quelque teinture d'hydrographie. Afin d'être mieux en état d'apprécier l'ouvrage dont il préparait un compte rendu, il se livra aune étude attentive des portulans et des guides nautiques relatifs aux mers qu'avaient traversées les deux voyageurs musulmans. Il s'aperçut bientôt que Reinaud s'était notablement mépris sur les identifications géographiques qu'il avait proposées, supposant que les Arabes suivaient les côtes comme l'auraient fait des caboteurs, au lieu de chercher dans les moussons la clef de leur itinéraire. Cette erreur avait conduit le savant académicien à placer sur la côte de Coromandel et du Bengale des localités qui se trouvaient en réalité dans la Malaisie. De là Y Examen critique de la route que suivaient au ix* siècle de notre ère les Arabes et les Persans pour aller en Chine, que le jeune érudit publia dans le Bulletin de la Société de géographie et qui lui valut, en même temps que l'approbation de Reinaud, les suffrages de tous ses lecteurs.

Peu après, l'admiration que les ouvrages de Humboldt et de Saint-Hilaire lui inspiraient pour la végétation des forêts du nouveau monde lui donna l'idée d'écrire l'histoire des forêts de notre pays. Il publia, en 1849, son premier essai sur cetimpor* tant sujet auquel il revint à plusieurs reprises ; mais c'est seulement de 1867 que date la forme dernière qu'il donna à ses recherches

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