Ciampini, Vetera Monumenia, Op,, t. Ill, c. 3, p
^•d Omnis qui baptizatur in Christo, dit S. Ambroise, morilur mundo, cunctis ^nlm superstitionum erroribus abrenunciat, ut solam colal fidem Christi etita lit, ut per inimicitiam abrenunciationis inviccm sibi morlui dicantur homoet clementorum culturse; illic enim vêtus homo deponitur et novus assumitur, P^ccatis moritur. ut justitiae vivat, elementis abrenunciat, ut Christo societur '^rrectionis futurae tenens pignus exemplo Salvatoris qui resurrexit a mor-
voyait dans le palais de Latran; là, on avait figuré réyôqne de Myre baptisant réellement des enfants ou plutôt des caté* chumènes, et Tinscription était on ne peut plus significative
Auxit mactatos hic vivo fonte renatos.
Elle disait le mot du miracle, en réveillant Tidée de résurrection morale, consignée dans une autre inscription du baptistère de Saint-Jean-de-Latran, rapportée dans le même ouvrage :
Cœlorum regnum sperate, hoc fonte renati, Non recipit felix vita semel genitos, Fons hic est vitae et qui totum diluit orbem, Sumens de Christi vulnereprincipium.
Ces enfants nus* placés dans un baquet ne sont pas des enfants, mais des hommes représentés d*une taille bien inférieure à celle du saint, suivant un usage reçu du paganisme ^ et émanant de Fidée de grandeur, de supériorité morale que Tartiste cherchait à rendre sensible aux yeux '.
luis » (Jos. Vicecomes Arabrosianus, op. cit., lib. II, c. 16, p. 135). a II y a deuia régénérations, dit S. Augustin, l'une selon la foi qui so fait maintenant par I^ baptême, et l'autre selon la chair qui se fera au dernier jugement, quand la chai^ deviendra immortelle et incorruptible » {Cité de Dieu. liv. XX. c. 6).
1. Les catéchumènes étaient nus. v Ideo nudi in sœoulo nascimus, nudi quoqi^ acciKiimus », dit l'auteur d'un sermon attribué à S. Ambroise. Grancolas, ri4ncù"= tacrement de l'énhfi'\ i III. p. 78.
i. Comp. Coiiue de Clarac« Catalogne du Mutée du Louvre, n» 261, Arc du hér^ combattant, pour un exemple de cet usage païen, dans un bas-relief. V. au^ Bertoli, Le Antichità d'Aquileja, p. 370 {Venezia, 1739, in-fo). On y voit d'ancienn ^ peintures, dans lesquelles les saints qui tiennent par la main Conrad II. Hen son fils, et Gisèle, placés sous leur protection, sont représentés d'une taille bea coup plus élevée que ces nobles personnages, qui, peints à côté d'eux, ont r^ de nains. Comp. un miracle attribué à saint François-Xavier. On raconte (^ co saint, tandis qu'il baptisait des infidèles, parut grand comme un géant. Pe*^" être ce miracle est-il né de quelque image (Bartoli, Miracles de saint Franç^m Xaxner. Paris, 1673. in-12, p. 221).
3. Cette traduction d'une pensée morale, à l'aide d'une grossière alléger j: physique, achevait dans l'esprit du vulgaire la confusion qui s'opérait déjà l'ofTet de son impujs.«ance, entre le sens figuré et le sens littéral. Dans la pra. w liib le historiée de la Bibliothèque royale, cot. 0829 lin-fo. 260), on voit l'r» wi tendant les bras il l'humble qu'il élève, tandis que l'orgueilleux est precm y?/ par Dieu et reçu par le diable (Voyez plus loin la note au sujet de l'éc^te/A de saint Jean ClimaqueJ. Peut-on rendre plus matériellement l'idce la plus spiriluelk»?
liGBNDBS NÉES DE LA CONFUSION DU SENS LITTÉRAL 151
C'est donc sur ces représentations de saint Nicolas, copiées sans être comprises, qa*on aura forgé le conte absurde, qui fut accaeiUi avec tant de ferveur au moyen âge et valut au saint une si haute renommée ^
La croix est le symbole du salut; c'est elle qui donne la vie '. Cette expression figurée, entendue dans le sens littéral, donna naissance à la légende de Tinvention de la croix ^, dans laquelle Hélène ordonne, pour distinguer la vraie croix de celle des larrons, de placer sur les trois instruments de supplice un cadavre, qui est aussitôt rappelé à la vie par le contact de la croix du Sauveur.
La puissance merveilleuse attribuée pareillemdnt au signe de la croix n'a pas une origine différente. Ce signe était à lui seul toute une profession de foi. Dire que rien ne lui résistait, c'était dire que la foi donne la force de tout faire et de tout surmonter*. Mais, rapportant de bonne heure à l'objet maténel cette puissance d*abord uniquement attribuée à la foi, dont cet objet était Temblème, le chrétien ne tarda pas à voir, dans rimage figurée ou réelle de la croix elle-même, une arme puissante contre les démons'^, un charme à la vertu duquel la nature vivante et inanimée était forcée de se sou-
1 Saint Nicolas devint le sujet d'un drame« que l'on trouve dans un manus- ^i du xiiie siècle et qui eut une grande vogue. Cf. dans Molanus, De hiitoiia ^,çmum(in-4*},p. 387, la note de Paquot. Ce môme saint se retrouve dans la plupart des vitraux de nos églises du xve et du xvi» siècle.
i. « Crux est iignum vitœ ». S. Rupert., lib. V, c. 17. Crux est vita nostra. Beda,
'/i c. 4, GenetU. Cf. S. Jean Chrysostôme, Sermo de Cruce Domini; S. Léo Magnus.
^mo Vlll de prœdicatione Domin.
3. J^genda aurea, c. 65. Cf. S. Ambroise, De obitu Theodosii imperalorit, p. 51.
h. « Crux signum fldelium» (S. Cyrille de Jérusalem, Catechesis, 5). C'est ce sens
%uré que rappelle la formule môme de la bénédiction de la croix u Sii tuorum
^%c sancta crux protectio, spes Arma, cerla Oducia, Qosque simul et omnem
Plcbem fide conflrmet, spc solidct, pace consociet, augeat triumphis, ampliOcet
Prosperis, proficiat cunctis fldelibusad perpetuitatem temporis, ad vitam œter-
>)îtatis, ut nos et temporal! florcntes gloria muniat et perpétua redimitos corona
<td régna caelestia, te miserante, perducat » (D. Martene, De antiq. rit. eccles.,
Ub. II, c. 23, p. 835, t. II).
5. « Crux clypeus atque armatura et trophœum adversus diabolum ». S. Jean t^amascène. Ortfiodoxa ftdei, lib. Ill, c. 12. — Per te demones terrontur, compriiTientur,vincunturet conculcantur. S. Anselme. Oralio XLI. 3. — Nonestallquu armatura tam fortis, nec sagitta tam acuta et terribilis contra diaboli polentiam et sœvitiam ». Thomas a Kcmpis, i^ermo II, p. 3.
152 LBS LÉGENDES PIEUSES
mettre et d*obéir^ Cette croyance païenne à la force d*im signe physique venait se joindre à la superstition idolâtrique qui transformait en véritable culte Thommage rendu à Tinstrument des tortures de Jésus et la fortifiait encore dans Fesprit du vulgaire, toujours prêt à dénaturer les idées les plus nobles et les plus sublimes, par la grossièreté de ses conceptions *.
L^histoire si connue des sept Dormants n'est- elle pas encore une de ces légendes, dont Tidée de résurrection morale, de résurrection dernière, défigurée et méconnue, constitue tout le fondement, et qui précisément, par Textrôme merveilleux dont elle est entourée, acquit en Europe une grande popularité ^ ? En effet, en examinant les faits principaux de cette légende, on reconnaîtra aisément que la résurrection mystérieuse des sept martyrs de Dèce n'est autre que celle qui, d*après les enseignements du christianisme, attend le juste au réveil de la mort, après le sommeil du tombeau, représenté figurativement par la caravane du mont Célion, image du Golgotha. La réflexion de Jacques de Yoragine rappelle assez clairement cette explication, ou nous semble du moins un motif de Taccepter. Dieu voulut par là, dit le légendaire, conforter ceux qui pleurent et donner espérance de la résurrection des morts. Saint Pierre Damien dit aussi, dans la prière qu'il composa en Thonneur de ces saints : « Deus, qui in beatis martyribus tuis Maximiano, Malcho,
1. Mais saint Jean Clirysoslôme s'exprimait certainement d'une manière figurée lorsqu'il disait : « ^Taupô; to xaià tùjv oaip-dvciov xpoTiatov, t) xaTa tt,;
àfiapTia; [layaipa. Tô Ç^^o;, w xf^v ô^iv £X£vTT)a£v 6 ypiaTo; )>. Homilia LXXXI, t. V, p. 563.
2. Quoique Minutius Félix ait écrit : u Cruces etiam nec colimus, uec optamus» (Minucius Félix, Octavius, p. 33, éd. Ouzelii), on s'éloigna bien au moyen âge de celte pureté de culte; on en vint à adorer réellement la croix, et on chanta dans une hymne: « Crucem tuam adoramus. Domine!» Cf. S. Anselme, Oratio XLI,15; J. (^h. W. Aui^usli, Denkwurdigkclten ans derCImstUcken Archœologie. t.XII. p. 152.
3. Cette légende est rapportée par Paul Diacre, lib. I. c. 3, Grégoire de Tours, Miracula, c. 95. NIcephore. lib. XI V\ c. 47, Sigeberl, in Chronicn, anno 447. Elle a passé jusque dans le Coran. On la trouve dans le chapitre 96 de la Légende dorée de Jacques de Voragine 'Bollandisles, Acta Sanctorum, t. VI de juillet, p. 375). Cette légende a fourni le sujet d'un ouvrage: Sanctorum Septem Dormientium, ex ectypis Miisei Victorii expressa (Romœ, 1741, in-4», Ug.).
€ Martiniano, Dionysio, Jeanne, Serapione et Gonstantino, « fntnrae resmrectionis primitias suscitasti, da nobis sic a « mnndi pertarbatione quiescere ut ad cœlestem vitam « mereamnr, etc., etc. *. y> Cette légende fut probablement inventée à Tépoque où certaines sectes chrétiennes niaient la résurrection des morts.
Dans les innombrables gaérisons dont fourmillent les vies des saints, on voit aussi souvent se dessiner clairement la trace de Tidée figurée primitive qui a été, dans la suite, traduite littéralement par un fait réel. Le péché est aux yeux du chrétien un mal dangereux qui attaque et met en péril notre vie à venir, une lèpre hideuse qui nous ronge et qui nous dévore : maladies de Tâme que la foi seule peut guérir, que la vertu du Christ peut seule faire disparaître '. Ce mal, cette lèpre sont devenus pour le peuple une maladie, une lèpre véritable, dont un saint a délivré les fidèles par les mérites de Jésus. Les malades n'étaient que des pécheurs; et cette signification primitive du malade et du lépreux se laisse entrevoir fréquemment encore dans la nature et les circonstances du récit. Saint Arnoul, évêque de Metz ^ saint Sébastien ^, guérissent les lépreux par le baptême ^ A la basilique