Acta sanctorum Jielgicorum selecta, t. 11, c. 2, p
5. Voyez pour des exemples de ces sortes d'aveuglement les Bollandistes, Acta sanctorum, Vita S. Mauril., 13 septembre, p. 74.
LfeSNDBS NÉES DB LA CONFUSION DU SENS LITTÉRAL 157
« cette maison, afin qu'on tous reconnaisse comme le vrai « Dieu! » — L'officier repartit : a Je suis surpris que tu dises a que le Christ est la vraie lumière. Certes, s'il éclaire ma « fille qui a été si longtemps aveugle, je ferai tout ce que tu c me diras, d Alors le bienheureux Valentin fit sa prière à Dieu, qui rendit la vue à la fille aveugle, et tous ceux de la maison furent convertis.
Toujours par une figure analogue, voulait-on exprimer qa an homme avait méconnu la parole divine, on disait qu'il avait été frappé d'aveuglement. Ne comprenait-il pas l'enseignement apostolique, il était sourd ^; puis, s'il venait à saisir enfin ce qu'il n'avait d'abord pas voulu concevoir, si son intelligence s'ouvrait à la foi, on disait que le sourd avait été guéri '. Non pas que nous prétendions par là rapporter à cette cause toutes les guérisons miraculeuses de sourds ou d aveugles, mais nous plaçons cette explication comme une de celles qui doivent être acceptées, le plus ordinairement, dans la critique thaumaturgique. U faut encore remarquer que, dans les idées orientales reçues par le christianisme, les maladies, et en particulier la perte de la \ue', étaient
l-sSurdus autem, quia Domini pnecepla nec fldei verbum audierat ». S. Pas« chas Raiberte, in Math., V, p. 457, in-fo, 1618.
2. « Ego autem tanquam surdus, non audiebara », Ps. XXXVII, 13.
3> Dans uu apologue du roman des Sept Sages, roman dont Torigine est tout orientale, on voit un roi frappé d'aveuglement par le ciel, en punition du mauvais gouvernement de sept sages auxquels il avait accordé toute sa confiance. ^dprës le conseil d'un enfant, le roi fait décapiter les sept sages et recouvre la ^'ue. Loiseleur Deslongchamps, Essai sur les Fables indiennes, p. 149. ~ La mère <|egaiQte Geneviève est aveuglée pendant seize mois pour avoir frappé sa fille, ^oragine, Legenda aurea, c. 4. Dans la légende de cette môme sainte, il est question d'un homme devenu aveugle pour avoir travaillé un dimanche. — Dans la ^'^ ie saint Remit rapportée par Frodoard, Montan est frappé de cécité pour Bvoir douté de la fécondité de Cilinie et de la naissance de l'apôtre des Gaul&n. P'odoard, Historia ecclesiœ RemensiSy lib. ï, c. 10. — Par une croyance du ^ême genre, les Grecs et les Romains pensaient que le ciel dénonçait et punissait 1^ meDsonge par quelque dififomiité corporelle, survenue tout à coup à la per- ^nnequi s'en était rendue coupable. C'est à celte croyance que fait allusion 'Horace, Ode VIII, lib. II, strophe I, et Ovide dit à ce sujet :
Esse deos crcdamne? Fidem jurata fefellit;
Et faciès illi, qusB fuit antc, manet.
Quam longos habuit mundum perjura capillos,
Tarn lougos, postquam numina laasit, habet.
(Àmor, III, 3.)
regardées comme des punitions infligées par le ciel, pour rénormité des péchés. « Quand la maladie vient du ciel, les remèdes sont sans effet », dit le livre persan de rÉtemelle Raison ^ . Voilà pourquoi, dans la guérison opérée par le saint, comme dans celle opérée par le Christ dans TÉvangile, le miracle est suivi de ces paroles adressées à celui qui est délivré de la maladie : « Allez I vos péchés vous seront <i remis » ; ou « Allez ! et ne péchez plus '. »
Les vertus de saint Ambroise avaient attiré à cet illustre personnage un grand nombre d'ennemis. Un jour, un d'entre
1. Le livre de rÉternelle Raison ou Djavidan Khired, ouvrage persan antérieur au lia siècle de l'Église, dans le tome IX de la nouvelle série de» Mémoires de l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres, p. 21. Les meilleurs remC^dcs no sauraient guérir la maladie que l'homme a contractée par les péchés de sa vie passée, dit Tsé-Tong-Ti-Kun, livre des Bécompenses et det Peines, trad. du chinois, par M. Stanislas Julien, p. 502.
Toujours d'après l'habitude de rapporter à l'action directe et immédiate de Dieu ce qui est l'effet des causes extérieures et naturelles qui résultent des lois établies par la Divinité, les peuples qui n'ont point encore reçu les lumières de la civilisation, voient dans les maladies un effet de la colère de Dieu, et n'en attribuent la guérison qu'à des prières capables d'apaiser le Tout-Puissant. — Chez tous les peuples de l'Amérique, la médecine était intimement liée aux pratiques religieuses. Les Mandans désignent leurs divinités par le nom de remèdes; le Grand Esprit s'appelle la Grande Médecine (A. Vickar, Hùttory of the Clark expédition to the source of the Missouri, New-Tork, 1843). — D'après les Juifs, les guérisons venaient de Dieu, et Raphaôl (qui signifle Dieu guérit) était le ministre de ces guérisons. Sur le parement d'autel que l'empereur Henri II avait offert à la cathédrale de Bâle. on avait représenté Jésus-Christ et les trois archanges : saint Micliel (qui signifie comme Dieu), saint Gabriel (soldat de Dieu), et saint Rapliaël, avec cette inscription au-dessous : Quis sicui Uel fortis metlicus? Soter benedictus. — Comp. Ueiland, titre qui désigne le Sauveur, en allemand, et signifle « celui qui guérit » (Arneth, Dos metlo-antipendium zu Kloslerburg, p. 64.
Interrogez en Orient l'Arabe sur la cause du mal qu'il ressent: a C'est une maladie que m'envoie Allah »; voilà toute la réponse que vous en obtiendrez.
No meslre no phisicien
Ne sont pas ceint de tel lien,
Si ne consant saint Esperiz,
Com est la bonne Empereriz
Ce les occit, ce lesconfont
Que nuls riens par Dieu ne font.
dit Gautier de Coincy, dans le fabliau de « l'Empereris, qui garda sa chasteté par moult tcntacions » (Méon, Fabliaux et Contes, t. Il, p. 78). Le paysan de nos campagnes a encore plus de foi à la neuvaine qu'à l'ordonnance du médecin, et il a souvent raison : l'imagination est le grand médecin,
t. Otle explication est confirmée par lu commentaire formel de saint Jean Chrysoslônie : otjXwv àti^OT^potç oxi eÇ àuiapTTjtxfliTwv £T£yÔT[aav aÙTa* SX vo-jot. Cp. Strauss, Vie de Jésus, trad. Liltrc, t. II, Ire part., pp. 64, 67. 141, et pour des exemples de maladies infligées en punition par le ciel. Nombres, XXVI, 14 et s». ; Deutéronome, XXVIII, 15 et ss.; 2 Paralip,, XXI. 15 et ss.
eux pénètre dans sa chambre, pour assouvir son odieuse Tengeance. Tout à coup, frappé de Thorreur de l'action qu*il Ta commettre, peut-être aussi de Taspect respectable et imposant du saint évéque, il laisse échapper le fer de sa main; son bras demeure immobile de saisissement. Aussitôt, on raconte que Dieu a frappé de paralysie le bras du meurtrier qui n'en a, ajoute-t-on, recouvré Tusage qu'après avoir pleuré sa faute *. »
§ 2. — LA RAPIDiré DE PROPAGATION DE LA PAROLE DE DIEU SE TRANSFORMANT EN MULTIPLICATION DES PAINS OU DE PIÈCES d'argent.
Le pain, qui se multiplie miraculeusement pour nourrir un saint, n'est autre chose que l'eucharistie, ou que la figure du verbe divin, se multipliant sans cesse, et suffisant à la nournture intellectuelle de toutes les âmes. Ce n'est qu'un moine ignorant, toujours préoccupé de l'idée matérielle, qui aura pu sïmaginer que c'était par un prodige réel, que la vie d'un saint avait été soutenue, et qui aura attribué à un pain véritable le miracle de la parole divine. Le langage de l'Evangile luimême nous montre cette comparaison ancienne de la nourriture corporelle et morale ', devenue une source d'erreurs au