CONCEPTION MATÉRIELLE DU PARADIS
Tant était grand alors l'empire d'une imagination que ne guidait pas la science, qu'égarait la crédulité, qu'elle transportait dans le domaine de la réalité toutes les figures de la poésie, toutes les métaphores du langage. La croyance aux anges et aux démons, telle qu'elle existait au moyen âge, était sortie en partie de cette source féconde^. Ces ailes des
dUble demandeur et la Vierge défendeur. Le diable réclame l'homme comme sa chose, alléguant sa longue possession.
1- Paulin Paris, Let M antiscritt français de la Bibliothèque du Boi, t. lY, p. 4.
2* Voyez une excellente thèse de M. L.-E. Burckhardt sur les Nazaréens ou *an(iai-/a/«a, Strasbourg, 1840, in-4o.
3. Le dogme d'une hiérarchie céleste est sans doute d'origine orientale; mais P*f les influences que nous examinons ici, il se compliqua ensuite d'idées étran- Bères. Les anges devinrent, pour les chrétiens, ce qu'étaient les dii palrii^ hidi- 9fiuctpenoles des Romains. D'après la théologie scolasiique, les anges veillent *^f les hommes individuels, les églises; les archanges, sur les provinces; les P''iDccs,sur toute la nature humaine; les vertus, sur les corps; les puissances, sur '^ démons; les dominations, sur les bons esprits. Les trônes contemplent Dieu Q^Ds de respectueuses adorations; les chérubins admirent sa sagesse et sa per- ^ioD, à laquelle ils participent ; les séraphins prennent part à la bonté de Dieu. ^^' ^. Thomate, ap. Summa theologiœ, pars 1, quœst. 113, art. 2. S. Bonaventure,
esprits célestes, ce vêtement blanc, cet éclat lumineux, emblèmes de la spiritualité de leur essence, de la pureté de leur nature, de la beauté absolue de leur être, étaient devenus des caractères nécessaires et réels de la forme qu'on leur attribuait. On se représentait aussi les anges, comme armés d'un glaive. C'est ainsi que Jacques de Yoragine, dans sa légende de saint Jean-Ghrysostôme, rapporte qu'une troupe d'anges, armés, apparurent aux barbares Gaymas, qui voulaient mettre le feu au palais de l'évéque, et les mirent en fuite '. Il dit, ailleurs, que le château Saint- Ange doit son nom à ce fait que lors d'une peste qui ravageait Rome, le pape Grégoire I®' vit au-dessus du château de Grescens un ange, qui tenait un glaive ensanglanté. A sa prière, l'ange remit son glaive dans le fourreau et la peste cessa. Peu après, on construisit sur cet emplacement une église qui fut placée sous l'invocation de « saint Michel dans les cieux ' » (SqS).
Le monde terrestre était reproduit tout entier dans le monde invisible, où doit se passer la vie future. Tout y était conçu par le vulgaire, sur le modèle des choses d'icibas, depuis ces riches costumes dont l'artiste revêtait les personnages divins, et sous lesquels les personnes divines apparaissaient aux imaginations en extase ^, jusqu^à ce paradis représenté soit comme un véritable lieu de plaisance, étincelant et splendide S soit comme une cité forti-
Comperulium theologicœ veritalis, lib. Il, c. 19; ol lireviloquium. pars 2, c. 8. Cf., sur C(?lte croyance, MUnter, Hanlbxick (ter œltesten chrisUic/ien Dogmen- Geschichte, t. II, p. 30 et ss. et Balir, SymboUk (les Momûchen Cultiu, t. 1, p. 339 (Heidelbcrg, 4837, in-8«).