Ibidem, 1" série, p
3. Cf. Sic Hildegarde, Vùiones, lib. II, no 12; et Vie et Révclatiom de sainte Gertrtule, trad. du latin par Mege, liv. II, passim.
4.VT Nam iocusesKparadisus) altis8imus,splendidissimus,Iatissimus8C firinissimus.))S.Bonaventurc,À'h'mt(2u«^}7iorf9,c.3U. p. 3. Ainsi, on alla jusqu'à représenter ^ le ciel réellement d'or, ainsi qu'on peut le lire dans le Voyage au purgatoire du =^^ saint Patrice. Mss*. Uibl. roy., p. 112, in-f". On se figurait le ciel comme une**=^ série de voûtes concentriques; de là Vhexaplérige de l'Église grecque. C'est ui ornement de forme circulaire et doré, sur lequel sont peints d«.'S séraphins A sj> ailes. Dans le cercle du milieu, se trouve la Panagia, symbole de la Viei^gt Marie; autour, six cercles, dans lesquels sont alternativement quatre séraphins tenant d'autres licxaptériges et les quatre symboles des Évangélistes, Le
fiée \ une Jémsalem suspendue au milieu des airs, dont les anges défendaient Feutrée aux réprouvés S dont saint Pierre
murailles du paradis semblaient hautes jusqu'au ciel et étaient aussi resplendissantes que du feu. Quand Guérin s'en fut approché, elles lui parurent pleines d'or Bn et de pierres précieuses (Guerino el Metchino, c. i83). D'après le livre d'Adam, un des principaux livres canoniques des Nazaréens* de grands murs de diamants entourent le paradis, des Jourdains aux eaux pures et fraîches l'arrosent, les fruits n'y ont rien d'amer, les fleurs ne s'y fanent point. Burckhardt, Thèse citée, p. 49.
1. Ce qui contribuait à cette matérialisation d'idées, c'étaient les expressions : civitaM gloriœ^ eivitas eœleatit, employées souvent dans les écrits mystiques, comme on disait eivitas dolorii pour l'enfer. Cf. Ste Brigitte, Révélations, lib. IV, c. 28; et Vincent de Beauvais, Spéculum Historiale, lib. XXV, c. 106. Tout le poème du Dante est une démonstration irrécusable de la grossièreté des idées d'alors à ce sujet. Dans le bas-relief du jugement dernier de Notre-Dame, à Paris, le paradis est représenté par une petite ville placée sous les pieds de Jésus-Christ. Laborde, Monuments de la France, 1. 11, pi. 173. — Sur la porte du sud de l'église de Queennington, dans le comté de Glocester, le paradis est figuré par un grand château à tourelles surmonté d'une croix. Archœologia hritannica^ vol. X, pi. Vil, p. i28. — On lit, dans la légende de Barlaam et Josaphat, que ce dernier eut la vision suivante : 11 entrait dans une ville, dont les murs étaient revêtus d'or et où brillait une clarté miraculeuse. Des chœurs célestes faisaient entendre des chants tels que jamais l'oreille d'un mortel n'en a oui de pareils. Et il entendit une voix qui disait : « C'est le séjour des bienheureux! » (Jacques de Voragine, Légende dorée^ 1. 11, p. 2U). Comp. Eusèbe, Démonstration évangelique, livre X, cap. 8. S. Dans une mosaïque qui décore l'abside de Sainte-Praxède, à Rome, mosaïque exécutée vers l'an 818, le paradis est représenté comme une sorte d'enceinfe ayant deux portes gardées par des anges; à l'intérieur, des anges voltigent autour des élus. D'Agincourt, Peintures^ pi. IX, 11, XIX. — D'après une autre opinion, aussi très générale au moyen âge, on admeUait que le paradis n'était autre que le paradis terrestre, situé dans un lieu inaccessible, a Un immense chaos, dit Jacques de Vitry, sépare maintenant notre terre d'exil de ce paradis de volupté ; de vastes espaces de terre, d'innombrables serpents ont rendu ce lieu inaccessible pour nous. On dit, en outre, qu'il est fermé jusqu'aux cieux par une muraille do feu, et que l'ange du Seigneur eu interdit l'accès non seulement aux hommes, mais aux esprits malins. » Histoire des Croisades, I. 1, p. 181, coll. Guizot. C'était dans ce paradis que l'on plaçait Enoch et Éiie attendant la fin du monde. Cf. Uistor. apost. S. Math., Voytz Fabricius, Cod. Pseudepig,^ t. II. — Saint Irénee dit (lib. V, Adv. hcei'eses), en parlant d'Enoch etd'Ëlie: a Hic manere eos qui iranslati suiU usque ad consummationem. » Lactance dit du paradis terrestre : a Tum Deus ejecit hominem de paradiso, ipsumque paradisum igni circumvallavit ne homo posset accedere : donec summum judicium facial in terra et justos viros cultores suos in eumdera locum revocet, morte sublata, sicut »acrae litterse docent et sibylla Erythrœa. » Institutiones divinœ, lib. Il, c. 12. Tertullien définit le paradis dans son Apologeticus^ c. 47 : Locum divinœ amœnilatis, recipiendis sanctorum spiritibus destinatum, materia quaedam igneœ îllius zonœ a notiiia orbis communis separatum. » Cf. S. 4ugust., « Contra JuUafium, VI, 30, Pseudo. — Isidore, de Vita et Morte 5.5., c. 3, S. Thomas. » Summa Theologiœ^ pars I, p. 1(^2. art. 2, 3, 5. On voit que les idées sur le paradis étaient alors bien grossières. Le réformateur Luther n'en a même pas de plus élevées. Il place dans le paradis dey animaux utiles, et il avoue qu'il ne sait à quoi nous y passerons le temps, car il n'y a aucun changement, aucun travail, ni boire, ni '"Bnger. Mémoires de Luther, trad. Micheiet, t. III, p. 1641. — « Très enim générales ^^ paradiso sententisQ sunt : una eorum quoî corporali ter intell igi voluiteum; ^^ia eorum qus spiritualiter sit; tertia eorum qui utroque modo paradisum acci- P'um. D p. Lombard, Sententiœ, lib. Il, c. 4. Diss. 17.
gardait les clés S qui avait, par conséquent, des portes véritables*, et qui, placée au sommet des cieux^, communiquait avec la terre, par une échelle mystérieuse, une voie lumineuse*. Au moyen âge, époque sans doute d'une foi vive et sincère au christianisme, religion pourtant spirituelle par son principe môme, tout s'était matérialisé dans les dogmes qu'il
1. Saint Pierre est désigné dans les hymnes par lo titre de a janitor cœli.» Cf. G. Cassander, Hj/mni ecclesiaëtici, p. 165. Chez les musulmans c'est un ange, Kizwan, qui garde les clés du ciel. Cf. Pend-Nameh de M. S. de Sacy, p. 320.
2. Le paradis et l'enfer étaient considérés comme ayant des portes impénétrables. Jésus avait ouvert les premières à l'homme, après avoir brisé les secondes pour tirer les pécheurs des limbes où ils étaient placés. « Portas adamantines morlis et aeneas seras inferorum fregil », dit Tertullien. De returrectione camis, c. 43. — Saint Pierre Ciirysologue écrivait aussi : « MrQïa jauuis et ferreis vectibus portas inferi obsi ratas claudebantur. » Homélie i23, p. 181, ap. op. éd. s. Pauli.— Et saint Bernard s'écrie : u Cognovit infernus, cujus ipse portas œreas et vectes ferrées confregit. » S. Bernard, Sernio I, in asc. Domini. t. I, p. 230, ap. Oper. « Hier les portes du ciel s'ouvrirent au baptême de Jésus-Christ, aujourd'hui celles de l'enfer se ferment au martyre do saint Lucien c, dit saint Jean Chrysostôrae. Homélie XLYlf 1, ap. Op., t. 1. Voyez encore sur les « pories de l'enfer », Eusèbo de Césaree, Démonslration éoangélique, livre X, cap. 8 et 10; Cyrille de Jérusalem, Catéchèse XIV; Julius Firmicus Maternus, De ei^'oribut prof art arum religionum^ cap. XXV, p. 15.
On voit, dans un diptyque d'ivoire, de Pistoie, Jésus descendant dans les enfers. Ceux-ci sont représentés pur une caverne, dont le Christ vient tirer les âmes des justes. L'enfer est fermé par une porte garnie de ferrements. Gori., Tfies. vet., dipt., t. III, tab. XIV et XXXIII.
Homère avait déjà dit, en pariant du Tartare :
"EvGa aiSrjpE^at TSTTjXat xai y[£kytOi 0'j8oç.
(lUade, 0. 15.)
3. On lit dans la Légende dorée, sur le jour de l'Ascension (vieille traduction fran(;^ise) : « Maistrc Moyse qui fusl très grand philosophe, racompte que chascun cercle au ciel de çhascune planète a d'cspesseur la voie de cinq cents ans, c'est-à-dire tant d'espace de voye comme un homme pourrait aller en pleine voye par cinq cents ans. El si comme celluy môme dit : Autant il y a de distance entre l'un ciel et l'autre (pource que ilz sont sept cieulx} il dit que il y a uutant d'espace de terre iusques au ciel de Saturne (ini est le septième comme on pourroit aller en sept mil sept cents ans iusques à la contrariété, c'est-à-dire à venir de celluy ciel l'espace de talleure de Sfpt mil et sept cents ans. Ce fut grand sault que Jesucrist fit de la terre au ciel. » On voit par là qu'au moyen âge les cieux étaient pour le peuple quelque chose do matériel. Cette doctrine astronomique des sept cieux, qui se rattache aux sept planètes, est la même que celle de»sept swargas des Indiens, swargat au-dessus desquels résident les grands dieux.
4. L'éciielle mystique était un des symboles du culte de Mithra. Sainte-Croix Mystères du Paganisme, II, p. 126, éd. Sacy. Lobeck, Aglaophamus, t. II, p. 934-
Tout lo monde connaît lo songe de Jacob. Sainte Perpétue vil, dans sa pre — mière vision, une échelle d'or merveilleusement haute, qui s'élevait de la terr<? au ciel, mais si étroite qu'il ne pouvait monter qu'une personne à la fois. lUii — nart, Acla martyrum sinccru.^ Un jeune garçon vit une échelle allant du monasstère de Grandniont au ciel, chargée d'anges, descendant recevoir l'àme de saini Ktienoe, fondateur de l'ordre do Grandmont. Giry, 8 février.
On lit dans les Annales des Franciscains : Erat magna planities; in ea species
LÉGENDES NÉES DE LA CONFtJSION DU SENS LITTÉRAL i7d
enseignait'. En vain, Tintelligence, qui rejetait avec indignation de si grossières, de si idolàtriques conceptions, s'efTorçait-elle, en attribuant à tout ce monde futur une nature éthérée et subtile^, en ne voyant que des substances lumineuses là où le vulgaire ne comprenait que des objets sensibles, de restituer aux croyances un sens plus spirituel et plus raisonnable; Tanthropomorphisme la subjuguait malgré elle, et son impuissance éclate jusque dans ses efforts mêmes. £t cela n*a-t-il pas été TefTet du mysticisme qui, en cherchant à pénétrer les rapports mystérieux qui nous lient à Dieu et au monde, et en pensant dégager Fâme de la matière dans laquelle elle se manifeste et elle vit, ne rencontre que vertige et illusion, touche à la folie et croit atteindre à la divinité ? Le mystique cherche à saisir Fimmatériel, qui dépasse les
qusdam judicii futuri, magna aderat hominum multitudo, angelorum tubœ, scalae a sumroo cœlo usque ad terram demissœ, altéra caDdido colore, altéra purpureo.» Jean Boniface, HisL Virgin., lib. IV, c. 14, p. 725. L'expression figurée: « Scaudere cœlum, » qui se trouve dans plusieurs hymnes d'église, était eDlendue à la lettre par le peuple, qui se figurait vraisemblablement qu'on montait au ciel porté par les anges, comme on s'élève en ballon. On lit dans le Psautier de la Vierge: « Esto illi scala ad regnum cœlorum et iter rectum ad P'iradisum Dei. » Ps. 113. Le livre de saint Jean Climaque, intitulé VÉchelle imle. est fondé sur l'idée allégorique d'échelle, que les Pères employèrent plusieurs fois, mais qui, mai comprise, ne faisait qu'entretenir la croyance superstitieuse à une ascension matérielle du ciel. D'Agi ncourt rapporte (^Pein- '^'«, pi. XLII etXCl, no 8) des peintures dans lesquelles on a représenté l'échelle i^ystique, dont les degrés sont autant de vertus qui servent à monter au ciel. I^dnsla grande Bible hisloriée manuscrite, no 6829, Bibl. roy., on voit un saint qui appuie contre le ciel une échelle pour y monter. Dieu s'apprôte à le recevoir, ^Qdis qu'il précipite des échelons un personnage qui tient un faucon à la main, ^^ui parait avoir plus pensé à la chasse qu'à Dieu. Un diable s'élance pour le ^isir. Dans le même manuscrit, f. 143, on voit un ange qui monte au ciel, en ^Di menant avec lui des évéques.
^ Voyez une vieille ballade allemande traduite, p. 97, par Seb. Albin, dans ^^ Ballades et Chants popuUiir es de l'Allemagne. On y lit, entre autres passages ^pables do donner une idée de la grossièreté des croyances du peuple sur le paradis: a Le vin ne coûte pas un liard dans la cave du ciel, les anges font des P'ins et des craquelins à chaque commande. Les légumes de toute lespèce pous- ^ntdans le jardin du ciel, des pois et des carottes y poussent tout seuls; les asperges sont grosses comme une jambe et les artichauts comme des tôtes. S'il Va un jour mai^^re, les poissons viennent en nageant, saint Pierre accourt avec ^Gleis et son appât, et il se met à pécher, afin de vous rejouir le palais. Sainte Marthe est la cuisinière, saint Urbain l'échanson. »
S- Tous les scolastiques du moyen âge ont beaucoup discuté, en s'appuyant ^ur Us diverses opinions des Pères, touchant la vie future, les anges, l'âme, etc., ^^ malgré le^* efforts qu'ils font pour s'élever à une conceplion immatérielle de '^ur existence, on les voit revenir sans cesse et comme malgré eux aux idées les plus grossières.
bornes actuelles de sa constitution, et ne se représente jamais que des objets sensibles, qu'il prend alors pour cet immatériel, la chimère qu'il poursuit. Mais, comme plus ses efforts ont été grands, plus son intelligence est sortie de son état normal, des voies ordinaires du bon sens et de la raison, il en résulte alors une nouveauté, une étrangeté de conceptions, de visions, ainsi qu'il les appelle lui-même, qui Fétonne, l'enthousiasme, l'enracine dans son erreur. C'est ce phénomène qui nous frappe dans la lecture des ouvrages mystiques, peut-être trop dédaignés de la science, qui y trouverait des £aits curieux et qui ne servent aujourd'hui que de nourriture à des imaginations délirantes, dont la faiblesse rend la perturbation plus facile et plus excusable ^ Ces livres racontent la vie contemplative de saints, de saintes qui ont végété cinquante ou soixante ans au fond d'un cloître, tristes jouets d'idées religieuses désordonnées qui les ont rendus inutiles au monde, et n'ont même pas fait leur bonheur. En les parcourant, on voit partout que c'est aux conceptions matérielles les plus grossières qu'aboutissent tous les efforts de ces âmes pour entrer en communication avec la Divinité, et s'échapper par instant du monde des corps^.Là, par exemple,
1. Il y aurait une étude à faire sur VHistoire de La vie contemplative chez to les peuples de In lerre. On examinerait dans les plus grands détails les dilT rentes phases des aberrations de ce genre que l'on rencontre dans l'espriw humain, et cela fournirait Toccasion de faire connallre combien l'étude ration — nelle de ces idées mystiques et des livres, auxquels elles ont donné naissance jetterait de jour sur la saine appréciation de l'esprit du moyen âge, règne d^" mysticisme, qui n'est pas précisément, comme on a l'air de le croire aujourd'hu celui du spiriiUiilisme.