Job, ch. XX, V
1 Voir MilliD, AfiUqmtés nationales, t. V.
3. L'usage de placer des tableaux et do grandes imagos sur les autels n'est Venu que fort tard; les diptyques ont été longtemps les seuls ornements figures, ^t la croix elle-même ne surmontait pas encore l'autel. Saint Optât rapporte (lib. VI, c. 10) que Macaire et Paul étant venus pour assister au sacrifice et ayant ^Qe Image ou statue quMIs voulaient mettre sur Tautel, tout le peuple se souleva ^Dtre cette nouveauté. On plaçait autrefois les images en dehors des églises, aux portes^ plutôt qu'au dedans et on n'en mettait aucune sur Taulel. Grancolas, ^'^ncim Sacrement de l'Église, part. I, p. 63, Paris, n» 1699. — Cf. Traclalus de alla- ^hu* et sacrificUSy c. 10. i, dans Grimoire de Nysse, De eunlibus Hierosolymam '''PiitoUi, éd. Molinîeus, Hanoviœ, 1607.
*• Cest ce qui résulte des paroles do Bède le Vénérable, au sujet des tableaux ^6 Benedict Biscop. abbé de Wearmuth, acheta à Rome sous le pape Agathon ''^ur orner son ^lise : « Imagines quoque, dil-ilf ad ornandum monasterium *^lesiamque beati Pauli nostri, de concordia Veleriset Novi Testamenti summa ^tionecompositas. » Hiitoria abbatiœ Wearmutli.y lib. I, p. 36. éd. 1664.
^' iconograpiiie, p. 187.
des créatures humaines. Puis les différentes sortes d^anges, d'abord les séraphins et à la fin les simples anges. Ensuite les apôtres, les martyrs, les confesseurs; enfin, les vierges qui, comme femmes et moins éminentes en vertu, sont placées en cordon à la circonférence, d Ainsi, à mesure qu'on s'éloigne de Dieu ou du centre, l'esprit s'obscurcit, la matière prédomine, la vertu s'adaiblit. M. Didron rapproche cette dégradation du système des émanations gnostiques.
Les scènes de l'histoire sacrée, placées d'abord isolément dans les bas-reliefs et les peintures des premiers chrétiens, et qui n'étaient choisies par l'artiste qu'autant qu'elles offraient l'emblème, l'image mystique de quelque dogme, furent ensuite disposées par ordre et classées chronologiquement*. Chaque fait principal de l'Écriture fut représenté. Les événements du Nouveau Testament étaient souvent placés en regard de ceux de l'Ancien, qui en étaient considérés comme les figures anticipées '. En un mot, l'Église ne fut plus seulement le temple du Seigneur, digne de la.^ majesté de celui-ci, par la magnificence et la grandeur de construction, la richesse de ses ornements ; ce fut encore u vaste livre de pierre, dont toutes les pages étaient ouverte ^ à la fois, pour qu'on y pût lire à loisir la loi de dieu et Thi^^
1. Les images de la Vierge et des Apôtres occupaient le côlo de rOrioni; les
jets puisés dans l'Évangile, le côté du Midi; ceux de l'Apocalypse, le Sepl< ^^
Irion. Bùde le Vénérable, opus cit., lib. 1, p. 28, 30, 36.
i. C'est à partir du règne de Théodoso que la multiplication des images r-^E?//. gieuses devint extrêmement rapide. De quelque côté que les fldèles portas^s^/// les yeux, dit M. Éméric-David, les Pérès voulaient qu'ils fussent touchés psr des images pieuses, ou du moins disposés au recueillement par l'accord des couleurs, les effets mystérieux des lumières. Discours historique sur la Peinture^ p. 74. — Cf. Prudence, Uynini, 9-11. — S. Paulin. Epistola 32 ad Severum, n«» 2. - Le môme, De S. Felice nntalilium carmev, 10, v. 10 et ss. — S. Basile, Homilia M. In Bar lli. martyr em et Homilia 19, in AL martyres, t. II, pp. 131 et 149 (in-f«» Parisi/sj.
— S. Augustin, In solcmne Stephani martyrium sermo, 316, c. 5, t. V, p. 2, p. HIO.
— S. Grégoire de Nysse, Oratio de S. Theodoro martyre, t, II, p. 1011. — S. Joan. (:hrysoslôme,£nfomiMmS..lfe/e(»//t>mi7*V(,47, t. VII, p.l91,éd.Montfaucon.— S.Ml. Epistola ad Objmpiodorum, lib. IV, ep. 61. — Sous Délisaire, l'évoque Maximin donna à l'église Saint-Étionne, à Uavenne, des rideaux d'autels où étaient repre- .sonlés les miracles de J.-C. Ciampini, Vetera Moniimentu, t. II, c. 9, lab. 18 el22.
— Déjà, au dire d'Aslerius, évéque d'Amasée, on représentait sur les eloffe» toutes les scènes de la vie du Sauveur. S. Aslerius, Homilia dedivite et Lazaro, éd. Hub., pp. 3 et 4.
toire du Christ. Sur le portail des églises, on représentait une foule de sujets, le plus souvent le Jugement dernier, la Vision apocalyptique de Jésus, avec Tépée à sa bouche, comme à Egleton (comté de Rutland), ou avec sa mère. La porte ouest de Higham-Ferrars représente l'entrée triomphale de Jésus-Christ à Jérusalem. Dans les églises de Normandie, c'est Adam et Eve, avec la pomme, ou la Trinité, qui est le commencement de toute chose. Quelquefois on voit un anneau, parce que Jésus a dit : « Je suis la porte des brebis »; d'autres fois, des scènes de martyre, parce qu'il est écrit que nous devons entrer par beaucoup de tribulations dans le Royaume de Dieu. L'église, par la disposition et la forme de ses différentes parties, par le sens mystique qui s'y rattachait, rappelait encore les mystères de la foi aux âmes plus élevées, plus en état de pénétrer Tintention de cette forme, de cette disposition ; elle devenait ainsi une image terrestre du céleste séjour, séjour où les élus ne seront pas seulement abreuvés des flots de l'amour divin, mais encore illuminés de toute la science de l'Étemel.
Après la découverte de la gravure et de l'imprimerie, cet enseignement, commencé dans les miniatures des bibles historiées manuscrites et les bas-reliefs des églises, se continua dans ces ouvrages à estampes gravées sur bois, appelés Bibles des Pauvres * , dans lesquels les figures relatives à l'Ancien et au Nouveau Testament étaient mises en regard et disposées dans un ordre, qui pût faire connaître à ceux qui ne comprenaient que par les yeux l'histoire sainte et les allégories qu'elle renferme.
Il était impossible que l'emploi constant de ces simulacres, impuissants à rendre visible ce qu'il n'est donné qu'à la seule intelligence de saisir et de concevoir, n*atténuât pas dans
1. M. J. -Marie Guichard, alors l'un des hommes les plus versés dans la connaissance des anciens ouvrages xylographiques, promettait en 1843 sur cet Intéressant sujet un travail qui no semble pas avoir paru. Voyez Laib et Schwartz : Biblia Pauperum, nach der Urkunde in der Lyceum Bibliothek zu Constanz, Wuizbourg, s. d.
r esprit du vulgaire l'élévation et la sublimité d'idées religieuses toutes formées aux sources les plus pures du spiritualisme. En entrant dans cette voie anthropomorpUste, le christianisme devait déchoir de son caractère primitif; L'homme, entraîné par sa nature à se faire la mesure de tout ce qui existe ou peut exister, fut entretenu davantage dans ce penchant, en voyant sans cesse des images confirmatives de cette pensée égoïste, née de son impuissance et de son orgueils C'étaient ces raisons qui, frappant les premiers docteurs de l'Église, leur avaient fait proscrire le culte des images, mais non pas cependant d'une manière aussi absolue que les simulacres païens, anathématisés par eux plutôt comme des figures de démons destinées à tromper l'humanité, que comme des images proprement dites '.
1. (( Nam slmul atquo effecta est Deo visibilis forma, hinc quoque alligatur fUius virtus. Ita stupidi sunt homines ut Deum afflgant ubicumque afflngunt : ac proinde fleri non potestquin adorent, neque interest idoluroque simpliciter colant, an Deum in idolo; hsec sempcr idololatrisB est, quum idolo quallcumque colore exhibentur divini honores. » J. Calvini, Instilutio chrUiianœ religionit^ Hb. I, c. XI, sect. 9.
2. Cf. Eusèbe, Devita Constantini, lib. II, c. 44, lib. II, c. 54. — Socrate, Hist eccles.f lib. I, c. 3. — Sozomene, Hisl. eccles.^ lib. II, c. 5. - Libanius, Oratio /.V, t. II, p. 253.— Cedrenus,//wf. C0fnp.,p. 296.— S. Leont., apud Jean Daroascène, De imaginibus oratio III. t. I, p. 375. — Grégoire de Tours, lib. I, p. 36. — TerluIIien, De idololatria^c. 3 cl 11. —• Les docteurs chrétiens avaient une telle crainte de l'elTet funeste que des idoles païennes pouvaient produire sur l'esprit des fidèles, qu'ils leur défendaient môme de les regarder. S. Clément d'Alex., Pœtlagogium^ lib. m, c. 2. — C'est aussi un fait curieux et qui démontre à quel point lés chrétiens avaient peu la connaissance du paganisme, que cette croyance qu'ih avaient tous, que les simulacres des dieux, auxquels les anciens rendaient des hommages, étaient regardés par ceux-ci comme les divinités elles-mêmes. C'est ce qui ressort de tous les ouvrages des Pères et surtout de tous les actes de? martyrs. Ces actes nous représentent les chrétiens refusant de sacrifier au: démons, s'ima^inant que les démons habitaient réellement dans ces idoles. Cetl< fausse doctrine leur était inspirée par les paroles du Psalmiste : « Ouoniaiir"» omnes dii gentium dœmonia; Dominus autem cœlos fecit. » Ps. XCV, 5. Ainsi. au dire d'un grand nombre de ces actes, on vit souvent les démons sortir bon — teux de ces idoles, que des chrétiens courageux avaient brisées, et avouer lea «" défaite en poussant des cris de rage. Cf. apml Fabricius, Codex apocnjphnrutn. ' Aposlolica, historia S. Simonis et S. Jiulœ, c. 8 et ss., Apostolica hisloria S. Darlhcf— lomœi, c. 1, 2. Cf. TerluIIien, Apologelicus, c. 23. Il est déplorable d'être obligé de constalerque cette croyance puérile subsiste encore chez certains prêtres catholiques, comme il ressort de la lellre suivante de l'abbé Caret, datée des ilcs Gannbier, le 6 octobre J83î, et extraite des Annales de la Propagation de In toi,
n* 44 : « Chemin faisant, nous rencontrâmes un édifice très vaste, élevé, en forme « (le halle; on nous ditquec'etail le temple. Nous l'examinâmes pendant quelque « temps; il est orné de figures humaines assez grossièrement taillées, ce sont V des idoles. Il est à présumer que ce sont bien les démons que l'on a l'inten-
On lit, dans les Actes du martyre de saint Saturnin : « Le saint évoque était obligé, pour aller à une petite église qu'il avait bâtie, de passer devant le Gapitole, qui servait de temple de Jupiter. Les démons qui y habitaient ne purent souffrir la présence de Thomme de Dieu et telle fut la puissance exercée sur eux par le ministre du Christ que leurs vains simulacres (idoles), reprenant leur nature première, ne rendirent plus de réponses (oracles), au grand étonnement de ceux qui les consultaient K »
En effet, on ne saurait nier que, dans les premiers temps du christianisme, les fidèles n'aient professé une profonde antipathie contre les représentations de la divinité. Rien n'est plus formel que les paroles toujours si imposantes de saint Augustin : « Qui commutaverunt gloriam incorruptibilis Dei ad similitudinem corruptibilis hominis, taie enim simulacrum Qefas estChristiano intemplo coUocare, multo magis in corde, Ubî vere est templum ». Et ces autres du même docteur : « Sic omnino errare meruerunt qui Christum et apostolos ejus in sanctis codicibus, sed in pictîs parietibus quœsiverunt. Nec mirum si adpingentibus fingenter decepti sunt ' ». Le passage de la lettre de saint Épiphane à Jean, évêque de Jérusalem, où l'illustre docteur se plaint qu'un voile soit suspendu dans X'église d'Anablatha et qu'on y ait représenté l'image du Christ on de quelque saint, n'est pas moins probant que les précédentes et saint Epiphane qualifie d'impies de pareilles profanations'. Minutius Félix dit que les païens reprochaient anx chrétiens de ne point avoir de temples et de simulacres *•
« lion d'adorer ici, cor le peuple leur donne un nom qui l'annonce. Nous invo- «c quâmes saint Michel, le priant do chasser le dragon inTcrnal de ces contrccs, « comme il le chassa autrefois du ciel.» — Au moyen âge, une ignorance non moins grande de la nature de l'islamisme transformait les musulmans en adorateurs de la statue du prophète, idée d'autant plus étrange qu'elle est en opposition complète avec l'esprit iconoclaste de l'islamisme. La Chronique do Turpiu parle d'une certaine statue de Mahomet nommée Salamcadis, qui otnit adon>e par les Sarrazins et qu'habitait une légion de diahles. i. Voir Ruinart, Acta Sincera, Dccio et Grnlinno conmlihux.