‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 134 sur 251 · S. Epiphane, Opéra, t. Il, p. 317, éd. Petav · texte numérisé non relu

S. Epiphane, Opéra, t. Il, p. 317, éd. Petav

4. «Cur nullasaras habent, templa nulln,nullano!asimulacra?»OrfrfnM*,c. 10.

Cette aversion que les premiers chrétiens manifestaient pour les images et que leur avaient inspirée les simulacres païens fit place, dans les siècles qui suivirent Tépoque des persécutions, à un sentiment tout opposé : Timage reprit peu à peu faveur. Reparaissant d'abord à la fin du iV et dans le v« siècle* comme de simples emblèmes, elles devinrent bientôt des images, dans la véritable acception du mot, et le respect que témoignaient les fidèles pour les personnes et les idées que ces représentations étaient destinées à rappeler, se transforma plus tard en un véritable culte ". On offrit d'abord aux yeux des fidèles les représentations des tortures, des souffrances que des chrétiens avaient endurées pour la foi, afin de ranimer par cette vue la croyance toujours tiède et indifférente de la masse ^.

Quant aux images des personnes divines, des êtres tout immatériels, il est à remarquer que ce ne fut pas du sein des doctrines les plus spiritualistes et les plus pures de la société chrétienne qu'elles sortirent d'abord, repoussées qu'elles* étaient par la sévère orthodoxie primitive. Ce sont vraisemblablement les gnostiques, c'est-à-dire celles des sectes chré — tiennes qui se rattachaient le plus aux croyances de la Pers^ ou de rinde, qui répandirent à l'origine ces simulacres *-

i. s. Auguslln, De consensu Evangeliorum, lib. I, c. 10, Demoribus ecclesiarum catliolicarum, lib. 1, c. 34.

2. L'opinion dominante aujourd'hui esl que les peintures des catacombes remontent au règne de Doraitien, mais il esl tout au moins permis de 8*étonner du silence de tous les auteurs chrétiens des premiers siècles sur ces représentations, que le second Concile de Nicée n'a pas citées à l'appui de sa doe- Irine. Cf. Neander, Allgemeine Gescitic/Ue dei' christlichen Religion^ II, pp. 615 et G19.

3. Cf. S. Basile. Homiliri XVII, in Bar th. martyrem et Hom, XIX in XL martynf^ 1. 11, pp. 141 et 149. — S. Grégoire de Nysse, Oratio de S. Theodoro, martyre, t. II, p. 1011. — S. Chrysostùme, Encomiiun S. Meletii, Ilom. XLVII, l. Vil. p. 191. S. Augustin, Insolemne Steplinni inartyris, sermo CCCXVI, l. V, c. 5, p. 2. col. 1270. — Prudence, Hymvi IX et A7. — S. Paulin, epUt. XXXII, ad Severum, n» 2. — Le même, De S. Felice natalitium. A', 10 et ss., p. 171 et ss.

4. Cf. F. Nork, Mythen der alten Perser als Quellen Christlicher Glaubenslekrc und Ritualien (Leipzig, 1835, in-8»). Malgré les vues ingénieuses de cet auteur, il est bon cependant de se mettre en garde contre l'esprit de système qui domine tout rouvTa<;e. On consultera, au reste, avec fruit l'article que M. Meyer a donne dans l'intéressant recueil de MM. Ullmann et Umbreit, intitulé: Tlieologiêche Studieri und Kritiken, 1837, t. II, p. 579.

LÉGBNBBS INVBNTÉBS POUR EXPLIQUER LBS SYMBOLES, ETC. ^1

Ainsi, c'était dans un christianisme que n'avait point épuré le contact de Técole de Platon, dans un christianisme qui reniait complètement la tradition mosaïque, pour s'attacher aux mythes plus bizarres et plus attrayants de la Perse et de rinde \ que les images prirent naissance. Et ce fut plutôt par un retour au spiritualisme des premiers âges, par un réveil de cet esprit d'aversion pour ce qui tendait à rabaisser la Divinité aux étroites proportions d'une créature huknaine, qu'on vit la guerre se déclarer contre les images '. Mais les .mœurs et les croyances avaient changé, des populations entières avaient reçu la foi lorsqu'elle était déjà escortée de ce cortège idolâtrique de simulacres taillés et peints; les peuples seuls, chez lesquels les traditions anciennes s'étaient conservées, pouvaient favoriser cette réaction ; de plus, le clergé était intéressé à maintenir un de ses plus puissants moyens d'enseigpfiement. Les efforts longtemps persévérants des iconoclastes furent sans effet. Les Yaudois ne furent pas plus heureux ' ; Wiclef , les Hussites et Garlostadt continuèrent à s'élever contre les images*; mais il était réservé aux seuls Calvinistes de faire triompher, dans une partie de l'Europe, les idées des iconoclastes. Le choc fut terrible. Les Protestants firent souvent preuve d'un vandalisme fanatique

i. Cr. sur toute cette question, rexcellenic Histoire du gnosticisme^ de M. J. Matter. Comp. Renan, Origines du christianisme^ t. Vil, 144, 540-545.

2. Il est en effet digue de remarque, que c'est sous l'influence des idées mosaïques qu'ont eu lieu les deux réactions contre les images. On sait que ce fut par l'effet des conseils d'un juif, qui avait prédit à Léon l'Isaurien son avùneinent au trône, que cet empereur rendit son premier édit contre les représentations figurées. C'est aussi dans la Bible, qu'ils mcdiiaient sans cesse, que les protestants ont puisé leur aversion pour les images (P. Maimbourg, Histoire des iconoctastes, p. 25).

3. 0 Imagines et picturas dicunt esse idolatrias. » Kcinerius ord., pred. Liber contra Vatdenses hcereticos, c. 5 ». — Multo vero magls imagines detestantur et crucis signum quod nosadoramus; hanc idolatrias specicm repu tan tes : quasi nos imagines Christi et sanctorum, velut pagani deorum suorum simulacra. colamus. Seyssel, Adcersus Valdenses, fol. 68. » Et Seyssel ajoute : a Quod vero imaginum adorationes in nobis arguunt, hoc, si id ita fiât ut ipsi intelligunt. non adversamur neque iguoramus, in gcneralibus quoque conciliis, publicisqne christianorum conventibus inter ecclesiœ principes et pastores haud parva contentione disceptatum fuisse, an prohibendus esset, ex toto, statuarum atquc imaglnum usus. » (Cf. Stanley Faber, An inquiry into the History and Theolugy oftfie ancient Vatdenses and Atbigenses, 1. lit, ch. xi. p. 431 (London, i838, in-8oj.

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