REPRÉSENTATIONS DE DIEU LE PÈRE
Dieu le Père, dans les plus anciennes représentations, es
1. Cf. J. Calvin, Institutio chrislianœ religionis, lib. I, c. 2, pocI. 7, 12; cap. secl. 12; lib. IV, c. 9, sect. 9. (Cependant celle idolôlrie est loin d'avoir complè» mont disparu. Les pèlerinages, la dévotion à certaines images, principalemen . celles de la Vierge, subsistent encore, et l'on peut toujours trouver l'applicatif do ces belles paroles do Tillustrc Mclanchthon : « Omnia hiBC impia sunt eu Uns idolorum, alloqui ipsas statuas aut ossa. aut flngere Deum, aut sanc magis in uno loco seu ad hanc statuam alligatos esse quam ad alia loca. Ninb diiïerunt invocationes quœ flunt ad Mariam Aquensem, seu Ratisbonenseniv invocationibus cthnicis. qunn flebant ad Dianam Ephesiam. aut ad Junom Flatseensem, aut ad alias statuas. » liesponsum ad articulos Davaiicos, art.
p. 381; ap. Opéra, pars. I (Wiitebergœ, 1562, in-f'»).
2. On a souvent observé avec vérité que le mouvement religieux do la Héîorn correspondait à un mouvement philosophique, tendant à faire prédominer i spiritualisme do Platon sur le réalisme d'Aristote. En vain la scolastiquc abat(u> essaya-t-ello de se soutenir par la voie de la violence et des persécution «?, l'assassinat de Ramus, martyr des doctrines platoniciennes, le supplice d'Anne Dubourg, martyr des nouvelles idées religieuses, produisirent les mômes effpis que les édils cruels de Trajan, de Déco et de Galère contre les chrétiens: i|« grossirent le nombre des protestants et accélérèrent la chute des croyanco? qu'ils devaient proléger.
figuré par une main, main qui fut toujours Temblème de la puissance, et dont les chrétiens avaient emprunté aux juifs le sens allégorique ^ Cette main sort du ciel, elle a les deux premiers doigts ouverts, le pouce et les deux autres doigts fermés, comme pour donner la bénédiction. C*est ainsi que dans beaucoup de miniatures de manuscrits on voit Jésus montant au ciel après sa résurrection et tenant en main sa croix et le Père lui tendant la main droite, comme pour Taider à monter. On lit, au-dessus de Tune d'elles, le distique suivant d'Alcuin :
Dextera qusc Patris mundum ditione gubernat Et natum cœlos proprium transvexit in altos.
1. En hébreu, le moi iad, main, veut dire à la fois ninin et puissance. Dans le style biblique, Texpression la main de Dieu est toujours regardée comme synonyme de Dieu, de Providence, de puissance divine. Dans les bas-reliefs des monuments des premiers chrétiens, une main sortant des nuages représente le Très-Haut, comme on le voit dans le sujet de Moïse recevant les tables de la Loi, sou\ent répété sur les sarcophages (Bottari, XX), et dans le sacrifice d*Abraham, sujet aussi fréquemment reproduit (Bottari, pi. LXXXVIII, LXXXIX). Dans les plus anciennes images de Jésus-Christ crucifié, on plaçait au-dessus de la télé du Sauveur la colombe, et, au-dessus, la main sortant d'un nuage, pour représenter la triade divine (Gori, Thesaurm veterum diptycorum, t. III, tab. 16). Ce symbole de la main persista longtemps, même bien après que Tusage se fut introduit de représenter Dieu sous la forme humaine. Au portail de Notre-Dame de Paris, dit de la Sainte-Vierge, on voit dans un bas-relief un homme à genoux, auprès d'une chaire épiscopale ; un ange lui apparaît, et l'on aperçoit dans le coin du tableau la main symbolique (Gilbert, />^«crtpf ion de l'Église méiropolitaine de Paris, 2* édit., p. 88). On retrouve cette même main dans un des basreliefs de la châsse de saint Taurin, & Évreux, châsse qui date du xiifo siècle (Mémoires de M. A. Le Prévost, dans les Mémnires de la Société de» Antiquaires de Normandie, t. V, p. 374); à Saintes, nu portail du milieu de l'église Notre-Dame, on voit cette main dans un médaillon ; à régliso de Saint-Dcnoit-sur-Loire, dans un bas-relief derrière les stalles, et qui date du xt(^ ou du xtie siècle, saint Benoit est représenté nu, se précipitant au milieu des épines et des chardons pour éteindre le feu do la concupiscence; une main sort d'un nuage et parait lui indiquer ce moyen de vaincre sa passion (Marchand, Souvenirs historiques de lancienne abbaye de Saint-Benoit-sur- Loire, p. 145, Orléans, 1838, in-S"). Dans un bas-relief d'un chapiteau en marbre do l'abbaye do Moissac, on voit, au-dessus d'une croix dont les croisillons sont portés par deux anges, une main qui présente la paume et dont les deux derniers doigts sont fermés (Cf. Nodier, Taylor et Cailleux, Voyage dans Vancienne France, Languedoc, t. I, p. 2, pi. 69 quint.). On voit une main sortant d'un nuage sur la médaille qui représente l'apothéose de Constantin. Les bulles de plomb du pape Victor 11 représentent une main sortant d'un nuage et donnant une clef à suint Pierre (Ciampini, Vet. Monum., t. I, c. 28, pi. 77). Cette main est quelquefois nimbée (le nimbe est cruciforme), comme on le voit sur la tombe miraculeuse d'Arles en Roussillon (Voyage pittoresque dans l'ancienne France, Languedoc, t. Il, part. 11, pi. CLXXI, 4k Cu fut
Les mains jouaient aussi un rôle dans les légendes. On dans la Vie de saint Marc d'Athènes, ermite en Libye, qi Tâme du saint fut portée au ciel sur une nappe blanche et elle fut prise par la grande main de Dieu qui la plaça i Paradis *.
Plus tard, à partir du ix« siècle, ce fut sous les traits d*i vieillard qu'on représenta Dieu le Père. On voulut rend ainsi V « Ancien des jours » de Daniel, et cependant, en ado tant cet usage, on tendait à faire supposer au vulgaire qu existe une antériorité d'existence du père au fils. A la vue cette image, le peuple pouvait mal comprendre les caractèi de l'union hypostatique. Saint Jean (Évang., chap. I) décla que le Verbe ou Logos de Dieu s'est incamé en Jésus. F conséquent, dans toute scène religieuse, où la Divinité par! c'est la figure du Fils et non celle du Père qui doit se mo trer. Le Père peut bien agir, mais c'est par son Fils qu parle. Il faut donc moins s'étonner, si la personne divine q converse avec Esaïe, dans la cathédrale de Chartres, c s'entretient avec les prophètes, dans nos vitraux gothiqv ou nos manuscrits à miniatures, ou sur les sculptures d sarcophages, est représentée sous les traits de Jésus. D'à leurs la Genèse dit que Dieu fit le monde par la parole « Fiat lux », s'écrie Dieu. Les théologiens en vinrent donc considérer Jésus, comme ayant créé le monde, puisque c'e à sa parole qu'il sortit du néant *.
On plaça sur la tCle du Père Eternel la couronne d'un r» ou d'un empereur, on le revêtit d'insignes royaux, on m dans sa main le globe impérial ou le sceptre, symbole de !
sans doute par un efTct do l'i iflucnco que ce symbole exerçait sur les imagit lions que la main apparaît da.is les visions extatiques de plusieurs saints: saii Elisabeth de Hongrie voyait trcquemment sortir du ciel une main éclatante blancheur (Montalembert, Vie de sainte Elisabeth, 2« èdit., 1. 11. p. 26); sainteTl rèse eut une vision toute semblable ( Vie de sainte Thérèse, écrite par elle-niôr trad. franc., p. 180, in-8«, 1839). Voir Didron, Iconographie chrétienne, pp. 18,