Didron, Iconographie
puissance terrestre*, ou bien encore, on le coiffa d'une mitre ou d'une tiare, on l'habilla des ornements pontificaux ', partant de cette idée catholique que le pape ou les rois sont les représentants de Dieu sur la terre et la prenant au pied de la lettre. Ainsi représentée, on plaçait son image sur un trône, on montrait Dieu recevant les adorations de la milice céleste, de la troupe nombreuse des saints figurés à Tentour et au-dessous de lui. En un mot, tout dans ces simulacres oflrait Texpression la moins équivoque de Tanthropomorphisme le plus grossier ^.
1. Dieu est représenté sur le calice de l'ancien trésor de Rocamadour bénissant de la inaia gauche et portant le globe surmonté de la croix do la droite. ÇVotjage dans l'ancienne France, Languedoc^ t. I, p. 2, pi. LU, quint.}.
2. A Saint-Riquier, sur le fronton de Tare ogival du portail central, on voit Dieu le Père coifîé d'une tiare (Gilbert, Description de Sainl-Riquier, p« 71). Dans le Bréviaire manuscrit de Soissons, de la Bibliothèque de l'Arsenal, n« 142, on voit Dieu le Père portant aussi la tiare et vêtu d'une tunique bleue et d'un manteau ruuge. Dans les mystères joués à Chaumont, en Bassigny, le Père Eternel était représenté coiffé d'une mitre. Sa barbe était longue et blanche; de sa main droite, il tenait une boule dorée. Cf. La Diablerie de Cfiaumont ou Rechercha kitloriques sur le Grand Pardon général de cette vt7/e, p. 100, Chaumont, 1838, in-«o).
3. Cest un fait assez curieux, et qui mérite d'être signalé, que c'est principalement chez les solitaires adonnés à la vie contemplative et, en apparence, la nioins matérielle, que l'anthropomorphisme chrétien a rencontré ses plus zélés partisans. Jouets perpétuels de leur imagination en délire, ces ermites se figuraient Dieu tel que le leur montraient leurs sens hallucinés. Et cela fait voir combien sont vaines ces prétentions des mystiques de saisir, dans leurs extases, la Divinité, qui échappe à notre intelligence dans l'état normal, et de nous élever au-dessus de la matière par je ne sais quels efforts mystérieux, où l'homme, bien loin de se dégager de l'influence de la nature, n'en devient pas davantage l'esclave par la confusion et le trouble qui s'opèrent dans les lois qui enchaînent l*ânie à celte nature. Cette observation fait comprendre pourquoi c'est dans la solitude que les docteurs catholiques ont enseigné que l'esprit, qui cherche la I)ivinité, la rencontrait davantage : a Eremum ergo, » dit saint Eucher, dans son
^^ge de la solitude, « recte incircumscriptum Dei nostri templum dixerim ,
^pius se illic videndum sanctis suis prœbuit et conciliante loco congressum
•ïon est aspernatus humanum. » De lande eremi, p. 304 {Œuvres do saint Vincent
^'sLerinset de saint Eucher de Lyon, édit. lal.-rranç., de Grégoire ei Collombet
(l'yen. 1834). — « L'aspect du désert, en jetant dans notre âme je ne sais quel sen-
l'iDeni d'admiration el de terreur religieuse, nous prédispose davantage à ces hal-
|u<;inations de l'esprit où l'âme semble entrer dans une communication plus
"itiiDeavec Dieu.» (Zimmermann, De la solitude, trad. par Jourdan, nouv. cdit.,
P'l26, des Inconvénients de la solilude).— Cet attachement excessif des solitaires
^^r l'anthropomorphisme fut la cause de leur haine invétérée pour Origène,
"Ont 1^ savants écrits avaient combattu leurs erreurs, erreurs dont la source se
/|>Uvait dans l'interprétation littérale des paroles de la Bible, qui disent que
'fortune a été forme à l'image de Dieu. Les moines de Sketys, qui passaient pour
lit ^^^^ parfaits de toute l'Egypte, professaient celle doctrine el rejetèrent la
^. ***« de l'évéque Théophile, qui enseignait que Dieu est incorporel. Ils exci-
''^at môme contre ce prélat une sédition, le traitant d'impie. Théophile se
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M. Didron a fait voir les progrès de Fanthropomorphismc dans les représentations de la Trinité. Avant le xi* siècle, c'est le principe de Tégalité qui domine. Lorsqu'on figore la Trinité, on fait les trois personnes aussi égales que possible. Le Père, le Fils, le Saint-Esprit ont exactement le môme âge, portent le môme vôtement, sont ornés du môme nimbe et ont parfois le môme attribut. Au xi® et à fortiori au xii* siècle, c'est surtout la différence qu'on met en relief. Ainsi, ou les trois personnes sont distinctes, ou elles sont soudées, incorporées l'une à l'autre, comme dans le Dante imprimé à Florence, 1491 *. Cet anthropomorphisme fut ranimé dans l'esprit du vulgaire par les représentations des mystères, représentations dont le peuple était fort avide, et l'habitua à voir les personnes divines sous les traits et le costume de pontifes, de princes, de rois, en un mot d'ôtres n'ayant rien de tout à fait différent de ceux qui frappent nos sens ici-bas •.