LE CERF, LA LICORNE
Le cerf a joué aussi un grand rôle dans les légendes du moyen âge. Cet animal était regardé comme étant doué d'une certaine vertu prophétique et, dans maintes et maintes circonstances, nous le voyons indiquer Fexistence de reliques demeurées ensevelies dans un lieu inconnu, révéler la présence de certains objets que les hommes s'étaient efforcés vainement de découvrir, ou amener un païen, un pécheur, en quelque occurrence qui devait déterminer'sa conversion.
Dans une légende d'une bible du xiii** siècle, citée par Leroux de Lincy ', on raconte qu'un cerf apportait la nourriture à sainte Anne, enfant. L'empereur Fanouel aperçut à la chasse cet animal qu'il poursuivit. Le cerf alla se réfugier sur le sein de la jeune fille, qui reconnut Fanouel pour son père '. Tout le monde a lu la célèbre aventure de Geneviève de Brabant, dont une biche découvrit la retraite dans la forêt. Cet animal s'était élancé vers l'épouse infortunée de Sigefroi, lorsque celle-ci sentant son lait se tarir dans ses mamelles, invoquait, à la vue de son jeune enfant pleurant de faim, le secours de la Vierge ^ L'histoire de saint Ivan, nourri par une biche, rappelle en beaucoup de points celle de Geneviève*. Une biche fit découvrir miraculeusement la retraite de saint Gilles aux ofïîciers du roi Wamba ou Flavien '. Un cerf indiqua au duc Ansegise l'emplacement où devait être fondée l'abbaye de Fécamp ®, en traçant dans sa course un cercle autour d'un arbre. Un cerf découvrit à
1. Leroux de Lincy, Inlroduclion au livre îles Uigendeg, p. i7.
2. Dans cette léj^ende, on a attribue au cerf la propriété de la licorne dont nous parlerons plus bas. (^'est une preuve de la confusion qui s'est au moyen âge constamment opérée, comme nous le verrons, entre ces deux animaux.