Histoire de saint Satui^in, par l'abbé A. S., p
6. Poème sur le Précieux Sang, p. 453. ap. Leroux de Lincy, Essai historique et iltéiaire sur l'abbaye de Fécnvip, et p. 06 do rot ouvrage.
Dagobert le lieu où reposaient les reliques de saint Denise En Hibernie, nous voyons le môme animal faire connaître Tendroit où était caché le corps de saint Kellac '.
Saint Bracchion, né dans la Thuringe, fut d*abord esclave de Sigivald, duc d'Auvergne, qui l'employait souvent à la chasse. Un jour, le jeune Thuringien poursuivait un cerf dans la forêt de Pionsat; la bête se retira dans la cellule d'un ermite nommé Emilien, sans que les chiens osassent l'y forcer. Le chasseur, surpris de ce spectacle, s'avança et se trouva en face du vénérable ermite, qui l'exhorta à se consacrer à Dieu. Bracchion fut converti, et alla fonder un monastère dans le bourg de Menât, près de Biom '.
Mais ces légendes, qui attribuent au cerf un rôle providentiel et en font un véritable ministre des desseins de Dieu^, ne sont pas cependant les plus significatives. Il en est encore d'autres où apparaît davantage l'idée religieuse et chrétienne ; je veux parler de ces légendes dans lesquelles on voit des cerfs porter un crucifix entre leurs bois, parler, enseigner la foi et se transformer dans le Christ en personne. Écoutons à ce sujet la Légende dorée, dans la Vie de saint Eustache :
« Eustache, qui fut distPlacidas, estoit maistre de la chevalerie de Trajan. Si comme ung jour qu'il estoit allé vener, il trouva une assemblée de cerfs, entre lesquels il en veit ung beau et plus grand que les aultres, qui saillit en la forest déserte. Si se sépara ce Placidas de la compaîgnie des austres chevaliers et des austres nobles hommes qui couroient prez
I. Aimoin, Geiia Francorum, IV, 17; Oranda Chroniques de Saint-Denis^ liv. V,
t. Bollandistes, Acta Sanctorunif I maii, p. 107.
a. Grégoire de Tours, 1V,.1S.
k. Ce rôle du cerf ressort évidemment do en que lu Légende de saint Siméony ^rjnitet rapporte d'un cerf qui vint miraculeusement apaiser la faim de ce soli- ^ire et de ses compagnons: «Hac igitur oratione compléta, illico cervus mirœ Qiagnitudinisetformositalisanteostiumcellulœ, niviummollbusiuh8^rens,appa- ''Uit ; qui, cervice deflexa, hu militer nisu quo poterat, fratribus se famularî dcsi- ^erans sese illis incibum sponte divine nutu prœbuit. Qui violenter bestiam, 'lluc accedere insolitam , miriflca Dei virtute se visitari credidcrunt ; ac i^agnificam ejus clementiam diu percunctando, simul mirari cœperunt. » BoiJandistes, Acta Sanctorum, XXVI jul., p. 326. Voyez la légende de VUirschensprung à Carlsbad. Un cerf aurait indique à Charles IV la source des « Sprutleh.
2a8 LBS LEGENDES PIEUSES
les autres cerfs, mais il fut celuy qui, de tout son pouvoir, se forçait de prendre le grant cerf, et si comme le cerf veit que il le suyvoit de tout son pouvoir, si se mist dessus une roche. Et lors Placidas espioit comment il pourroit estre prins. Et si comme il le regardoit, il veit entre les cornes de celluy ceH la forme d*une croix resplendissante plus que le soleil et Timage de Jésus-Christ qui par la bouche du cerf, ainsi comme ladis par la bouche de Tasne à Baslaam, parlait à celay disant : a Placidas, pourquoi me poursuis-tu? Je suis Jésus- Christ que tu honores ignorament ; tes aumônes sont montées jusqu'à moy au ciel ; pour ce, Placidas, je viens à toy, si que par ce cerf que tu chasses, je te preigne »... Eustache tomba de cheval de frayeur ; Jésus-Christ lui apparut et lui ordonnade se faire baptiser, ce que fit Eustache, qui devint depuis ur»> grand sainte »
La vie de saint Hubert, évoque de Liège, nous présent^^ une légende tout à fait analogue et que nous rapporteront également :
« Le vendredi saint, Hubert se trouvant engagé daim^ une partie de chasse, dans la forêt de Brabant, près de cell^ des Ardennes, fut poussé, par l'ardeur qu'il mettait à poursuivre le gibier, dans la partie la plus épaisse de la forêt, laissant sa suite derrière lui. Un cerf d'une taille plus élevée que ne Test ordinairement celle des animaux, lui apparut tout à coup, et au lieu de fuir, s'avança vers lui. Hubert, étonné de ce prodige, s'arrêta stupéfait, considéra le cerf et vit qu'il portait entre ses bois l'image de Jésus-Christ crucifié ; ce qui l'effraya tellement que tous ses sens demeurèrent interdits ; mais aussitôt, la grâce toute puissante le fortifiant, il se jette de dessus son cheval et adore à genoux cette image miraculeuse. A peine eut-il achevé sa prière, que le cerf lui adressa ces paroles : « O Hubert, Hubert, jusqu'à quand poursuivreivous les bêtes des forêts ? Si vous ne vous convertisses
1, Lcgcnda aurea, f. îH.
LÉGENDES 1NVBNt£bS POU R EXPLIQUER LES SYMBOLES, ETC. fô9
promptement à Dieu, en prenant une résolution d*embrasser une vie meilleure, vous serez sans remise précipité dans les enfers. » A ces paroles, Hubert, imitant Texemple de saint Paul, se convertit et s*écria : «Seigneur, que voulez- vous que je fasse ? i> — « Allez, lui dit le cerf en disparaissant, trouver à Maestricht mon serviteur Lambert, qui vous dira ce qu*il faut faire*.»
Les vies de saint Julien THospitalier * et de saint Félix de
Valois renferment encore des légendes de cerfs, presque
identiques à celles que nous venons de citer ; enfin des cerfs
joaent aussi un grand rôle dans les histoires de saint Rieul ^
etdesaintTelo*.
Ces légendes ont toutes ensemble une parenté trop étroite pour qu elles ne tirent pas leur origine d*une idée commune. U y a ici un fait identique et primordial qui a présidé à la i^aissance de chacune d* elles et qu*il importe de dégager en <iuelque sorte , comme Tinconnue des différents problèmes dans lesquels il entre comme racine. Et d'abord, ce qui doit ^ons frapper, c'est la présence de ce crucifix entre les bois de l'animal. Il me semble que Texplication de cette circonstance ^st donnée par une double observation : la première, c'est
1. Histoire abrégée de la vie de taini Hubert, prince du $ang de F)rance, p. 24, ^is, 1678, in-li. Cest cette circonstance qui a fait adopter saint Hubert pour Patron des chasseurs. Nous ne pouvons parler de ce saint célèbre, sans dire un tbot de la vertu attribuée à son invocation, pour la guérison de la rage. Un fait Carieax à noter, c'est que cette guérison ne s'obtenait qu'en imprimant sur la Hlaie, bien entendu après avoir prié le saint, un stigmate, avec un fer en forme ^e croix, rougi au feu. On voyait dans ce miracle une preuve éclatante de la Yertu de la croix, tandis que. ainsi qu'on le devine tout de suite, celte guérison était due simplement à la cautérisation de la morsure. La forme de la croix (tonnée au fer rouge était là, pour abuser la crédulité du vulgaire. Que de guérirons miraculeuses ont été opérées de la sorte! Le remède naturel se cachait sous quelque jonglerie pieuse, dans laquelle l'ignorance voyait la cause d'une cure qui lui paraissait merveilleuse. La médecine, elle-même, participait aussi jadis de cet esprit dMmposture. Que de médicaments simples et puissants furent déguisés À Taide d'innombrables drogues insipides et inutiles, plutôt propres à en atténuer l'énergie qu'à l'exalter ! Il n'y a pas bien des années qu'on a commencé à dégager le remède actif de l'accessoire, qui en faisait un composé mystérieux amyeux du vulgaire, et qu'on s'est borné à l'administrer seul et sous son nom véritable.
1 Giry, 12 février, t. 1, p. 443.