Pierre, V
3. La couronne jouait aussi un rôle dans les mystères antiques. D'après ie langage mystique des inities de Mithra, ce dieu était leur couronne. Saiot»* Croix, Myitcret du vaganismet <)d* Sacy, t, II, p. 130, note.
4. Une hymne que l'on chantait en l'honneur de saint Laurent, dans laquelle se trouvaient ces paroles, où il est aisé do reconnaître une métaphoro poétique :
llli os dccore splenduit Fuli$orque circumfusus est.
fit adopter, dans la léxcndo de ce saint, le miracle do l'apparition d'une auréole brillante au-dessus de la tête du martyr, au moment de sa mort.
5. Suivant une légende répandue chez les Franciscains, le frère conven Ambroise Lombard, ayant élé admis au ciel, apparut sur la terre avec une couronne sur la tôle. Des Proceuions de i'Églite^ c. 5, p. 415. — Thurcill vit, danstoa voyage au paradis, les Ames des justes vêtues do blanc et portant des courooDn lumineuses. Gr. Chroniqx^ de Mathieu Paris, trad. Huillard-Breholles, t. \\. p. 897. — Dans le bas^relief de la cathédrale d'Amiens, qui représente le Jugement dernier, on volt les élus, vêtus de voiles, se diriger vers le paradis. Un ange place une couronne sur la tête du premier élu qui se présente. Gilbert, CatAétfrate d'Amientt p. 35. On lit dans une paraphrase dos Méditations de saint Bonaventure,
rEN^DBS INVENTÉES POUR EXPLIQUER LES SYMBOLES, ETC. 285
il les habillait de vôtements blancs *. Mais le peuple ne yaitdans ces couronnes que les coiflures réelles, qui garnis- Lent le front des élus, dans le divin séjour'. La môme idée symbolique, qui faisait donner une couronne Lx élus, faisait représenter le diable avec des cornes. Dans mtiquité, les cornes étaient l'attribut de la puissance, comme rappelle ce vers si célèbre d'Horace :
Et addis cornua pauperi.
(Lib. m, ode 21).
Les traditions juives donnaient des cornes à Moïse ' ; les *aditions musulmanes en attribuent à Alexandre ^. Mais en énéral les cornes étaient principalement le caractère de la ^rce bestiale, celle du taureau et du bélier. C'était préci- ^tnent à ce titre que le démon recevait des cornes, lui, l'emème de la force, de la puissance, mais de la puissance avilie
ravalée jusqu'à la brute. Pour le peuple, ces cornes ne i*ent bientôt plus qu'un des éléments de la repoussante Ideur du diable. Alors qu'aux yeux du vulgaire, celui-ci fut îvenu un être hideux, incohérent assemblage des formes s plus animales et les plus effrayantes '^, un personnage
^face de la portion consacrée au rosaire: «Advint une fois... que il voy au I, comment la vierge Marie, accompagnée de plusieurs saintes vierges ses imbrières et de toute la cour et chancellerie céleste, vint devant la majesté du ne de Dieu et chantèrent en grant mélodie cette chanson qui «rosaire» est
>eléc » Et en outre lui furent monstres innumérables et très belles cou-
nés, reluisant et flourissant de oudeurs très souefes. Lesquelles couronnes yieni réservées es cieulx à ceulx qui, là-jus en terre, diroient dévotement esrosaire. Paulin Paris, out\ cit., t. Il, p. 119-120.
L'idée de ces vêtements blancs est empruntée à V Apocalypse, VI, 11.
Mais dans un grand nombre de manuscrits on donne une couronne à Satan
BibL hisL mts. Bihi. nationale, n* 6829, f* 18). Cette couronne rappelle ces
oies du livre de Job : « Omne sublime videt et est rex super universos fliios
KTbiïe. » XLI, 25.
. Cette tradition a été adoptée par les chrétiens, au moyen âge, et Michel-Ange est encore conformé, dans son admirable statue de Moïse au tombeau de es 11, à Saint-Pierre in Vincoli, à Rome.
. Reinaud, Monumenta orientalia du cabinet Blacas, t. L p. 173. . Les diables sont représentés de môme par les Persans comme étant d'une leur repoussante, avec de longues cornes, des yeux hagards, des cheveux héiéSj de longues griffes et d'énormes pattes. Purcha's PilgrimSy vol. I, cité par ghticy, The Mutknloqif fniry, t. I. p. 3^.
â86 LES LÉGENDES PIEUSES
grotesque et risible à force d*être laid S les cornes ne furent plus, je le répète, qu'un des moyens de le rapprocher davantage du satyre ', cette divinité antique qui au moyen flge fut remplacée parle démon. Il est probable que les singes qui se voient dans les bas-reliefs de certaines églises du moyen âge ont été considérés par Tartiste comme des emblèmes da démon, ou du moins comme les figures les plus propres i rendre Tange de ténèbres. Mais toutes ces images bixarres, dans lesquelles se cachait une pensée sérieuse, perdirent promptement pour le peuple leur sens allégorique. L'idée du démon avait disparu pour ne laisser qu'une tête grimaçante, un animal informe, une composition fantastique. « Â quoi bon », écrivait en ii35 saint Bernard à Guillaume de Saint- Thierry, « tous ces monstres grotesques en peinture et en bosse qu'on trouve dans les cloîtres, à la vue des gens qui pleurent leurs péchés? Que signifient ces singes immondes, ces lions furieux, ces centaures monstrueux ?' i» Le grand saint lui-même avait perdu la tradition des symboles, on plutôt il reconnaissait, par leur impuissance sur l'esprit du vulgaire, toute leur inutilité.
Les symboles portés dans les solennités religieuses n'étaient
1. Cette laideur grotesque du diable fit qu'on en vint à rire parfois de l'esprit de ténèbres, malgré la crainte qu'il inspirait. Mais au fond de ces facéties quu lu forme de Satan provoquait, qu'on lui attribuait même souvent, perçait déjà un peu d'incrédulité sur l'existence de cet être imaginaire dont on aurait pu dire, en se servant des paroles de Lucrèce, c. V, v. 891-92.
Ne forte...., Coneri credas Scyllas aut caetera de génère horum Inier se, quorum discordia membra videmus.
Quelquefois le diable est un véritable singe et sa malice ne s'exerce qu'en
espiègleries plaisantes Il n'est pas sans exemple qu'il se laisse tromper par les
plus simples artiflces. Supertlilions populaires du moyen dge^ Revue britannique, 4' série, t. X, p. 279 (1837).
2. Les singes paraissent avoir donne naissance aux satyres. Plus tard, comme dans la vision de saint Antoine, ces singes sont devenus, pour les ermites ignorants et hallucinés, des apparitions diaboliques. Au moyen âge, on crut positivement que la forme du satyre était une de celles qu'afTectaitle démon. La figure que l'on donnait habituellement aux démons rappelle tout à fait celle des satyres. Voyez les propriétés du satyre dans les propriétés des bêtes du Roman it^AlêX(indre,a\). Traditions t&ralo logiques, de Berger de Xivrey, p. 475 et sq.
3. Apud Mabillon, inter Opéra S. tiemard, e. 12, n« 29, p. 539.
pas moins, pour le peuple, une occasion d'exercer sa crédule imagination et d^in venter des faits miraculeux, pour expliquer .^e dont il ne saisissait pas le sens allégorique. Nous Tavons léjà remarqué relativement aux dragons promenés dans les processions. Uhistoire du « Saint-Sacrement des miracles » de Bruxelles nous en fournit encore un exemple. Pour rappeler k la fois le souvenir du sacrifice sanglant, par lequel Jésus- Christ avait racheté le monde du péché, et la profanation d'un juif qui avait, dit-on, frappé d'un coup de poignard des hosties consacrées, on portait à la procession, dans Bruxelles, des bosties ensanglantées. Le peuple, à la vue de ces objets, en conclut que les hosties avaient répandu du sang, sous le fer du juif sacrilège, et le récit du miracle se répandit ensuite dans tous les Pays-Bas ^ Plus d'une fois, les atroces calomnies répandues contre la nation Israélite, au moyen âge, servirent à nourir en même temps la superstition, chez une population toujours avide de prodiges. Cette môme fable d'hosties, qui s'étaient couvertes de taches de sang sous le poignard d'un juif, fut répétée incessamment ^ Les Grecs célébraient dans leurs ménologes la passion des images de Jésus-Christ^, st dans le missel romain imprimé à Venise en i5i3, une messe consacrait cette solennité ^.
Le sang du Christ, dont la vertu mystérieuse avait racheté l'homme du péché, est devenu en général une source féconde
1. Ce qui démontre jusqu'à l'évidence le caractère fabuleux de cette légende, !'e8t que, dans la lettre de l'évoque de Cambrai qui fait foi du miracle, il Veut parlé en aucune façon de sang répandu, quoiqu'il soit question de la profalation du Saint Sacrement. Ce prétendu miracle daterait, suivant le dire popuaire, de Tan 5870, et cependant ce ne fut qu'en 1402 que commença la procession. Cf. P. Sroet, Histoire de la religion cathoUque dans le Brabant, trad. Tblron. p. 127 (Bruxelles. 1829, in-12).
3. Depping, Les Juifs au moyen dge, p. 171. Voyez aussi pour ces accusations ibsurdes Touvrage célèbre et si injuste d'Alpbonse de Spina, intitulé : ForiaUium fidei in universos christianœ religionis hostes Judœos et Sarracenos (Lugduni, 525, in-4»).
3. La première passion eut lieu à Constantinople, lorsqu'une image percée de oups de couteau par un juif versa du sang. La seconde arriva à Beyroutb, en >yrie, sous Irène et Constantin, lorsque les juifs crucifièrent une image, d'où I sortit une quantité prodigieuse de sang.
4. J.-B. Tbiers, Histoire des superstitions, t. il, cbap. v, p. 412.
288 LBS lAgbndrb PiEUsn
de légendes. (Test ainsi qa'une tradition dirétienne r^po^ tait que les anges avaient reçu dans des calices le prédeu sang versé par le Sauveur, pendant sa donloorense passum^ tradition qui avait été fabriquée sur la vue des tableaux etdM diptyques, dans lesquels, par une allégorie dont le sens se comprend aisément, Tartiste avait représenté des aagv recueillant dans un calice le sang du Fils de l*homme'.
Une des légendes les plus célèbres sur le sang du Sanvwr est celle du Saint-Grraal (de sang réel, sanguis realU). D*apris elle, les juifs ayant jeté en prison Joseph d*Arimathie, ^1b accusaient d*avoir dérobé le corps de Jésus, le Seigneur loi apparut, le consola et lui donna un vase sacré, renfermant son sang, qui avait la vertu merveilleuse de nourrir le prisonnier au physique et au moral. Joseph, après quarante* deux ans de captivité, fut enfin délivré parremperenrVespaf sien. U se mit à voyager avec le vase sacré et d*antm reliques. Après avoir parcouru TAsie, où il opéra des ooih versions et fit des miracles à Rome, il se rendit en Bretagne. Il y établit la « table ronde », bâtit un palais, pour conserverie vase contenant le « Saint-Graal », la lance ensanglantée qui t percé le flanc du Christ, Tépée des Machabées et meurt'.
Cette légende, dans laquelle se trouvent confondues celles de Joseph d'Arimathie et celle du Saint-Graal, paraît devoir être attribuée à Walter Mapes , archidiacre d'Ox-
1. Les chrétiens croyaient que lorsque J.-C. était ressuscité, il arait repris toot le sang qu'il avait versé sur la croix ; il est tout naturel alors qu'ils s* Imaginaaseot que des anges avaient recueilli ce sang. Cf. HcemachrittolalrU ou Tt€ikté dm culte et Vénération du précieux sang de J.-Cm par Seguin, p. S. (Nantes, 1G19, in-18*).
2. Ce sang reçu par les anges exprimait allégoriquement cotte pensée des théologiens, qu'aucune goutte du précieux sang n'avait été perdue, a Totus sanguis Christi qui ad vcritatem humanœ natures pertinebat in passione ejus effususpro rudumptione humani gcneris, ad corpus Christi rediit et rcsurrexitcam éo triplid ratiouc, etc. », S. Thomas d'Âquin, Sununa theologiœ^ pan ÎIU S, 54, art. t.— Rien n'est plus commun, au reste, que le sujet dont nous parlons: on le trouve représenté dans un diptyque rapporté par Gori, Thés, f>et. dipt., t. III, pi. XVI« p. 150, dans des heures manuscrites de la bibliothèque de rArsenal à Paris, cotées iu-8», 325, sur une des fresques du Campo-Santo, à Pise. Voyez Rossi et Lasinio, PiUure a fresco del Campo-Santo, tav. 17.
8. F.-G. Bergman n , Origine et signification des romans de Sotnl-lfraAl, Strasbourg, 18^2, in-8^
ÎGENDKS INVENTÉES POUR EXPLIQUER LES SYMBOLES, ETC. i89
rd, chapelain de Henri II, qui identifia le Saint -Graal rec réeuelle dans laquelle Jésus avait célébré la Saintebne '.
On peut dire hardiment qu'au moyen âge, toute représenition symbolique était immédiatement transformée en une nage réelle, et la tendance à supposer une légende était 'autant plus forte, que le symbole était plus caché et plus illicile à expliquer. Les représentations de la Passion surtout, lus en vue que toute autre et plus multipliées , étaient un thème erpétuel pour l'imagination du vulgaire. On ne saurait se issimuler que beaucoup de fables ne soient mêlées à Thistoire e la Passion. Ainsi, d'après les préceptes du Talmud, les xécutions à mort devaient avoir lieu après le coucher du 3leil, tandis que, d'après les Evangiles, le supplice de Jésus urait eu lieu en plein jour. Il était défendu d'exécuter deux lalfaiteurs en un seul jour (Sanhédrin, cap. 6, halach 4)- En utre, le criminel devait être tué, avant d'être mis en croix ; nfin, on lui donnait une boisson enivrante (Sanhédrin, )1. 43, col. i). La version de saint Marc, XY, aS, qui parle de in mêlé de myrrhe, est donc plus vraisemblable que celle de aint Mathieu, XXVII, 34, qui indique du vinaigre mêlé de fiel, ''oulait-on, par exemple, rendre sensible aux yeux la victoire, ne Jésus par son supplice avait remportée sur la mort ', on laçait au bas de la croix une tête de mort et des ossements '. ie peuple prenait ces ossements pour ceux d'Adam, qu'une radition ancienne disait avoir été enterré au môme lieu où de-
1. Voyez sur le môme sujet : Guyot de Provins; Chrestien de Troyes, Wolfram 'Eschenbach. Comp. Leroux de Lincy, Histoire de P Abbaye de fécamp.
2. X^c9To; ô 6sô( OavdiTcii Oavaxov naTrJaa;. Bituale ordinationiê, Alexand. icob. patriarch., ap. Renaudot, Coll. lit. orient.^ 1. 1, p. 460.
3. Gori donne, t. 111, lab. 5, un diptyque dans lequel on voit la croix s'élevant u-dessus d'une caverne, dans laquelle on a placé la tête de mort. On remarque Qcore, à Saint-Eustorge de Milan, la tête de mort au-dessous de la croix. 11 y i^ait aussi, dans cet usage de placer ainsi une tôte dépouillée de sa chair, une llusion au sens du mot golgotha qui correspond au grec xpavfov et signifie à la »ts lieu stérile, nu et crâne. La calvitie était en outre, dans les idées de l'Orient, n des caractères distinctifs d'Adam, la perte des cheveux ayant été infligée à li et à sa postérité, après son péché. Voyez un article déjà cité plus haut de la n*ti^ indépendante, août 1842, p. 448.
290 liBS LÉOSNDBS WOCOB
Yait expirer plus tard le second Adam, rédempteur dapremier'. Les Mages que l^Érangile nous représente comme étant venus adorer le Christ au moment de sa naissance, avarlii qu'ils avaient été par une étoile mystérieuse, sont demaB au moyen âge le texte de nouvelles légendes qui se soat greffées sur la légende primitive *. U est aisé de voir que las idées symboliques, attachées par les chrétiens à ces perMOnages singuliers, ont été la source des faits qui se sont ijoutéi plus tard au récit évangélique. En effet, il n'est question dans saint Mathieu (chap. II, v. i , 19) que de Mages dont le nombre n*e8t pas spécifié et qui vinrent d*Orient à Jérusalem, pov adorer le roi des JuiCs dont ils avaient vu Tétoile en Orient; de là, ils se rendirent à Bethléem, entrèrent dans la maiioa
1. « m ucundut Ailam primi Adami peeeata dUMênl. » S. Jérôme, Efittolm, TII ad Marcel. Cf. sur Topialon qu'Adam avait été enterré an llett mène eà tikm ploa tard le Calvaire, Albert le Giand, ad XXII cap. Locm. Comp. t, Gorlalh. Xf, n. Cette tradiUon eat oonalgnée dans les ilniialai âê Miekd QI^cêês HbrkhÊ, Codicm ptfydêpigraphi Veterit Teitamenti, t. il, part. II, p.3S.— Daaa la ealMditle de Beauvaia, chapelle de la Vierge, on voit lou emeiSement flgwé daaala imms d*an vitrail du xiii» alècle. Adam, qui eat enterré ao pied de la eroix, aait IWI entier du tonil)eau; de la main gauche il tend une oonpe d'or, o4 tombe le aang qui dégoutte des pieda de Jétua-Chrlat (Didron, otcv. cU,f p. 177). Vaa intention également allégorique fit adopter l*uaage de placer la boa lama à droite et le mauvais à gauche du Christ, et dès lors ce fait fut accepté comme un fait réel ; il entra dans la légende que lo peuple composa sur les deux compagnons de supplice de Jésus, qui, dMnconnus qu'ils étaient aux premiers chrétiens, devinrent, sous les noms de Dismas et Gestes, deux pcraonnagea fortcélè> brcs. Molanus, De Piclurii sacrU, lib. IV, c. 9.— C'est dans VÉvangile de Nkodimt, (G. 9, p. 581, ap. Thilo), que se trouvent les premières traces de ces détails sor l'histoire des larrons, ajoutés à ceux si restreints que donnent. les orthodoicfb VÉvangile de Nicodéme a joui d'un grand crédit au moyen âge. Il a été tr^iaK du latin en français, par André do Coutances (xk siècle), sous ce titre: JloaMHi de la Réiurrection de Jésus-Chriet. Saint Jérôme, saint Hilaire, saint Célestln po^ adoptèrent une partie de cette légende populaire. Saint Vincent Parler rapporte en outre un miracle bien ridicule dont on grossissait encore de son temps tonto cette fable des larrons. D'après ce théologien, le bon larron DIsmas fut guéri de son aveuglement par la lumière, que l'ombre du Seigneur porta sur luL Piena Damien attribue simplement la conversion de ce même Dismas à une prière de la Vierge, qui reconnut en lui un de ceux, entre lee mains desquels elle était tombée en allant en Egypte. Il est aisé de voir que le fait, rapporté paraaiat Vincent Ferrier, doit sa naissance à la double acception du mot lumière, mot qal a été pris du sens figuré au sens physique.
3. Cf. Strauss, ouv, ciL, t. 1, part. 1, p. S76 et sq. Nous voudrions pouvoir dler les judicieuses réflexions, que ce mythe des Mages adorant le Sauveur a iaspirôes à M. Jean Reynaud, dans son excellent article ZonoAsma, de VBne^tiopédiê nouvelle^ p. 792. Nous y renvoyons le lecteur qui voudra avoir une Idée de la sianiflcation symbolique de cette légende, la première qui apparaieae dans l'Evangile.
de Marie et ouvrant leurs trésors, offrirent à Tenfant Jésus de l'or, de Tencens et de la myrrhe. Ainsi aucun détail n'est donné sur ces Mages, sur leur patrie et sur ce qu'ils devinrent après être retournés en Orient. Les chrétiens ne pouvaient se contenter d'un récit si court et si peu circonstancié ; ces Mages devaient au plus haut degré piquer leur curiosité, et leur imagination, à défaut dé faits, supposa les détails dont l'Évangile était dépourvu. Ces détails furent l'effet des idées toutes symboliques qu'on attachait à ces mystérieux personnages. Au dire des fidèles, il y eut trois Mages, parce que ces Mages étaient pour eux la personnification des peuples qui habitent les trois parties du monde \ venant adorer le roi de l'univers ; il y eut trois Mages, en mémoire de la Trinité * ; l'or, l'encens et la myrrhe, présents qu'ils avaient offerts, furent interprétés par les commentateurs de l'Évangile dans un sens figurée Plus tard, on alla plus loin, on fit de ces
1. Bède le vénérable dil à ce sujet: «Mystice très Magi très partes mundi signiflcant, Asiain, Africain, Ëuropam, sive humanum genus, quod a tribus flliis Noe 8eininariunisumpsit.i> — (cNosautein,dit saint Augustin, roanifestationem Domini et Salvaturis nosiri, J,-C., qua primitias gentium delibavit in unitate gentium. » Sermo CCllt, in Epiph. 2. — « Unde quod illi très viri, s*écriait saint Léon, univer* sarum gentium peraonam gerentes. adorato Domino, sunt adepti, hoc in populis suis per fldem quod justificat impies, totus mundus assequitur et htereditatem domioi ante sœcula prœparatam accipiunt adoptivi et perdunt qui videbantur esse legitimi.B Sermo ÂXA7F, in Epiph. iolemn. V., c. 2. — Les juifs se représentaient, en effet, le Messie comme devant être adoré par tous les rois de la terre : voyez Esale. XVllI, 7, cf. LX, 10. Comp. Midrash Tehillim, sur le Psaume XXXV et sur le Psaume LXXXVIl. D'après un mystère de l'Adoration des mages, le premier nu dit : a Suscipe, rex, aurum régis signum » ; le deuxième dit : a Suscipe royrrham, signum sepulturœ » ; et le troisième dit : «Suscipe thus, tu vere Deus » (Voyez Wright, Early mytteries, p. 28).
La môme idée symbolique qui a fait choisir le nombre trois pour celui des Mages, fit aussi adopter un nombre semblable pour les bergers ; mais cette tradition ne s'accrédita que difficilement et celle qui le portait à quatre, ayant noms Misael, Achéel.Cyriaque et Stéphane, fut toujours davantage accréditée. Cf. Fabricius, Codketpseudepigraphi, t. III, Paralip. dêEvang. Infant.
2. a In eo quod a Magis tria offeruntur, Trinitas intelligitur, in co vero quod à Magis très uni et singuli singula offerunt, in Trinitate unitœ, declaretur. » S. Hilaire. Sermo de Epipfuinia. Le nombre trois fut accepté par saint Léon, ouv. cit., et Epist. XVI, c. 2; par saint Maxime, Sermo III ; saint Césaire d'Arles, Sermo XLVL Cf. C. Jansenius, cap. 9, Commentariue in Concordiam evangetieam,