Rusticus Helpidius a dit {De Christi beneficiis, v
Gens chaldœa
dat munera régi,
Divitias, dat thura Deo, myrrhamqUe sepulto.
^-Id^ LES LÉGENDES PIEUSES
Mages des rois * , afin de justifier les paroles d*Esaîe (chap. LX, Y. lo), que Ton regardait comme prédisant c^ événement merveilleux et qui annonçaient que les peuples et les rois les plus éloignés viendraient à Jérusalem adorer Jehovah, lui apporter de For, de Tencens et tontes sortes de présents agréables.
La croyance populaire adopta de bonne heure Tidée qoe ces Mages étaient des rois et une fête, conservée encore de nos jours, et dont le fond est emprunté au paganisme, fîit destinée à perpétuer ce sens attribué au mot Mage. On ne s*arrêta pas encore là : les trois Mages, étant la personnification de toute Thumanité, devaient représenter les trois âges, les différentes races de Tespèce humaine ' ; Tartiste peignit donc nos trois personnages avec les traits de la jeunesse, de la virilité et de la vieillesse, il donna à Tun d'eux la couleur d'un Éthiopien. C'est ainsi que se forma la légende des Mages dont, bien entendu, on ne tarda pas à connaître le nom ^, la
et Sedulius (II, v. 95) :
Aurea nascenti fuderunt munera régi,
Thura dedere Deo, myrrhamque tribuere sepulto.
Celle mOme idée se trouve également rapportée dans le livre des prophéties d'IbnTarva, paribn Babawehih. Cf. Ch. G. Barth, Die Mytiien de* Lebens Jetu, p. 9. Stuttgard, 1837. in -12; on la rencontre encore dans les Livret SibyUim, dans saint Paulin, saint Grégoire de Naziance, Prudence et Juvenus.
1. C'est aussi sans doute pour pouvoir appliquer aux Mages ces paroles du psaume LXXI. 11 : u Et adorabunt eum omnes reges terrae, » qu'on les aura trani^formés en rois. Cf. Strauss, 1. c, p, 276. — Prudence {in hymno Epiphaniœ et apotheosis) croil que ces personnages étaient rois, opinion partagée par saint Jean Chrysostôme et saint Grégoire de Nazianze, dans son poème sur la Virginité: l'ouvrage attribue à saint Atlianase et intitulé : «Quœstiones ad regem Antiochum, le suppose également. Cf. sur le môme sujet et la môme opinion, les divers écrits de saint Maxime, de saint Anselme, de saint Paschaire, d'Innocent 111 et de Druthmar, ainsi queTeTluWienj Adeersus judœos.c. 19, Adversus ATarcionf m, lib.l, c. 12. Néanmoins, les anciens sarcophages, en n'oiïrant pas les Mages la courooDe sur la léte et ne les représentant que coiffés du bonnet phrygien, démontrent la nouveauté de cette tradition. Cf. Bottari.tab. LXXXV, LXXXVl, et des bas-reliefs de saint Trophime d Arles, dans Millin, Voyage dan» le Midi de la France, i. lU, p. 392.
2. Haphaéi a suivi cette tradition, dans ses Lo^es. en y peignant un des Mage* noir. Hubons, de môme, dans son tableau de V Adoration des Mage», qui est au Musée d'Anvers. Mais, dans les tableaux de peintres plus anciens qui ont traite le même sujet, le troisième ma^e n'est pas noir; par exemple, celui de J. Van Eyk de la collection Boisserée.
3. Ces noms sont : Gaspar. Baltliasar et Melchior; on les trouve dans le hrt»-
patrie * et dont Colofoie se vanta de posséder les reliques.
Ainsi, le symbolisme des idées guidait souvent Tartiste dans l'invention des détails, et ces images, à leur tour, réagissaient sur Tesprit crédule du vulgaire. En est-il un exemple plus frappant que ces fables débitées sur certains saints et d'après lesquelles on rapportait qu'ils avaient porté leur tête, après avoir subi le supplice de la décollation ? Cette légende se trouve dans les vies de saint Denis^, de saint Ovide ^, de saint Firmin d'Amiens^, de saint Maurice', de saint Nicaise de Reims*, de saint Soulange de Boui^es', de saint Just d'Auxerre *, de saint Lucain', de sainte Esperie ^®, de sainte Libaria, de saint Didier de Langres'S de saint Grohard de Nantes, saint Clair, saint Ovide, saint Genitour du Blanc,
A propos de ce dernier, voici ce que rapporte une légende, qui paraît être une paraphrase de Tancien bréviaire de Tours. Sainte Marne et ses neuf fils, après avoir abjuré les faux dieux, étaient venus à Tours recevoir le baptême de saint Martin. Us retournaient dans leur pays, lorsque le roi des Goths, furieux de leur conversion, dépêcha cinquante cavaliers qui les atteignirent au Blanc. Ils essayèrent des
viairede Mersebourg. Selon Paquet, éditeur de Molanus, c'est Pierre Comestor auteur d'une Histoire ecclésiastique écrite en 1179, qui leur attribua le premier ces noms. Voyez Mola nus, édit. Paquot, lib. III, c. 3, p. 229. Mais cette assertion est contredite par une peinture du xi» siècle, citée par d'Agincourt, pi. 95, et sur laquelle on Ht le nom de chaque Mage à côté de sa figure.
1. On leur assignait pour royaumes Tarse, la Nubie et Saba. Une hymne chantée par l'Église, le jour de Noél, rappelait cette dernière ville :
Reges de Saba veniunt, Âurum, thus, myrrham oiïerunt.
H. A. Daniel, Thésaurus Hymnologicus, 1. 1, p. 234. Halis, 1841.
2. Ce miracle est rapporté par Hilduin, abbé de Saint-Denis, sous Louis le Débonnaire, ûans aeêAréopagiques. Fleury, Historia Ecclesiastica, liv. XVII, c. 50.