DE LA CERTITUDE
Si un fait est accepté comme vrai par l'universalité des hommes d'une époque, sans doute il y a, par cette raison même, d'impérieux motifs d'en admettre la véracité ' ; mais pour que ce consensus soit un sujet suffisant de certitude, il faut examiner préalablement les circonstances dans lesquelles il s'est formé et constater si ce consensus est le résultat d'un grand nombre de témoignages réels et de çisu en faveur du fait admis, ou s'il n'est né que de la reproduction d'un fort petit nombre de témoignages antérieurs, dont il ne fait alors que répéter les termes, sans rien ajouter de plus à la certitude de
i. D'impérieux motifs! Mais cependant il est des cas où ces motifs doivent céder à une évidence contraire, et en cela nous partageons Tavis d'un jeune écrivain, dont la parole hardie et quelquefois téméraire a cependant frappé avec justesse sur une foule de nos préjugés. « Prenant pour axiomes de Téternelle et indéfectible vérité, dit M. P. J. Proudhon, les inspirations d'une raison nécessairement faible et fautive, entraînés par l'opinion générale, subjugués par la religion des textes, lisent toujours pose en principe, à l'instar des théologiens, que cela est infailliblement vrai, qui est admis universellement, partout et toujours : quod ah omnibiu, qiiod ubique, quodsemper; comme si une croyance générale, mais spontanée, prouvait autre chose qu'une apparence générale. » Qii'est-ce que la propriété? l«r Mémoire, p. 83, Paris, 1840, in-i2.
accepté par l'intermédiaire dun témoignage étrai premier n'ajoutera rien à la puissance convaincante nier, puisqu'il repose tout entier sur lui ; il ne certifi au plus qae la confiance du second témoin dans le antérieur. Donc si le consensus est né de la coniianc< affirmation unique primitive ou en un petit nombre mations, quelque nombreuses que deviennent d'aïlli affirmations secondaires qui composent le conseï véracité de l'affirmation primitive n'en sera pas moi teusc. Le grand nombre des témoignages n'a donc di réelle qu'autant que chaque témoin a pu s'assurer même du fait avancé, ou quand ce fait permet, par sa nence et sa durée, que chacun puisse le vérifier.
Voilà, ce me semble, qaeU sont les véritables prin< la critique historique. Ils nous apprennent que toutes qu'un fait aura en sa faveur le témoignage de l'his faudra, pour connaître le degré de confiance qu'il remontera l'affirmation primitive, en apprécier la i et voir si elle est unique ou corroborée par d'autre pour constater cette affirmation première, il sera ui tenir compte de l'état des esprits et des connaisse moment où elle s'est produite, de la plus ou moins crédulité de la population, de sa tendance plus on prononcée vers le merveilleux.
Lorsqu'une circonstance, qui présente un certain ci
Quelquefois même, elle peut être reçue par deux motifs : d une part, si le fait offre quelque apparence miraculeuse ; de lantre, si les faits de cette nature, quoique rares, sont réputés possibles.
Lors donc qu*un fait merveilleux se trouve rapporté à un moment où la croyance au merveilleux existe, le témoignage de celui qui Taffirme ne saurait inspirer une bien grande confiance, puisqu'on pourra toujours dire : « A cette époque, tel homme a admis tel fait, en vertu de telle opinion ; mais aujourd'hui, en possession de notions plus exactes et plus étendues, ^u témoignage pourrait être tout différent ; car il aurait mis dans son examen, par cela seul que le fait eût contredit ses opinions, une rigueur et une sévérité qu'il n'a pu y apporter. » Voilà comment il est possible que le témoignage même des hommes les plus éminents, les plus éclairés d'un siècle, soit néanmoins récusable, si tout montre que ces hommes ont été îous le joug des idées et des préjugés de leurs contemporains*.
Ainsi donc, toutes les fois que les deux conditions essentielles d'un témoignage véridique, le nombre des témoins i^els et les lumières de leur époque, ne seront pas satisfaites, ^e témoignage deviendra quelque chose de fort douteux, de fort arbitraire, dont on ne devra tenir compte, qu'autant qu'il ^e sera pas en opposition avec la science et la raison.