Le pape, liv. I, c. 15, p. 113, in-18, Paris
2. Nous renverrons, pour de plus amples détails sur les livres apocryphes d<'» premiers chrétiens, à l'extrait du mémoire de Burigny, p. 88 du t. XXVII, de l'ancienne Acail. desinsc. et bell.-iet., mémoire dans lequel nous avons très larr^»mcnt puisé, et à l'excellent ouvrage cittribué à l'rércl, mais qui est sans doute de Burigny, intitulé: « Examen critique des Apotoqistts lie la lietigwn chrétiennes^- On consultera aussi avec fruit, pour les temps antérieurs à Constantin, l'hisioire de Mosheim, les ifmotre* de Lenain de Tillemont pour )*ervir à l'histoire ecclésiastique, et plusieurs articles des TheologiscUe Studieii de MM. UUmann et Umbreit.
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ions révoquons en doute la véracité sont pris dans les Bollandistes, approuvés par la cour de Rome? Il faudrait \rraiment faire bien abstraction de toute espèce de raison pour descendre à un tel degré de soumission, soumission devant laquelle la science ne serait plus possible.
Mais lors môme que Ton s'abstiendrait de toute critique pour les actes que FÉglise a couverts de son autorité, il resterait encore une quantité prodigieuse de Vies de saints, de légendes, auxquelles toute liberté serait laissée de faire subir un examen rigoureux et une épuration rationnelle. La manière dont la plupart de ces Vies ont été composées explique parfaitement combien de faits mensongers ont dû s'y glisser. Primitivement, on se bornait à écrire sur des tablettes ou dans des registres le nom de ceux qui avaient souffert le martyre pour la foi ' ; plus tard on y joignit celui des confesseurs, des vierges *, sans mettre souvent d'autres détails que le lieu de la naissance et le genre de supplices qu'on leur avait fait éprouver '. En sorte que les plus anciens martyrologes n'étaient que ce que sont aujourd'hui nos calendriers ^. Le besoin éprouvé par les âmes pieuses de posséder des détails
1. Voyez Dupin, Traité de l'autorité ecclésûtttique et du pouvoir temporel, t. III p. 430etsuiv.
2. Benoît XIV, Epistola encyclica de novo martyrologio. Voilà pourquoi dans le canon de la messe on ne fit d^abord mention que des martyrs, et que dans les premiers siècles i'Ëglise ne faisait pas Tofflce des confesseurs. Saint Âthanase et saint Basile sont les premiers évoques dont on ait fait la fête en Orient ; en Occident, ce fut saint Martin. Grancolas, Let anciennet Liturgies^ p. 620 Paris. 1697, in-12.
3. On lisait ces tablettes les jours de fête ou anniversaire de leur « naissance céleste» [nataUtia)» Les Pères de l'Église d'Afrique parlent de cet usage, qu'ils approuvent, et qui se répandit bientôt dans toutes les églises (Voyez la lettre du pape Adrien II, à Charlemagne). Grégoire le Grand, dit: a Paene omnium martyrum, distinclis per singulos dies passionibus, collecta in uno codice nomina habemus... Non tamen in eodem voluminequisqualitersit passus indicatur; sed tantom modo nomen, locus, et dies passionis ponitur (lib. VIII, Epistolarum, 29).
4. « In antiquishujusmodi fastis, quod maxime dolendum est, incredibilis quidem martyrum Africanorum numerus occurrit, ut prope tertio quoque die àliquorum memoria celebretur: at vix unquam vel tempus vel locus saltem certaminis enunciatur: ut prœter martyrum nomina, quœ sœpe vexata atque incerta sunt, nihil fere ex iis exploratum, nihil definitum habeamus». Morcelli, J/rtcaCArùa'ani,adannum 207, v.2,t. II, p. 71.— Eusèbe de Césarée parait être le plus ancien auteur qui ait composé une véritable hagiologie, hagiologie d'après laquelle saint Jérôme composa la sienne, a Litania sanctorum nominum postea
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sur la vie des martyrs, fit composer, des biographies Mt entières, pomr lesquelles le rédacteur dut naturellement ae montrer peu sévère sur les docnmoits qu^il employait, à nh son du petit nombre de ceux qu^il avait à sa disposition. Gb ne fut qu'aux vii*, vni* et ix* siècles que parurent les véritables hagiologiesqu*écrivirentBède le Vénérable' en Ajb|^ terre, Florus en France, RabanMaur ', Notker et WandellMit en Allemagne, chacun pour les saints de leur patrie respeetivei et Adon et Usuard *, pour ceux de toute la chrétienté ^. Enfin* plus tard, chaque ordre religieux, chaque ville, chaque diocèia' eut son histoire et ses patrons. Les hagiologies ne devinnÉt plus circonstanciées qu*à mesure qu'on avançait davantage dans les siècles d'ignorance et qu'on s'éloignait de l'époqs^ à laquelle les faits s'étaient passés. La critique était doue d'autant plus difScile qu'on voulait plus de faits et qu'on a»connaissait moins.
Les détails même, que les historiens du temps nous ùb!^ laissés sur la manière dont ceux qui se vouaient à la rédactioim des annales pieuses ont accompli leur travail, nous fontvoii^ que presque jamais une vie de saint n'était retranscrite ùCM traduite dans une langue nouvelle, sans s'augmenter d'nn^ foule de légendes orales, que le rédacteur se faisait un devoir
creditur in usuina8sumpta,quaiii Hieronymus martyrologium,8ecula8Eu9ebiac» Gœsariensem, per anni circulum conscripsit, ea occasione ab episcopis Cbrom»" tio et Heliodoro, illud opus rogatus componere. » Walafrid Strabo, De nM eccUùastieis, c. 28.
1. « Beda, anglicanœ EcclesisB inonachus, mortyrologium privato studio composuisse fertur. Martyrologium autem sub ejus nomine reperitur in operfbus Hed9i t. 111. Verum genuinum Bedœ opus martyrologium illud mse Jure in dubium vocavit Bollandus ; teste enim Usuardo, Beda plurei dies inteteioê reliquit in sao raariyrologio, cum contra in omnibus, qui bujus martyrologii extant, libris, nall' dies martyrum aut Sanctorum merooriis careat ». Pellicla, t I, p. S68.
2. Rhabanus Maurus, abbas Fuldensis, deinde archiepiacopus MoguntloiUi qui floruitsub imperatore Ludovico Pio ejuitque fllio Lothario,alteram quoqoe scripsit martyrologium. Eodem Lothario imperatore, Wandelbeitua, Pramleosii cœnobii, ordinis S. Benedicti monachua, novum metrice elaboravit martyro* logium, dicavilque Otrico, anno 542.
3. Usuardus, monacbus ordinis S. Benedicti, suum continuavit opus in grat|' Caroli Magni, vel Garoli Calvi. Ipse autem in epistola prœfixa, fatetur ae ex diversis SS. Patrum martyrologiis suum confecisse.
4. Cf. A. J. Binterim, DievorzugUchtten Denkw'ùrdigkeittn der ChrUt'KaUiolir schen^Kirche, Band V. Th. 1, t. Il, par. 8, p. 84.
ajouter, dans le bnt de rendre son œuvre aussi complète le possible. Au x* siècle, Simon le Métaphraste entreprit rédiger dans a un ordre plus rigoureux, et dans un style is digne de la cour d*Orient, près de laquelle il vivait, les Votes des apôtres et des martyrs » *. Guillaume de Malmes- Tj dit, en parlant de Goscelin, moine de Saint-Âugustin de ^torbéry : « Innumeras sanctorum citas recentium style tnlit, çeterum çel amissas, çel informiter éditas^ comptius %!OQaint^i». On juge aisément ce que devenait souvent le cte original, après de semblables refontes, et que de faits ocryphes s'y étaient glissés, à Taide de contresens et d*in- "polations ! Plus les biographies sacrées passaient par les lins des copistes et des traducteurs, plus elles étaient alté- ^s. Les actes écrits par Helinand, moine de Froidmont, at remplis de fables ; Vincent de Beauvais ' les reproduit us son Spéculum majus et y en ajoute de nouvelles ; fin plus tard Tévêque de Gênes, Jacques de Voragine^, mposa une véritable mythologie chrétienne, dans sa célèbre 'gende dorée, qui fut encore grossie d'interpolations et de liLs nouvelles, dans les nombreuses traductions que Ton en Europe. Notons, entre autres, l'édition de Jean Belem, i florissait en la première moitié du xiv® siècle ; celle de an de Yignau, qui se servit beaucoup de la précédente. !tte légende a été traduite en anglais et publiée par William LXton (i483); en italien, par Nicolas Manerbi; en hollanis, en tchèque, etc.
. Leroux de Lincy, Introdvxiion au Livre des Légendes, p. 33.
. Hittoria Anglorum. lib. IV, p. 130.
. Histoire littéraire de France, t. XVIII, art. Vincent de Beauvais, par
inou.
. Voyez sur cette légende la notice préliminaire que Gustave Brunet a placée
tête de sa traduction.