APPLICATION DES PRINCIPES CRITIQUES
A l'État d*esprit des égriyains de légendes
Il nous reste à examiner une seconde question, qui doit être également résolue, pour apprécier quel degré de confiance méritent les légendes. A Fépoque où les faits merveilleux qui s'y trouvent consignés étaient rapportés , possédaiton les lumières suffisantes pour exercer une critique véritable et sérieuse sur des témoignages, qui venaient affirmer des faits en contradiction avec nos connaissances? On peut assnrer hardiment que non. Au moyen âge, Tintime conviction, que la nature voit très fréquemment ses lois interverties par la volonté divine, régnait dans les esprits, en sorte que, pour peu qu'un fait se présentât avec des apparences extraordinaires, on se hâtait de le regarder comme un miracle, comme l'œuvre directe de la divinité. Aujourd'hui on cherche au contraire à tout rapporter à la loi commune ; on est tellement sobre de faits miraculeux, que ceux qui paraissent tels sont écartés comme des fables ou tenus pour des faits ordinaires mal expliqués. La foi aux miracles a disparu. En outre, au moyen âge, le cercle des connaissances qu'on possédait sur la nature était fort restreint, et tout ce qui n'y rentrait pas était regardé comme siu*naturel. Actuellement ce cercle s'agrandit sans cesse et loin d'en avoir arrêté définitivement la limite, on le déclare infini ^ Quelle diflerence doit alors résulter de
j. On voit par là que le nombre des miracles doit être en raison inversedu nombre des lois connues de la nature et. qu'à mesure que celles-ci nous sont révéloes, les faits merveilleux ou miraculeux s'évanouissent. Peul-élre, répondrat-on, qu'il faut dislinguerle merveilleux du miraculeux, et adoptera-t-on cell^ distinction d'Abercronibie: «A marvcllous ever.t is one which differs in ail it^ éléments from any thing lliat \ve previously knew. withoul being opposed toany known prineiple. But a miraculous event implies much more than ttiis. bt'ing direclly opposed to what every mari knows to be tho establisbed and uniforni course of nnture » (Inquiries concerning the inteUectual powers nnil the inrefl^' g(Uio)t of Irutli. Il*- édit., p. 82. London, 1841). Mais cette définition no p<'u^ LHre juste qu'autant qu'à une époque où le miracle est dit s'éire passé, chaqu*"
deux manières d*envisager les faits, dans la critique du veilleux rapporté dans Thistoire ! Tel fait a paru sumatuîu XIV» siècle: oui, parce qu'au xiv* siècle, on n'avait ni >cience qui eût expliqué ce fait, ni le sentiment qu'il ;te une explication naturelle pour les faits en apparence plus surprenants ; à cette époque, il a semblé surprenant, à tout ; on Ta jugé surnaturel parce que l'on croyait alors i ordre naturel et à un ordre surnaturel ; on s'est borné à stater qu'il sortait des limites des lois connues de la ire; on Ta proclamé miracle^. Mais au xix« siècle, avec esprit de critique qui fait rechercher les causes, qui les ouve sur le moindre indice, qui démêle si ingénieusement illusions, le même fait serait-il taxé de surnaturel ? C'est mte la question '.
hoisissons un exemple plus frappant encore, et qui, précit davantage les idées, fasse mieux sentir quelle distance ite entre l'ancienne et la nouvelle manière de procéder, posons que des témoignages dignes de foi viennent nous oncer qu'un homme est ressuscité après trois jours. Ile idée s'offrira aujourd'hui à notre esprit? Croironss, comme nous l'aurions fait il y a dix-huit cents ans, que iiomme n'était réellement pas mort, que cette mort n'était pparente, car la mo]*t pour nous est un état permanent et litif dont on ne revient pas ? Nous dirons qu'il y a eu
ne connaît the ettablished and uniform couru of nature, ce qui n'a certainepas lieu. Les météores, par exemple, quoique dans Tordre de la nature, leront à la majorité des hommes être opposés à l'ordre invariable de la e qu'ils connaissent; sont-ce pour cela des miracles? Cette distinction entre rveilleux et le miraculeux n'est donc qu'une misérable subtilité inventée mettre à couvert l'orthodoxie de la science.
.'Encyclopédie, en définissant judicieusement un miracle « un effet qui la suite d'aucune des lois connues de la nature ou qui ne saurait s'accorder jcs lois », laisse très bien entendre par là que l'existence du miracle est donnée à la connaissance des lois de la nature.
'est le raisonnement plein de force que l'abbé de la Neufville opposait aux ans du célèbre miracle de Migné, arrivé le 17 décembre 1826. «Vous me peut-être que M. de Bouille (l'evôque de Poitiers) a interrogé lui-même les ns. Mais ces témoins, qu'ont-ils pu dire? qu'ils ont vu une croix en )'ensuit-il que c'était une croix miraculeuse? Nullement, parce qu'il y a 'S moyens naturels pour la produire. » Nouvelles preuves contre le faux le de Migné, p. 107. Paris, 1828, in-8o.
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léthargie, abolition momentanée des fonctions de la sensibilité; mais noos n'en croirons pas moins que l'homme vivait eDCore. Faiaonapltu, admettons qu'on nt'lirme que cette ntort a été accompagnée de tous les symptômes ordinaires de h mort ; eh bieo 1 c'est, dira la science, qu'il y a des morts iqiparentes qui iR>ésentent tous les syniptômes dr la mort réelle.
Je ne venz pas dire par là que les résurrections, après une mort apparente prolot^éc et accompagnée des sympldmes de la mort réelle, soient possibles ; je veus montrer seulementqne loTB même, ce qoi an reste n'a jamais eu lieu, que les témoins seraient complètement dignes de foi et qu'aucune fable n'aurait été mêlée aox détails d'un récit déjà extraordinaire, dans le but d'en aogmentw le merveilleux, que dans ce cas, dis-je, les conséqoences qn'on tirerait du fait seraient aujourd'lioi tontes différentes de celles qu'on en eQt tiré il y a quatre on cinq siècles. Je ne pnis m'empéeher de citer les paroles d'nn médecin, prêtre et trappiste, mais homme éclairé, dont Vou- Trage est mi moonment curieux de la lutte que la science livre à la foi dans l'esprit le plus catholique : « Nous ne soinntes pins, dit-il, au temps où l'on croyait qu'un malade, tombé dans une profonde léthargie ou une longue syncope, étail réellement mort tant que durait cet accident, et qu'il ressuscitait vraiment dès qu'il sortait de cette crise. C'est ainsi que Bède le Vénérable rapporte l'histoire d'un nommé Drithelme. qui mourat vers l'entrée de la nuit et ressuscita au point dn jonr'. »
Il est bien constant, par exemple, que beaucoup de faits, qui nous sont présentés dans l'Iiistoire comme des résurrections, se réduisent à des gaérîsons naturelles d'états léthar^quei ou de maladies arrivées à leur dernier période, guérisons que l'imagination a ensuite entourées de circonstances extraordinaires. Que sont les résurrections opérées par Ësculape, si