‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 198 sur 251 · Eaai lur ta Tliéotogie morale, 1, IV, cb. m, p. SU · texte numérisé non relu

Eaai lur ta Tliéotogie morale, 1, IV, cb. m, p. SU

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BXAMBN RATIONNEL DBS LÉGENDES 329

ce n*est Toeavre de la médecine qui arrache le malade à une mort qui paraissait certaine ? Le fils de la veuve de Sarepta ressuscité par Élie (I Rois, XVII, 17 et suiv.), et celui de la Sunamite par Elisée (II Rois, lY, 34 et suiv.), n'étaient très certainement que tombés en léthargie. Élie s'étendit par trois fois sur le corps du premier ; Elisée se coucha aussi sur Tenfiant qu'il rappela à la vie, mit sa bouche sur celle de ce dernier, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains, et chercha à réchauffer. L'enfant bâilla sept fois et ouvrit les yeux. Il est impossible de raconter plus clairement que ces deux prophètes réveillèrent Faction vitale chez ces enfants tombés dans une syncope intense, en rappelant la chaleur à la périphérie des membres du corps. Le même caractère de léthargie nous est offert dans l'Évangile pour la résurrection de la fille de Jaïrus (Math. IX, a3 et suiv. ; Marc, Y, 38 et suiv.). « Cette fille n'est point morte », dit le Sauveur, « elle n'est qu'endormie. » A ces mots, il fait retirer ceux qui l'entourent, réchauffe la jeune fille et la rappelle à la vie. La piété des chrétiens a néanmoins voulu voir une résurrection, là où les détails, les paroles même de Jésus annoncent une léthargie. C'est en se couchant sur ceux qui, privés de connaissance, semblaient déjà sans vie, que des hommes inspirés ont paru à un peuple crédule les avoir ressuscites. Le coucher horizontal est en effet un des premiers remèdes à apporter à la syncope. M. Piorry a démontré de quelle efficacité peut être ce moyen pour rappeler à la connaissance des animaux tombés en syncope par suite d'une hémorragie'.

En général, on a dû d'autant plus aisément prendre pour de véritables résurrections la cessation d'un état de léthargie, de catalepsie ou de syncope prolongée et très intense, que tous les caractères de la mort réelle les accompagnent dans bien des cas. Ainsi les signes qui semblent les moins incertains : suspension de la circulation, absence de respiration,

1. Voyez l'art. Syncope, par M. Jolly, dans le Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques.

830 Ll> J.KOKN-DBK PIBrSES

FeflFoidiHement, face hippocratiqiic, taches livides et vet^tarest raideur oadaTériquc, peuvent se produire sans qu'il y ait encfMK mort, et l'odeur cadavérique que peut exhaler un eorpa plein de vie a été souvent coniondne avec la pntréfaction, le Mnl indice non douteux du trépas. M. Vigne été entre antres l'exemple de deux personnes atteintes du tj'pbus, qni perdirent le sentiment et le mouvement et dont !e corps ae convrit de taches noires, infectes'.

Je BOppoie qne le fait extraordinaire d'une résnrreetion se présente i nous plnslenrs Ibis, que nous en constations ni£iDC l'existence, autant de fois que ce fait est relaté dans la Vie des saints, alors, an lieu de multiplier comme jadis les miracles, on inscrira dans les traités de pathologie une nouvelle v&nHé de léthai^ie, une mort apparente offrant momentanément tous les caractères d'une mort réelle.

An point de Tne où nous sommes placés, il n'y a d(»e phs de miracles et de |u*odig«B possibles. Tout rentre dans l'adafct rable unité des lois de la nature et ces lois eUes-mémea ae sont plus conçues comme mobiles et passagires, mais ûommt immuables et étemeUes et, pour ce motif, capables d'être prédites et formulées, placées au-dessus du caprice d'une volonté arbitraire et ne se cachant pas dans la profondeur de la divinité '. Il ne faut donc point demander pourquoi il ne se &it plus de miracles, on pourquoi il ne s'en fait plus qoe dans

1 Julia Fontanelle, Rtchtrehei mfdico-légaUt nr l'ineertilude lUi ilgnt* M b mort (Paris. 183(, iii-8°). Voyez bui»! sur la mort appareale. f. Fischer, iter.SonnambuUtmui, i. I, p. SOT, K.isvl. 1S3E) ; Burdscb, TriiiU de Phjfiiologi*, Irad. Jaurdan, t. V, p. t09;elVigDé, Traitii dt la moTt afiparatte. Pari», tS4l.

S. Noua citerons i ce sujet la réQeilon pleine de sens que celle observalion > 5uggér«e i un mathématicien distingué, qui a >u exposer la philosophie des «i;iance« avec une lucldilé et une élévation fort rares. 1) parle ûm phénomines iislranomiques : « L'ensemble de ces phénomAnes provoque naturel le mont, dll- II. une remarque philosophique fort easenlietle aur l'opposlllon nécessaire vt da Iilua en plus prononcée de l'eaprlt poslUf contre l'eeprit théolODJqueou mélaphrslque.k mesure quu la géométrie céleale s'est perrecllonnée davantage. Lecaraclèra [ondamenlal de toute philosophie théologiiue est d'envisager tous les pbeiiomûnes comme gouvernes par des volontés el.par conséquent, comme aminemmcnt variables et r^uliers. su moins virtuellement. Au contraire, la ptillosopiiie positive les confoit comme é l'abri de tout caprice. iiBuletlls t des lois inva. riabiea qui permettent de les prévoir CKacicmenl. L'Incompalibllilé radicale il« cos deux manières de voir n'est aujourd'hui nulle pari plus saillante qu'A l'égard

nbre. C'est que l'ombre, projetée par Tignorance des causes îtables sur le monde , se rétrécît peu à peu et avec ï le champ du merveilleux qu'elle couvre ; c*est que la 3nce pénètre partout graduellement et qu'il n'y a que là elle n'est pas en éveil, sur ses gardes, que le prodige reste »dige, le surnaturel surnaturel. Ailleurs, le miracle est )ossible. La preuve , c'est que toutes les fois que , is armant de critique et de doute , vous allez à la herche du merveilleux, ce merveilleux fuit sans cesse 'ant vous. Vous demandez un prodige dans l'air, vous n'en ez pas. En demander, c'est tenter le thaumaturge, c'est-à- 3 se poser en adversaire de sa doctrine ou en Satan ^ Que x-là voient qui ont des yeux pour voir et entendent qui des oreilles pour entendre ; là où il y a de l'incrédulité, niracle ne peut avoir lieu '.

iette comparaison de l'esprit de deux époques, si diverses ir leurs connaissances, nous explique la physionomie toute érente, que la controverse sur ces questions prenait chez chrétiens d'autrefois, comparée à celle que l'on soulève ore aujourd'hui. En effet, actuellement, tel fait surnaturel il avancé? On se demande s'il est véridique, s'il est pose de l'expliquer par les voies rationnelles, s'il a pu maté- Lement arriver. Jadis, rien de cela I On ne contestait pas •ossibilité d'opérer des miracles, de faire des prodiges, on cherchait pas à trouver des explications naturelles à des

vénemeiits cétesles, depuis qu'on a pu les prévoir complètement et avec la ière perfection n. Auguste Comte, Cours de philosophie positive. Astronomie^ p. 216.

If ath. XII, 38 et suiv. ; Luc. XI. 16, 29 et suiv.

I Et ainsi ils prenaient de lui un sujet de scandale. Mais Jésus leur dit: Un lète n'est sans honneur que dans son pays et sa maison. Et il ne flt pas beaude miraclesâ cause di* leur incrédulité». Math. XIII, 57, 58. a Car je vous dis vous assure que, si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous i à celle montagne: Transporte-toi d'ici là, et elle s'y transporterait, et rien 3US serait impossible ». Math. XVII, 19. Le moyen Age a cru ces paroles à la '; il n'y a pas de miracle, quelque exlraordinaire qu'il fût, qui ait fait vio- • à sa foi. Les résurrections d'hommes ne lui ont pas môme suffi; il a admis la foi pouvait rendre la vie à des animaux, à des oiseaux, comme cela est é, d'après .Mathieu Paris, au tombeau de saint Thomas Becket. Grande Chro- ' de Mathieu Paris, trad. Huillard-Bréholles, t. II, p. 4, ann. 1171.

332 LES LÉGENUES PIEUSES

faits dont nul ne mettait en doute le caractère snmaturel. On M demandait eculemeot s'ils étaient bien attestés ; et dons le eai d'une réponse affirmative à cette question, on ajoutait: < Qui Im a opérés, qui les a produits ?» A quoi l'on pouvait répondra : « Dieu ou la magie ; les anges ou les dénions t. Gomme, dansl'uniYers, tout ce qui n'est pas assujetti & des lois r^nliirea et permanentes, tout ce qui est instable et changeant est l'oenTre im médiate d'individualités libres, des animaia et Bnrtont de l'homme 1 de même, tout ce qui semblait dérogera oette rhf^ invariable et ûxe, tout ce dont l'homme, la cré» tore terreatre, n'étaitvisiblementpasl'auteur, on ne le rapportait pas à one loi secrète et inconnue de la nature ; on l'attiibnait à des 6tres que l'imagination se représentait comme ezirtants , on en faisait l'œuvre immédiate d'esprits , de démonSt de puissances invisibles auxquelles on accordait nécessairement des facnltés supérieures à celles de Tbomme. Cette manière d'envisager des phénomènes insolites respire dans toute la philosophie du moyen Age, dans toute la doctrine de» Pires de l'Église. L'élude de leurs écrits nous la démontre à chaque page. Origène ' ne conteste pas à Celse qu'Anaxagore soit ressuscité ; il admet le fait comme possible, quoiqu'il le pense fabuleux ; mais à ses yeux, cette résurrection est une œuvre du dcoion '. Et Celse lui-iuéme n'avait pas contesté les miracles des chrétiens, il y voyait seulement les effets de la magie *.

1. OrigKoe, Advenu» Celium, llb. Il, c. Bl, *p. Op«ra, MU. Delarue, t. T, p> W- Toute rargumeDUtlaD d'Orlgène en laveur dea mlraclea esl ranlemiéB data Ci ralaoniiement, dont la conclusion repou tout enlJËra sur une ina]eDi«qDl>a]awd'hui lomt» d'elle-mâme : a Puisque noua recoDnaiaaona, dil-il, qu'il y * dN miracles qui «ont l'effet de* prestiges du démou el do la magie, nous somdM forcés de reconuallre qu'il y a des mlraclea ditlnao.

3. Celte observation n'a point échappé à Abereromble, au moneDl où IlépoiM sa dialectique, pour élablir la poBsibllIté du miracle: s II la, Indeed, areaurkable cir^umslance. Ihst tlie earllesl wrilers againat Chrialiaillly aacilba IM mlraculoQS event lo tbe power of sorcery ur mSBic. but uever aUempttocill tliero in question aa matlers of tact i. Inquirit» conetmmg th* intiUtctiMi'

pOUWTi p. £8.

3. a Je ne vois paa pourquoi, Privait OrlgËne, Celse dit que le« ubréUeDS lirul leur prétendue science du nom et do l'invocalion de certains démona, désipuol probablement ceux qui, parmi nous, chassent les démons; cequi est une cal»"'

TertuUien ^ et saint Angustin, en présence de tons les proliges rapportés dans les fables grecques et romaines, se borlent à proclamer la ruse infinie du démon et la puissance mmense que Dieu lui a accordée. Dans tous les prodiges, ils le voient également que Teffet de la magie. De la magie ! nais en quoi se distinguait-elle donc du don des miracles ? La nagie était Tart de contraindre la nature à opérer des proliges, ou plutôt la magie dérobait aux dieux le secret des lois mystérieuses qui régissent le monde, et faisait alors connaître le moyen de rendre les objets dociles à sa volonté. Les miracles, au contraire, venaient de Dieu, qui les opérait par intermédiaire de Thomme. Dans la magie, les démons ou les lieux païens (pour les premiers chrétiens, c'étaient des êtres identiques) révélaient par TefTet des conjurations, leurs connaissances aux magiciens, mais toujours inférieurs à Dieu par l'intelligence, leurs prodiges ne pouvaient naturellement atteindre à ceux de la divinité. Ainsi dans les croyances chrétiennes ou judaïques, le magicien est un associé du diable qui cherche à séduire Fhomme par de trompeuses merveilles*.

Au lieu d'étudier par quel ingénieux mécanisme, renouvelé

nie manifeste contre le christianisme. Le pouvoir qu'exercent les chrétiens ne vient pas de ces sortes d'invocations, mais de la vertu du nom de Jésus et de la récitation des évangiles^. Ouv. cit., lib.I, c. 17.— Gelse. en admettant que les guélisons opérées par les premiers chrétiens sont dus à la magie, rappelle qu'il y avait de son temps des hommes prétendus inspirés qui, pour quelques oboles, chasuient les démons, guérissaient les malades par leur souffle, évoquaient les âmes des morts. TertuUien, ApologelUnts, c. 23, parle également de faits semblables.

i. Apologetictttf c. S2. Ce docteur voit des œuvres diaboliques dans les appariions de Castor et de Pollux, dans l'histoire du crible rempli pour témoigner de 'innocence de la vestale Tuccia et dans celles du vaisseau traîné seulement avec I ceinture de la vestale Claudia, et de la barbedeDomitius-A.henobarbus, chanée en bronze.

2. Quand les chrétiens étaient traduits devant les tribunaux romains, sous inculpation de christianisme, les juges ne révoquaient pas en doute leurs liracles, ils les accusaient seulement de les produire à l'aide de la magie : Tu ne scelestum caput tuis magicis artibus in ignem prsBvaluisti », dit le maistrat impérial au martyr Héliodore. a Meœ magicœ artes Christus est», répon^ it-il. Ce qui s'explique par ce commentaire : ce saint était persuadé qu'il pérait, par la vertu du Christ, les mômes merveilles que ses accusateurs apportaient à la magie. Cf. Fr. Lucas Castellini, De inquiiUione miracuhrum Rome, 1629. in-4*).

334 LBS LÉGENDES PIEUSBâ

plus tard par Yaucanson, Albert le Grand a donné les apparences de la vie à un automate qu*il a construit, saint Thomas, son disciple, n'y voit qu'une œuvre du démon, et il brise aussitôt Tétonnant chef-d œuvre dû au génie de son maître^ Voilà tout Tesprit du moyen âge ! Roger Bacon aura-t-3 enrichi la science d'une foule de découvertes ? Loin de les analyser, de les entendre et de les compléter, on se bornera à accuser leur auteur de magie. Robertson fait assister tout Paris aux merveilles de la fantasmagorie ; en vain s'entooret-il de tout un appareil magique, en vain appelle-t-il à son aide pour agir sur les esprits tous les dehors du mystère ; on admire l'invention de l'optique moderne, le phénomène produit par la réfraction et la combinaison des lentilles ; mais personne ne croit que, nouvel Ulysse, le physicien évoque les morts et fait apparaître des ombres. Aldini, dans ses curieuses expériences sur le galvanisme, agite un instant les membres d'un cadavre. Sans doute on discute la cause de ce fait surprenant, les théories de Galvani et de Yolta sont en lutte'; mais la cause, il n'est personne qui la cherche hors des lois de la nature ; personne n'est venu dire qu'il était inutile de s'épuiser en de vaines suppositions et proclamer qu'il y avait miracle. Au moyen âge le fait diamétralement opposé se fût passé ; la physique ne se fût pas enrichie de ces curieuses découvertes ; en revanche on eût compté quelques miracles de plus. Ainsi, suivant les époques, on aura dans chaque phénomène nouveau et inconnu un miracle ou un fait naturel. Que, sur le sommet du Brocken ou du Parabamarca, un phénomène de diffraction nous montre sui' un nuage Timage amplifiée et illuminée d'un personnage placé sur une hauteur voisine, la physique nous en donnera l'expli-

1. Nous savons forl bien qu'on a révoqué en doute la vérité de cette aiiecdoU': mais, vraie ou fausse, elle peint parfaitement l'esprit de cette époque.

i. Jean Aldini fit ses expériences de 1801 à 1803, principalement dans le but d<* défendre la théorie do sou oncle Galvani contre la lliéorie de Volta, qui venait de la renverser pur sa découverte de la pile en 1800. Cf. le livre du premier iuli* tulé : Essai Uiéorique et exp&rimenlal sur le galvanisme, Paris, 1804.

ation^ ; mais, qne le même phénomène se passe dix-huit cents ins pins tôt sur la cime du Thabor, cette image sera le Christ oi-même transfiguré aux yeux étonnés de ses disciples.

n est bien certain que, si un fait historique a servi de base L la légende de la Transfiguration, les deux personnages qui Lccompagnaient Jésus n'étaient ni Moïse, ni Élie, mais deux »rophètes quelconques dont les Apôtres aperçurent limage implifîée. Les disciples de Jésus croyaient la fin du monde rès proche, doctrine qui s'est conservée longtemps chez les hrétiens. Or, suivant une tradition juive. Moïse et Élie levaient reparaître à la fin du monde. C'est à cela que font illusion deux pages des livres rabbiniques. « J'envoie Élie à non peuple, tu reparaîtras encore. » [Debarim rabba, sect. III, ^ a55). A la quatrième nuit de la fin du quatrième âge du Donde, quand l'heure de la délivrance aura sonné. Moïse et e roi Messie viendront du désert {Targum de Jérusalem, de ixodo, chap. xii).

I. 11 arrive parfois qu'un spectateur, placé au sommet d'une haute montagne pic, voit son ombre portée sur un nuage voisin avec une netteté de contour irprenante et, ce qui paraît encore plus merveilleux, cette ombre est entourée auréoles resplendissantes des plus vives couleurs; en sorte qu'on semble isister à une apothéose. Les auréoles sont des franges colorées dues à une ffraction de la lumière. Ce phénomène fut observé en 1797 par Hane sur le rocken dans le Ilartz ; Beuguer en avait déjà été témoin en 1744 sur le sommet 1 mont Pambamarca. Le célèbre voyageur vit son ombre projetée sur un nuage tué à environ trente pas devant lui, au moment où le soleil s'élevait à l'orient. 1 tête seule était ornée d'une auréole formée de trois ou quatre petites auréoles »nc«mtriques des couleurs de l'iris, tandis qu'à une plus grande distance on lercevait un grand cercle blanc qui environnait le tout.

Le célèbre voyageur Antonio Ulloa, rapporte dans sa nRelacion del viage a la nerica méridional ï}^ qu'il fut témoin du môme phénomène. Il se trouvait au »iDt du jour, au sommet du mont Pambamarca, avec six compagnons de >yage.La cime était entièrement couverte d'épais nuages; le soleil, en se levant ssipa les nuages, il ne resta à leur place que des vapeurs si légères, qu'il était esque impossible de les distinguer. Tout à coup, du côté opposé au soleil, cham des voyageurs aperçut, à une douzaine de toises de la place qu'ils occupaient, n image réfléchie dans l'air, comme dans un miroir L'image était au centre de >is arcs-en-ciel nuancés de diverses couleurs et entourés, à distance, par un latrième arc unicolore. La couleur la plus extérieure de chaque arc était carnat ou rouge; la nuance voisine, orangée, la troisième jaune, la quatrième lille, la dernière verte. Tous les arcs étaient perpendiculaires à l'horizon ; ils mouvaient et suivaient toutes les directions de la personne, dont elles envcppaienl l'image comme d'une gloire. L'étendue de ces arcs augmenta progres- \emcnt en proportion avec la hauteur du soleil ; en môme temps, les couleurs *a arcs s'évanouirent, les spectres devinrent de plus en plus pâles et finirent ir disparaître entièrement.

336 lAS uteniDiB pIbdsm

n importe donc ai^oiirdlnii» pour Uen «q^prédor les mincies consignés dans les hagiologies, de reconnaître qall y t entre enx et les prodiges de la magie, identité réelle^ alNMh Ine. Tonte la dififérence reposait jadis sur la canse de cm merveilles. Une religion était-elle yainoœ, remplacée par nas antre» les miracles qn'eUe produisait encore étaient rappor» tés à la magie; les magiciens agissaient malgré les dieox, malgré les prêtres qni les condamnaient. La religion Tictoriense faisait seule des mirades^ Anx yenx des pataMt c'étaient les dienx qni avaient opéré les prodiges dont leur mythologie gardait le souvenir ; la magie était Tceavre des chrétiens séditieux et impies. Pour les cluEétiens, an contraire, la magie était du côté des païens, c*étaitle vrai Dien qoi opérait leurs miracles*. De quelque côté que ce fltt» la mi^

1. Un lllaftre écrlTain a tnoé le caraotère de la magie a^eo ane gnate tltnde de raiaonneiiient et aoos un point de Toe Tralment plUloao|ihlq«e. «Dan l'origine, il y a peu de difféfence entre la religion et la iDagie.....CteKiui prlMlpa admis dans l'antiquité que les hommes peuvent faire violenoe aux dieux. CM une modification do l'idée reçue dans le féiiehlame, que l'adoraiaor peut ehâtier l'Idole qui refuse de l'exaucer... Celte persuasion que lea dIenx peuvent éln subjugués par les mortels et forcés à leur obéir an lien de leur commander, eil manifestement la base de la magie ; mais d'où vient que, d'abord unie à la reU* glon, elle s'en sépare ensuite et se déclare par degréa sa rivale el son ennemie irrécoDclliable? Deux causes y contribuent: Premièrement, à meaore que le sacerdoce devient ud état à part, il cherche à s'attribuer toujours plus exclusivement les fonctions qu'il exerce. Les hommes qui, sans en faire partie, osent s'arroger ses fonctions, les intrus qui vont sur les brisées de Tordre priTilégié, sont les objets de sa haine. En deuxième lieu, lorsque, par les progrès des lumières, la vénération pour les dieux s'est augmentée, II paraft moins permis à l'homme de contraindre leurs volontés. Plus la religion 8*épure,plus ses ministrss éprouvent de répugnance pour des opérations qui ressemblent à l'outrage. Ils arrivent à enseigner qu'il ne faut chercher à fléchir les dieux que par des prières, par des vertus et par la résignation. » Benjamin Constant, Du Polif' théitme romain, liv. Il, c. I et 8.

2. Dans les religions sacerdotales, une raison particulière contribua à ce que la magie y fût détestée. Comme les dieux y étaient de deux natures, il résultait da partage qui se fait de leur puissance entre les prêtres et les sorciers, que les uns s'adressent aux dieux bienfaisants, tandis que les autres invoquent les divinitéi malfaisantes. Ils étaient donc odieux à un double titre: ils contraignaient, par des moyens impies, des êtres que l'on ne doit qu'adorer,et ils prodiguaient des adorations sacrilèges à des êtres que l'on ne doit que haïr. La magie, suivant les Indiens, est la science des anges tombés. Zoroastre dénonce tous les ennemis de la doctrine comme des magiciens en commerce avec les dewi ou esprits infernaux. Zend Avuttt, Farg., 1, 268. Des im|)récations étaient prononcées contre les sorciers dans les cérémonies les plus solennelles des Scandinaves. Les lois des Douze-Tables, empreintes de l'esprit étrusque, les poursuivaient à Rome avec une rigueur excessive...

Le même mouvement, qui engageait les prêtres à persécuter leurs rivaux

était toujours condamnées proscrite, regardée comme une science sacrilège, dont les crimes et les profanations étaient Tindispensable élément. Personne ne voulait être le magicien, chacun voulait être l'inspiré de Dieu*.

Ainsi, dans l'appréciation des miracles, deux faits étaient nécessaires à constater pour distinguer si ces miracles venaient de Dieu : le motif qui les avait fait opérer et l'auteur, celui par lequel ils avaient été opérés ; car, si le motif était mauvais, si l'auteur était hérétique ou païen, le miracle ne pouvait émaner de l'Être parfait ^. En effet, le miracle

comme magiciens, les porta à flétrir du nom de magie tout culte qui n'était pas le leur. Les religions étrangères sont partout de la magie, leurs divinités, des démons, leurs ministres, des sorciers. L'accusation de magie correspond, dans les querelles religieuses, à celle de révolte et d'usurpation, dans les guerres civiles et dans les discussions politiques. Les religions naissantes y sont exposées avant leur triomphe. Les religions qui se disputent l'empire se prodiguent cette inculpation. Enfin, celles qui succombent sont flétries de ce nom après leur chute. Lorsque l'Assyrie fut conquise par les Perses, les prêtres Chaldéens, remplacés par les Mages, descendirent au rang de sorciers. La religion des Perses ayant été détruite à son tour, les Mages subirent la môme dégradation. Le culte antique de l'Etruhe fut relégué à Rome parmi les cérémonies magiques et prohibées. Plusieurs auteurs parlent des chants religieux des Sabins, des Etrusques et des Marses, comme d'incantations sacrilèges et une loi des Douze-Tables défendait de les employer pour nuire aux fruits de la terre. Le collège des pontifes fit poursuivre comme coupables de sorcellerie les prêtres égyptiens. Accuses du môme crime, les premiers chrétiens périrent dans les supplices. Quand le christianisme eut prévalu, les dieux du polythéisme expirant devinrent des anges rebelles. Après la conversion forcée de la Germanie, de la Scandinavie et de la Gaule, les fûxêi des Germains furent des démons, les déesses et les fées Scandinaves des sorcières. On ne vit plus dans les lettres runiques qu'un moyen de communication avec les enfers, et ce mot de Druides, dans les langues gauloises et islandaises, fut le synonyme de celui de magiciens. Enfln, telle est la disposition de l'homme à juger ainsi des religions quMl rejette, que, bien que la vérité du christianisme dépende, suivant l'opinion reçue, de la vérité antérieure de lu religion juive, les chrétiens ont sans cesse accusé les juifs de magie. B. Constant, ouv, ctf., liv.lll, c. 3et4.

1. Constantin fit défendre la magie sous peine de mort. Les magiciens étaient punis de mort, en vertu de la loi Cornelia, De sicariis, Imtit. Jiutin., 11 b. IX, tit. zviii, 5. L'hérésiarque Manès, qui se vantait de faire dos miracles, fut empoisonné. S. Cyrille de Jérusalem. Catechèsei VI, n^SS. p. 103, Paris, 1720.

On voit, dans le Prochiron des empereurs Basile, Constantin et Léon, que la peine de mort était portée contre les sorciers, les aruspices et ceux qui ofl'raient des sacrifices païens. La peine de mort était aussi portée contre les chrétiens qui se faisaient Manichéens.

3. Voilà pourquoi nous voyons toutes les sectes chrétiennes faire des miracles et représenter leurs fondateurs comme ayant ressuscité des morts, guéri des malades, prédit les choses à venir. Cf. S. Ireuée, Contra Hœreses^ lib. III, c. 31, D» 3; Tertullien, De pretcriptione, c. 4i ; s. Augustin, De unitate eccle^iœ, c. 19.

3. a Non dicat... ideo verum est quia illa et illa roirabilia fecit Donatus vel Pontiusvel quilibetalius...., removeantur îsta vel figmenta mendacium hominuro vel portenta fallacium spirituum. Aut enim non sunt vera quœ dicuntur

338 3LW LÉaBNDBB PUOSlff

en lai-même, quoique son caractère éclatant fitt on des indien ordinaires de son origine divine S ne prouTait néanmoins en fay enr de celui qui Fayait accompli * ; c'était un fidi tnrel, yoilà tout; mais personne ne doutait qa*ll n*y aftt dss fSedts surnaturels.

Moïse, dans une lutte de iMN>diges, FempcMrte sur les mi^ dens de Pharaon *. Moïse est l'homme de Dieu, les magieisai les instruments du démon ; car les miracles qui Tiennent ds Tout-Puissant remportent toujours sur ceux des esprito infti^ naux ^. Telle est Tidée qu'on adoptait alors. Le degré d'im*

aut, si luBreticorum aliqua mira facta aiint, magis cavere debenas». S. AagMttif De uniiate êccMœ, cb. 19, n* 49; ap. Opéra, U IX, ool.l71. «Lea naUos «iprilik M Raoul Glaber, llb. IV, c. 8, peuvent quelquefola opérer dea mindaib Dieu le permet pour punir lea pécbéa dea bommea. a

1. Cependant le discernement entre le vrai et le faux miracle n*ëlalt pia facile, ainsi que nous le montrent cea parolea du oonoilede Slpoolo: «Ht generis bostis tant» sunt insidin, ut anpe numéro falaia miieenlla ne Uli bus Cbristi fldèlea simpilcés atque ploa In errorem indooare poerita. QosbH. provinc. SipoDtin. ann. 1567. Gap. de miraculla In anppleB. ComdÊim Uêêê^ DomimMansI, t. V,c. 1081. —Gomme des bérdllques, dea fonrbea povvafcBtaMi accomplir dea miracles, il s'ensuivait que fort aou vent le miracle -B*nvaUplas aucune valeur, ainsi que le prouve le fait rapporté par Baool Glaber, lib. lY, e-i et par QuIllaumedeMalmesburT, DeRebtuangVelêt t. Il, c il (Cf. asaBl lawlii Ann. ecel^ t. XI, ann. 10S7), et dans lequel on volt un Imposteur opénrdfi miracles avec de fausses reliques, dont les évéques découvrirent plus tard k fausseté. Cette doctrine est d'ailleurs tout à tait d'aooord avee rtvanglle: tHasieurs me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n'avona-nous paa propbétisé en ton nom ? n'avons-nous pas chassé les démons en ton nom ? et n'avoos- Dous pas fait plusieurs miracles en ton nom ? Et alors je leur dirai bautemeot: Je ne vous ai jamais connus ». Math. VII, 32, 23.

2. Ce qui arrivait pour les miracles se passait aussi pour les prophéties. L*auteur de l'inspiration du prophète faisait toute la différence entre le vrai et le faux prophète : Tuu était inspiré par Dieu, l'autre par le démon. Cf. 1 Rob XXII, 18-23. Les chrétiens ne contestaient pas la vérité des oracles, ils ne cherchaient qu'à prouver que leurs réponses étaient dues à Satan.

3. Voyez à ce sujet Eus. Salverte. Des Sciencei occullee, 1. 1, p. ISS et aulv.

4. Cela résulte du caractère assigné aux démons par les plua célèbres théologiens. Ecoutons plutôt saint Bonaventuro : « Dœmones sicut spiritus impoli. bumani gcnoris inimici, mente rationalcs, nequitia subtiles, cupidl nocendl,per supcrbiam tumidi, semper in fraude novi, immutant sensus, inquinantailecta>. vigilantes turbant, dormicntes per somnia concitont, in lucis angelos se transformant, semper infernum suum secum portant, in idolis sibi cultum divinoai usurpant, super bonos dominari appetunt, magicœ artes per eos flunt, boais 9i exercitium dantur semper uni hominis insidiantur ». Compenditun fAsotof^* veritatU, lib. II, c 26. On prononçait ces paroles dans l'exorcisme par Vêne bénite : « Exoreizo te. creatura, aqua, in nomine I>omini Patrisomnipoteatiscl 1 in nomine Jesu-Christi; omnis virtus advcrsarii, omnis incursus diaboli, onif

fantasma, omnesquc inimici potestates, etc. » Ordo ad benedicandvm eeuétdicandum baHlicai ap. Archœologia britannica, t. XXV, p. 2S5 (1S34).

Saint Thomas d'Aquin dit positivement qu'à l'aide d'un changement ialsfW le démon peut modifier la fantaisie (l'imagination) de l'homme et ses senscoffo-

portance du miracle, voilà quel était le caractère qui faisait connaître son origine et son auteur. Yenait-il du diable, on le regardait comme un prestige, une illusion, une vision mensongère, attendu que la vérité ne pouvait venir de Satan, père du mensonge et artisan de toutes les apparences trompeuses ^ Telle était la raison pour laquelle, dans la théologie chrétienne, on admit que les miracles réels, c'est-à-dire crus

rels, en sorte que celui-ci peut voir les objets autrement qu'ils ne sont. Summn Thêologiœ, p. 1, 114, art. 4. Ailleurs le môme auteur écrit: « Dœmones fingunt se esse animas defunctorum^utinducantin errorem,vel eilam divina dispensatione apparent animœ defunctorum; nam, secundum A.ugustinum, non est absurdum credere al iqua dispensatione permissum fuisse, ut non dominante arte magica vel potentia, sed dispensatione occulta, quœ Pytbonissam et Sattlem latebat, se <istenderet spirltus justi aspectibus régis, divina cum sententia percussurus vol non vere spiritus Samuelis a requie sua excitatus est, sed aliquod phantasma Ulios imaginarium, diaboli machinationîbus factum, quod scriptura Samuelem appellat, sicut soient Imagines rerum suaruro nominibus appellari ». Summa Theotogiœ, p. 1, q. 89, art. 6, q. 117, art. 4. Les paroles du Docteur angélique, et l>ien d'autres encore d'autorités non moins imposantes, nous font voir que la tliéologie a toujours regardé les bal luci nations comme produites par le démoD.

1. aSicutevidentiaet indubia sunt prsBcordiaiiter affectenda, ita fucisaliquibus non facta, sed ficta diris sunt animadversionibus punienda. Qui enim Deo quod Dequidem dubitavit adscribit, quantum in se est, Deum mentiri cogit». Gttibertde Nogent. De sanclis Us eorum pignoribuiy lib. Il, c % n* 5, 1. 1, p. 333, éd. d'Achery.

Les miracles, pris en eux-mêmes, abstraction faite de leurs auteurs, prouvaient si peu aux yeux du clergé, que souvent môme on vit des évoques enjoindre à de saints prêtres de cesser leurs miracles et certes, si Ton n'eût pas considéré le miracle comme pouvant s*opérer sans l'intervention de Dieu, il y eût eu impiété dans pareille défense; autrement comment expliquerait-on saint Hildulfe enjoignant au corps de saint Spinule de ne plus opérer de miracles et les reliques obéissant à l'ordre épiscopal ? Voyez Thiers, Ditsertation tur la sainte larme, t. I, p. 57.

Grégoire de Tours nous a conservé un fait curieux, qui montre que le démon, d'après les idées du moyen âge, pouvait rivaliser avec Dieu en fait de merveille Il raconte qu'un bûcheron des environs de Tours, étant entré dans une forêt pour y couper du bois, fut entouré d'un essaim d'abeilles, et couvert de leurs piqûres, ce qui le rendit comme fou pendant deux ans. Premier trait de la malice dtt démon, observe le saint évoque. Après cela, le bûcheron ayant traversé les villes voisines, se rendit dans la province d'Arles, et là, revêtu de peau, comme tan ermite, il se livrait à la prière; mais, pour le tromper, lé démon lui transmit la faculté de deviner. Bientôt ce bûcheron passa dans leGévaudan; là, enivré d'oiigueil, il ne craignit pas de déclarer qu'il était le Christ. Il prit avec lui une femnie qu'il faisait appeler Marie. Le peuple se portait en foule auprès de cet liomme, lui présentant des malades. 11 les guérissait en les touchant. Il prédisjit l'avenir, et annonçait aux uns des maladies, aux autres des pertes. — Comme on Voit* le démon pouvait susciter, lui aussi, des prophètes. Or. comment pouvait-on les discerner des prophètes de Dieu ? par la doctrine. Le bûcheron fut doncjui4c ftiabolique,et l'évêque du Puy le fit tuer par surprise.— Conclusion, la faculté de taire des miracles n'était pas le monopole des vrais prophètes, et ne peut pas être Citée en preuve d'une mission divine.

t^, viennent de Dieu ; les iniracles opcrés par la laapt n'étaient que de faux miraclcB '.

Je cnns avoir l'ait comprendre le véritable esprit de la doctrine ttuniiiaturgiquc au moyen âge. Telle que nous L'aTOUf exposée, cette doctrine fait tout de suite concevoir comment elle rendait impossible la critique des miracles, puisque l'éléméat mfimc de cette critique, la notion des phénomènes phy- ■iqœs en dehors de lordi-c journalier des choses, lui nianquaiti puisque la démarcation entre le possible et l'impossible, ce qui est naturel et ce qui dépasse vraiment les lois de la nature, était encoi'e r tixer. Or, toute la question da miracle consiste à savoir si le t'ait rëpulé miraculeus appar* tient à l'ordre de la nature ou est contraire à cet ordre, andessus de cet ordre, prœler naturam. conlra naluram, comme on dit en théologie ; mais alors, dans l'état iuiparfait des connaissances, on admettait encore comme surnatiuvU une foule de faits qui sont rentrés depuis, qui rentrent tous les jours dans la loi commune. Que pouvait donc l'aire la oritiqne? S'en prendre tout au plus au témoignage, se montrer sévère sur l'acceptation de certains faits, les vouloir bien affirmés ; mais cela encore ne suffisait pas. Si le témoin est visionnaire, enthousiaste, s'il n'est pas suffisamment éclairé, s'il croit aux prodiges et en voit, car il en voit dans les faits qu'il ne peut expliquer, alors le témoignage n'a plus de valeur I

L'exégèse hagiographique n'a jamais touché ces questions, ses véritables bases n'ont jamais été jetées et voilà pourquoi j'ai essayé d'eu poser quelques principes.

Qu'on ne s'imagine pas que l'enquête, faite pour la canoni-

.-il plus Wrd que l'on s'inlormil li ••* é rellel da pbdaamèaes naturels: -Sed cumindis et quiBritiir uum lanutio dlvlnilui <° naluralller accident? Pro rettulu Jam Blatulum si t. non esse miracula adicrlMDdum quidquiil per naturce vires potult obllnerl ». Dt itrooritm Dei bcaltfcoliM' tt beat, eanitnii. Ub. IV, pars I. p. 3M, np. Opéra, êdll. dov. {tiAo. TouU '' question conalato A apprécier ces natui'xvtrM.quu lo ratlDnaliale volleacDn>" où le théologie 11 suppose l'artiuii Itnincillale de Dieu.

lation d*iin saint près la cour de Rome, ait été jamais une )ien sérieuse garantie pour la véracité des miracles, que Ton ïitait à l'appui des droits à être compris dans le canon de la nesse. Pour déclarer qu'un chrétien est admis au ciel et peut ^tre invoqué par les fidèles S on ordonne, il est vrai, la plus grande réserve ; mais, malgré Texamen scrupuleux que le pape a prescrit aux évêques, il leur a fallu néanmoins à eux, Mms lumières et sans critique, s'en rapporter au témoignage le gens crédules, dupes de l'enthousiasme, de la fraude ou de l'ignorance. D'ailleurs la canonisation n'avait pas toujours été un droit de la cour de Rome. Cette cérémonie, qui n'était k l'origine qu'une simple commémoration des martyrs, dont on invoquait la protection au nom de l'église militante dont ils avaient fait partie, était d'abord livrée au jugement des évêques ' ; plus tard le pape s'en empara ^, pour porter remède à la trop grande facilité avec laquelle ces canonisations étaient obtenues. Pour donner plus de solennité à cette déclaration, le pape consulta parfois les conciles ^, mais plus ordinairement il se dispensa de cette formalité. Ainsi, à l'origine, aucune garantie réelle n'était exigée pour

1. a Canonizatio nihil aliud est quam publicum Bcclcsiœ testimonium de vcra sanctitate et gloria alicujus jam defuncti et simul judiciumac sententia, quâ decernuntur ei honores illi, qui debentur iis qui cum Deo féliciter régnant ». Bellarmiii, Controv, 3 de Sanctorum BeatificaUone^ lib. 1, c. 7, ap. t. II. Il faut, au reste, bien distinguer la canonisation de la béatification. Celle-ci n'est qu'une simple déclaration, sans caractère d'infaillibilité, qu'un trépassé a été reçu au paradis et une permission accordée aux fldèles de lui donner le titre de bienheureux.

i. « Qusero igitur quis canonizavil eos sanctos antiqulores,aiitedictum Leonem tertium, nisi parliculares episcopi. quisquc in sua diœccsi, usque ad prohibition nem in gcnerali concilie Laterancnsi ; quod fuitanno 1179.» Garcia, Decanonis tanctorum, p. 400.

3. Les plus anciennes canonisations, faites par le pape exerçant seul le droit de iranonisation, sont celles de saint Hugues, évoque de Grenoble, par Innocent II. Baronius, t. XVI, ann. 11S4}; de saint Henri, empereur, parEugène lII,(Baronius, :. Xll, ann. 1154), et de saint Edouard le Confesseur, par le pape Alexandre 111. Surius, t. m, ap. vit. S. Eduardi).

4. Le pape Alexandre 111, étant en France, à Saint-Denis, fut prié de canoniser laint Bernard au prochain concile. (Bai oniu.s t. Xll, ann. 1163). Le pape Eugène 111, lans la bulle de canonisation de saint Henri, empereur, dit : «Tametsi hujus- Dodi petitio nisi in generalibus conciliis admitti non soleat, auctoritate tamen Anctœ romanœ ecclesiœ quœ omnium conciliorum ârmamentum est, petitioniius vestris acquiescimus ». Et il fait voir par là que le droit de canonisation Fut un droit usurpé par les papes.

34S IMS LÉGENDES PIEUSES

la oinonisatioii, aneiine enquête sérieuse n'était ordonnée, aoctin examen drconst&ncié n'était fait ; il suffisait que ro[nnioD M fut manifestée en fareur de la piété d'un personnage, que la créânliU popolaire lui attribuât des miracles, ponrqne eetni-ci fitt reçu an sombre des saints. Plus tard l'cxamai devint pins sévère, mais alors ce ne fut qne bien postérien* rement & la mort da personnage qu'on put obtenir sa canonisation, c'est-à-dire à une époqae où l'enquête était fort diffidlCi puisqu'elle portait sur des faits d'autant moins faciles à constater qn'ils étaient plus oubliés et que la vie du saint avait été {dns inctmnue '. Et remarquons cependant que, c'est . précisément dans la vie des saints les plus inconnus qu'abondentlea merveilles. Les saints les pins illustres, dont la vie a été la pins pnbliqne et, il faut le dire aussi, la plus digne de laconronne célestceaintAugustin, saint Louis, saint Etienne de Hongrie, saint François de Salles et saint Vincent de Panl, n'ont opéré ancun miracle. Le plus grand des doctenre de l'Église an moyen âge, saint Thomas d'Aquin, celui dont Clément VI, alors Pierre Roger, disait : a Ecce plan quam Salomo hie», n'avait été l'auteur d'aucun miracle, lorsque les pins obscurs moines ou solitaires en avaient fait des milliers. Cette circonstance même allait être un obstacle à sa canonisation, lorsque Jean XXII s'écria : « Çaot scriptii articalos, tôt miracufa fecit ' »,

Non seulement l'opinion populaire sultisait pour faire prononcer la canonisation, mais nous trouvons même que cette faveur était accordée à la sollicitation des grands. Nom voyons, par exemple, que le roi Pépin pria instamment, en 754, le pape saint Etienne de mettre l'évoque Suibertau nombre des saints '. 11 est inutile d'ajouter que sa prière of

1. Cf. Compmdioiut tractntui de dilationt in tonga onnoruin lempofa enWi' latinnii lanctorum, Biiclori' Lucj Csslrlliiio. Nespoti. 1630.

a. Touron. Vi»ittiaiM Thomni. p. S33.

8. a Ponltfei BUlem etlsm nique cliim sa^po a rirgltiuti pI prinelpibDS, tlii'T'' prlinarllH virla, «ut s civilsllbus, iJstlonlbu»que umni summa prace roi^o^ quo splendidiua veriUa luceat, etc. ». Pelr. Galniu*. f*n III, c. fi, De en*'*'xationeS. Oidoei.

emenra pas sans effet ; le pontife avait trop besoin du moarque pour lui refuser de mettre un nom de plus dans le anon. L*enquête qui précédait la béatification était faite par rois éTêques ; mais, en vérité, qu'était-ce que trois évêques, u moyen âge, en fait de lumières et de critique ^ ? Ces éflexions suffisent pour montrer quelle garantie sérieuse ine enquête ecclésiastique, une bulle de canonisation, offrent i la critique du xix"* siècle et si Ton peut s*appuyer sur de mreils témoignages pour soutenir des faits, que la raison «pousse.

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