‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 199 sur 251 · MALADIES NERVEUSES ET MENTALES, CAUSES DE LÉGENDES · texte numérisé non relu

MALADIES NERVEUSES ET MENTALES, CAUSES DE LÉGENDES

J*ai parlé de Tignorance des lois du monde physique comme rnne des principales causes qui entretenaient la croyance aux niracles et altéraient la vérité historique. Il existe un autre »rdre de faits qui se rattachent à la fois à la connaissance des )hénomènes psychologiques et physiologiques, pour lesquels Igpiorance était au moyen âge encore plus profonde, et qui >nt joué un rôle trop important dans la formation du merveileux pour que nous les passions sous silence. Nous voulons varier de ces actions bizarres et extravagantes qui annoncent hez rhomme un état morbide du cerveau, un dérangement lans les fonctions cérébrales, de ces idées et de ces paroles [ue cette altération mentale peut lui faire exprimer.

On a ignoré jusqu'à la fin du siècle dernier, qu'entre la folie ien caractérisée et l'état normal de l'intelligence, il peut xister un état intermédiaire, dans lequel l'esprit, sans offrir, lans tous les points, des symptômes nets et bien précis de rouble ou de maladie, n'en est pas moins en proie à un lérangement réel, qui altère et fausse ses opérations dans un

1 On a bien trouvé trois évoques, en 1826, pour garantir le miracle de Mignei

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ordre déterminé de faits, dans une certaine classe de perceptions '. Bien loin de faire taxer d'aliénation ceux qui étaient atteints d'un semblable état, la singularité des idées qu'ik émettaient, l'étrangeté de lem's perceptions, la persistance et la ténacité qu'ils apportaient à l'accomplissement de leurs projets extravagants, les faisaient regarder comme des êtres à part, inspirés par Dieu, ou au moins possédés de quelque esprit supérieur 'bon ou mauvais. Les hallucinations, la lypémanie, l'hystérie, la démonomanie, longtemps avant de prendre leur place dans les traités de maladies mentales, à cAté de la démence et de la folie, ont été considérées comme des états surnaturels, et l'erreur était d'autant plus facile, que la perversion dans les sensations pouvait s'allier à une intelligence saine ' et qu'une raison en possession d'elle-même sor une foule de points était capable des écarts les plus incroyables de pensée et d'imagination '.

Des causes actives tendaient à la fréquence de ces alfectious cérébrales ; c'était, d'une part, la grande préoccupation où

1. IVl'sI pour n'avoir pas connu ce (ail que Cardan a admis tous les rùciuliDiglnain» des sorciers. On en Jugera par s» propres paroles: a Ou blea cft hommet [les sorciers) nienlenl, ce qu'on no pi'ut supposer icouee des louimein» horril)losc|uola qucsllon leur [ail epiouver: ou hlen leur «prit esl aliéné et il> sonl par conséquenL dans uu élal de démence. Hais, comme ils agissent nrt beaucoup de sai;eBse, il csl Impossible d'sdniellrc que leurs lonctions menUl» sonl dérangées el 11 taut croire qu'ils disent la vérllë». Dp rtnm nalurnn' iiarittule. Iib. XV, c. 1. p. 1S9. vol. IV. Dca opéra omnla.

S. L'étude de la inononiaiile a démouLre qu'elle se prâsenle sous deux lornin bien distinclea: dans l'une, lemslailu obi»[ i une Impulsion rellecble, svaacliun» onl un nioUlel même elles sont prcniudllées; dan» l'aulre, nnu-lligence duini>noaiBDlaque ne présente aucun désordre, mais il est entraîné par un penchiol irreaiatible et eut poussé par un inallDcl aveugle i telle ou lella action que» raimn mcme déiapitrauve. bien qu'elle ne puisse s'y opposer. C'est dans cv dernier cas surlout que le malada a dû parellre aux autres cl A lui-roéuie. pvsMdt par un être superleur qu'on lugenil bon ou mauvais, suivant la nalure an iclea auxquels l'aliéné était Irréslstlblomtnl entrutnà. Voyei un article st! la médecine légale en France eL en Angleterre, tiré du Law Ma^iLîitte et ilonnf danslaAtt-utfirilanniquc, delulnl83T, p. Ul.

B. Votei les ouvrages de HH. Esquiroi et Marc: le premier, t. 1. p. 199; li' second, t. I. p. 19i; et prineipalcmeul le travail remaiiiuable du docteur U«», mtilule : i(<i-/irrr/i< i/cf uiiaJogfci île la folie tl de ta ralia», et qui est impnnu' la fin de son llvru sur le Oimuii de Sorrute.

t. On sali deji depuis longtemps que certains miUlcamenls, tels que lajntqulamc. le napel et l'exlralt decUanvre peuvent troubler les senu, sans iroublei la raison ni âter le jugement et la llberta. Votci Labaolii, lia Happorli du piil- $lqu« it du morol de Phommi, t. lll, p. US, Pana, In-lï, t»t.

talent tons les esprits, des Idées religieuses, les méditations onstantes sur des sujets qui portent aisément aux émotions îolentes , à Texaltation , à la frayeur ^ ; d'autre part » :*était le mysticisme, la vie ascétique et souvent inactiye lu cloître ^, la continence forcée, le jeûne, Tabstinence ^, la nacération et les austérités ^. Ce régime, joint très fréquemnent à la solitude ', tendait à altérer Fénergie des facultés ntellectuelles et développait dans les esprits faibles, et partiiulièrement chez les femmes ", le penchant, qu'ils ont déjà en ;erme, à se laisser dominer complètement par les impressions les sens et les rêveries de Fimagination ''. Car, comme Ta

1. Du rapprochement analogique que je viens d'établir entre le délire de la aison, ou plutôt des passions, et le délire de la folie, il résulte que, dans Tun omnie dans l'autre cas, le désordre commence essentiellement par le côté moral •u affectif de l'intelligence, c'est-à-dire que c'est nécessairement sur les aHeclons et les passions que portent les causes qui y donnent lieu. Lélut, Analogies !e la folie et de la raison^ p. 337.

2. Les médecins ont reconnu que cette inaction prédispose surtout à l'hystérie. ^oyez Dubois (d'Amiens), Histoire philotophique de V hypochondrie et Pkyitérie, •.59.

8. Suivant Mathieu Paris, Grande chroniq.^ tr. fr., t. 11, p. 247, avant d'avoir sa iMon célèbre, le moine d'Evesbam était tombé en langueur, depuis un an et rois mois : il souffrait d'une terrible incommodité et avait un tel dégoût pour les loissons que, pendant neuf jours durant, il ne se soutint qu'avec une petite otion d'eau tiède II ne vivait que de l'esprit et ressemblait à un spectre.

4. La tentation de saint Antoine nous est un exemple bien curieux d'hallucilatloiis, résultant d'une vie de macération et d'austérités, jointe à une imaginaion exaltée par une méditation constante. Voyez, à ce sujet, rintôressanie intro* uction du docteur Archambault à sa traduction de l'ouvrage d'ÉUis Surlei taladies mentaUi^ii.TI.

5. « La solitude t si mère des grandes pensées, et dans des temps vils et dégradés, onime les derniers siècles de l'empire, elle inspire quelquefois à l'homme une orce que la société n'a plus. Mais aussi pour les Ames trop faibles ou trop rdentes, cette solitude se peuplait de fantômes. Les extases, les manies mélan- .ollqucs transformées en prétendues possessions, remplissent l'histoire de cette tpoque. Ainsi, de cette rude école du désert, il sortait des grands hommes ou les fousB. Villemain, Mélanges hittoriq. et Uttér.^i. \U,De l'Eloquence chrétienne (an« 2«/Kc<téc/e, p. 836. — La solitude a souvent produit sur l'intelligence le oéme effet que l'abstinence sur l'organisation physique et c'est avec raison que Tauvenargues a dit : a La solitude est à l'esprit ce que la diète est au corps».

6. C'est en effet chez les femmes que l'on rencontre les pins fréquents exemples le ces maladies intellectuelles. Aristote avait déjà remarqué IProblem. 1, 30), que a Pythie était une femme en proie aux accès de ce qu'il appelait la mélancolie il qui est pour nous la lypémanie et l'hystérie. Voyez Correspondance de Grimm t de Diderot, t. U, p. 250. La plupart des visionnaires du moyen âge qui ont écrit les révélations, reçu les stigmates, éprouvé des extases mystiques, ont été des emmes qui ont gardé la continence.

7. M. Lélut, dans ses observations sur la folie sensoriale, imprimées A la suite le son Démon de Socrate, observe que le délire maniaque peut se présenter sous leux formes principales: ou il y a vice dans l'association des idées, ou il y a

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dit Gabanifl dans son beau Uvresiir les Jlid|9jpofil»4bfi4^ el ibi moro/ €fe TAoïnim S Fangmmitetkm de s«i»ibittlé dte organe est fréquemment la suite. de la dâiilitattan, ete'eèl une loi générale du système nerreut eonstalée piop le eAfthe Gnllen, que Fétat on le wvtàmxseX de faiWesse detieiÉl poi» Ini principe d'excitation. CSertaines maladiee* d^qprès li remarque du même écnyain, penvmit produire une angiMU* tation notable d'influence relative de tri ou tel eiyaneé Teiià comment il se fait quêtant que la loi durélienneeoneemiia physionomie mystique et austère, on dut Toir sans eesse fe j^îésenter cet étatmoibideducerreau dont nous païUonspliis haut. CSette maladie prit même en plusieurs circonstances sa véritable caractère contagieux*, comme les anndles de la magie et de la démonomanie en fournissent despieuresl^ pentes.

Des hallucinés et des monomanes peuVMitt pour soolaiir ridée extravagante, rUlusion qui les abuse» tenir souveslk langage le plus sensé et le plus éloquent, écrire, sous riaspiration d'une conviction qui est d'autant plus forte qu'dle M peut être ébranlée par aucune critique, un livre destiné à développer l'objet de leur folie, le sujet de leur hallucination, et c*est cette apparence de raison qui trompe alors le vulgaire, surtout quand la piété, le caractère religieux de ces aliénés donnent à leur parole plus de poids et d*autorité.

transformation des idées en sensations. Dans ce dernier cas, les idées, au lieu de se vicier dans leurs rapports, prennent un tel caractère de vivacité, qu'elles deviennent de véritables sensations. Quand cela a lieu à l'occasion de racliondei objets extérieurs sur les surfaces sensitives, ou, ce qui est très rare, par l'effet d'une maladie de^es mêmes surfaces, ce sont les illusions; lorsque, au contraire, cela arrive sans que rien agisse sur les organes des sens, et sans qu'ils soiefll aucunement altérés, ce sont les hallucinations.

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