‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 200 sur 251 · Tome III, p. 292, Paris · texte numérisé non relu

Tome III, p. 292, Paris

2. Par exemple, l'hystérie peut devenir contagieuse. Voyez Dubois (d'Amiens). Hittoire philoiophique de l'hypochondrie et de l'hyitérie,jiA9d. « Il est difficile, dit le savant M. Littré,de ne pas reconnaître dans ces maladies nerveuses une in* fluence des idées religieuses qui prédominaient à cette époque. Les espriU, entretenus dans des croyances mystiques, entoures de visions, de prodiges, de saints et de sorciers, s'ébranlaient facilement et la moindre circonstance tournait vers la maladie des cerveaux déjà enclins aux émotions surnaturelles i> Revue des Deux Mondes^ t. XXI, nouv. série, p. 282, Des grandet éfridémie$.

Quel devait être en outre le déyeloppement de ces affections maladiTes de Tesprit, puisque, de nos jours, nous les voyons souvent résister aux efforts d'un traitement moral et physique continu, alors que, loin de les combattre, tout tendait autour d'elles à les entretenir, à les augmenter, alors que la population crédule accueillait avec respect et enttiousiasme les œuvres d'une imagination exaltée et délirante! Loin de s'effacer, des hallucinations qui, à notre époque, n'eussent été que fugitives, se répétaient, se reproduisaient sans cesse ; cette exaltation même, qu'elles produisaient dans l'âme, rendait souvent ces aliénés capables d'accomplir des actions et des choses qu'ils eussent été impuissants à faire dans l'état normal. Au lieu de Martin, pauvre petit cultivateur à Gallardon, près de Chartres, et venant révéler à Louis XYIII les conseils cju'on ange l'a chaîné, dans plusieurs apparitions S de donner à ce prince, prenez Jeanne d'Arc, venant jouer auprès de Charles YII un rôle tout pareil *, et voyez quelle influence différente ces deux visionnaires ont eue suivant les époques. Martin sera regardé comme un fou, Jeanne d'Afc deviendra une héroïne ; non que je lui conteste ce titre ; mais ce pauvre Martin, au xV siècle, eût été anobli, armé chevalier, chargé de bénédictions; il eût peut-être joué un rôle historique, s'il n'était pas venu à un âge d'incrédulité et de froid bon sens, raconter naïvement ses inspirations divines à un

i. Voyez Pouvrage intitulé : Relation concernant let événements qui tont arrivés à Thomas Martin, lahovreur à Gallardon, en Beauce, dans les premiers mois de 1816, nouv. édit., par S..., ancien magistrat, Paris, janv. 1881. L'auteur est un homme crédule, qui voit, dans le renversement de la dynastie régnante, Taccomplissement deri prédictions de Martin. Mais, malgré l'esprit même de la relation, on peut aisément reconnaître rhallucination du pauvre laboureur.

i. a £n lisant l'histoire de Jeanne d'Arc.on est forcé de reconnaître une visionnaire de bonne foi dans cette fille admirable.dont l'exaltation courageuse contribua si puissamment à délivrer la France de ses ennemis». Laplace, Essai philo^ sophique eur les probabilités, p. S32. Voyez à l'appui de cette idée la relation de son procès donnée par Laverdy, p. 27 du t. III des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du roi, et Walckenaer, Vies de plusieurs personnages célèbres, t. 1, p. 168 et suiv., Laon, 1630. A l'âge de treize ans, cette fille étonnante avait déjà des extases, dans lesquelles elle entendait la voix de l'archange saint Michel, accompagnée de celle d'un grand nombre d'anges, qui lui ordonnait d'aller en France faire lever le siège d'Orléans. Elle voyait saint Gabriel, sainte Catherine et sainte Marguerite.

monarque qui, dit-on, ne croyait pas beaucoup en Dieu. An lieu de cela, on Ta envoyé dans une maison d^aliénés ' et quelques esprits crédules ont seulement gardé son souvenir et fait imprimer précieusement son histoire mystérieuse. Voilà, je le répète, la différence des époques^. Citons encore un exemple non moins frappant. Un monarque perd la raison, on le plaint, on Tentoure des plus célèbres médecins qui épuisent les remèdes que leur art leur enseigne : c*est Georges III, roi de la Grande-Bretagne ; mais ce prince vivait au XIX' siècle. Qu*on le transporte au xv* siècle, qa^on rappelle Charles YI, ce ne sera plus de médecins qu*on le verra entouré, mais de prêtres, armés de croix et d'eau bénite ; pour chasser le démon qui le possède, on Texorcisera ^ !

Que ceci ne paraisse pas un paradoxe, d'admettre que de grandes actions ont pu être faites par une raison troublée. Il y a sans doute quelque chose d'humiliant pour Torgueil humain de voir que des insensés ont pu accomplir ce que nous, hommes sensés, nous n'aurions pu faire. Mais en y réilécbis-

1. Voyez Scipion Pinel, Phytiologie de l'homme aliéné, p. 1\, note.

2. La crédulité et la superstition, qui régnaient au moyen âge dans tous \c^ rangs, faisaient accorder en général une extrême confiance à des monomanesqu' jouissaient d'une réputation de sainteté, (^uand Philippe Auguste, par exempl*. forma le projet d'expulser les Juifs de France, au lieu de consulter des honinu> sensés et des notables de ses états, il alla prendre le conseil d'un ermite <l»' vivait dans la forêt de Vincennes î Depping, Des Juifs dnns le moyen dge, p. 134. Certainement voilà pour un roi, et dans pareille occurrence, un singulierconseiller. Au xiie siècle, Philippe Auguste et l'ermite passèrent pour deux sape>; au xixc siècle, le monarque et le solitaire eussent été taxes à juste titre de folie car personne qu'un fou aujourd'tiui ne peut se faire ermite, et personne qu'un fou ne peut prendre un ermite pour conseiller dans une afTaire d'État.

3. Voyez à la fin de l'excellent petit traité de la Bibliolhèque populaire df Claudius sur les maladies mentale», la relation de la maladie de Charles VI. d'après Froissard et Juvénal des Ursins: « Un prêtre, dit ce dernier. nomm^J Yves Gilemme, demoiselle Marie de Blansy, Perrin Hermery, serrurier, ol Guillaume Florer, clerc, faisoient certaines invocations de diables et disoill^ prêtre qu'il en avoit trois à .son commandement et se vanloient qu'ils guériroitnl le roi. Kt il fut délibéré qu'on les essayeroil et leur souffrit-on leurs invocation> et ils demandèrent qu'on leur donnât douze hommes enchaînes et ainsi lu^ fait et ils firent un parc et ils dirent aux douze hommes qu'ils n'eussent aucune

peur Mais rien ne firent. Puis, furent interroges pourquoi n'avoieut rienlaivl

et repondirent que lesdits douze hommes s étaient couverts du signe de la Croix, et que pour ce seul fait ils avaient échoue ». Il s'agissait, comme on voit, de faire passer les démons du oorps du roi chez ces douze hommes.

»ant, on voit que loin d'être contradictoire aux règles ordilaires, ce fait est entièrement d*accord avec elles et s'explique )arfaitement. La fixité d'une idée, qui caractérise presque oujours ces dérangements intellectuels, ne donne que plus le force pour la mettre à exécution*. Souvent on a vu un lomme allier une raison altérée à des connaissances étendues ît à un courage inébranlable. Que Ton compare la force de volonté d'un fou à celle d'un homme jouissant de la pléniude de son intelligence et qu'on juge de la différence. On rerra alors que cette assertion est loin d'être un pur paraloxe. Les doutes, les incertitudes, les considérations qui retiennent souvent l'homme sensé et lui font diffîérer Texécuion d'un projet, ne s'offrent jamais à l'esprit du maniaque [ui poursuit irrésistiblement la réalisation de sa pensée. L'hisoire nous présente bien des hallucinés ayant accompli de grandes choses '. Un visionnaire, Mahomet, fonda une reli- ^on qui exerce sur une partie de l'humanité une immense nfluence et écrivit un livre plein d'éloquence et de poésie.

1. Voyez à co sujet, l'admirable chanson de Béranger : a Vieux ioldaU de plomb ^ue nous sommes », et en parliculîer ces vers :

Qui découvrit un nouveau monde?

Un fou qu'on raillait en tout lieu.

Sur la croix que son sang inonde

Un fou qui meurt nous lègue un dieu.

Vieux soldats de plomb que nous sommes,

Au cordeau nous alignant tous,

Si des rangs sortent quelques hommes,

Tous nous crions : u A bas les fous ! »

On les persécute, on les tue,

Sauf, après un long examen,

A leur dresser une statue

Pour la gloire du genre humain !

2. R Les espérances les plus ridicules et les plus hardies ont été quelquefois la ;ause des succès extraordinaires », a dit Vauvenargues.

Charron a dit : « Cet esprit dont Thomme faict tant de feste, lui apporte un nillion de maux et plus, lorsqu'il s'agite et s'elTorce. Car, non seulement il nuit lu corps, trouble, rompt et lasse la force et les fonctions corporelles; mais encore u>i-môme l'empêche. Oui jette les hommes à la folie, à la manie que la pointe, 'agilité et la force propre de Tesprit? Les plus subtiles folies et excellentes manies viennent des plus rares et plus vives agitations de l'esprit; comme des plus grandes amitiés naissent les plus grandes inimitiés et des santés vigoureuses, les nortelles maladies » {De la Sagesse, lib. 1, chap. viii).

Un autre Tiskmnaire, Piem rBnnite V entraiiip; tootrOeet dent & la conquête de la Terre-SdUte et cop^ Ifunagniftp» idée des crcrfeades^ Luther, qui eai dpnnflil nafamoiee ai proteatantieme imprima un prodigieux AM%req^lnHDni&i était un halluciné qui voyait sam cesse le. HlmogoL; âHmoibM chefs de sectes» Knox, SwedenlK»rgt <mt été |g|lfiinen| dw visionnaires. Ignace de Loyola, le fondateur d^mm^^iàmMéê par son immense habileté et sa sdenoe profoodet aélâlllPitt furme appui du catholicisme, ftit encore un hallurihié. Bkijti dansFantiquitéyPythagore etSoorateV JaooJblique et^nrieiiis néoplatoniciens ^; dans FOriei^ les membres de f^UfljeiBn sectes indiennes, et les çoujdiis de la Perse *, ont été sqeti & un désordre intellectuel du même genre. L*extase» oetétvl bizarre, né de la surexcitation du système nerveux, sur leqod réagit une imagination exaltée; Fextase, cet ^at dai» leqod se développent tout & la fois une énergie et une iuensibilitf extraordinaires, a dominé bien souvent, dans la solilade d*ii& dottre, dans le silence d'une cellule, les eqprits les pins austères. Les crises mentales, qui ont tant de fois assailli les ermites dans les déserts, loin d'énerver leur intelligence et de paralyser leur activité, n'étaient qu'un véhicule nouveau qui imprimait à leur pensée un cachet plus mâle et un air plus solennel. En proie à une sorte de fièvre, ces extatiques déli-

i. On sait que Pierre l'Ermite prêcha les croisades à la suite d^une Yision qu'il eut en songe et dans laquelle il vit Jésus-Christ Cf. Mathieu Paris, Gfajuf< Chronique, trad. Huillard-Brôholles, 1. 1, p. 98.

3. Cette réflexion rappelle le mot de Napoléon au célèbre Pinel, son médecin: « Entre un homme de génie et un fou, il n'y a pas l'épaisseur d'une pi^ce de sis liards » ; et il ajoutait : a 11 faut que je prenne garde de tomk>er entre vos maiD8*<

8. Voyez l'ouvrage de M. Lélut, intitulé: Le Démon de Socrate. Comp. iétùm Cardan, dont le génie mathématique et les vastes connaissances n'ont été mis» en doute par personne et qui croyait, comme Socrate, entretenir des relations avec un esprit. Il tenait d'ailleurs cette superstition de son père Facius Cardan, qui croyait avoir un démon particulier, d'une nature éthérée.

4. Les Indiens produisent A volonté l'extase, en se bouchant les pores, en demeurant immobiles et anéantissant, autant que possible, la volonté. Mahomet parait avoir été sujet à des extases, peut-être produites de la même façon, et que l'on a confondues avec des attaques d'épilepsie. «J'ai souvent, disait-il, des moments où il n'est ni chérubin, ni prophète qui puisse m'atteindra ».

5. Voyez sur lesçouphis, l'ouvrage deTholuck, intitulé: Sufitmut twe Theotophia Pertarum veterum paniheistica, I8<M, in-S».

raient avec éloquence et ébranlaient même la raison la plas ferme, par les puissantes, quoique les plus étranges conceptions de leur imagination enthousiaste ^

Non seulement les hallucinations et la monomanie étaient regardées au moyen âge, par les chrétiens, comme un état surnaturel, dans lequel Tesprit entrait en communication avec le monde des esprits ; non seulement toutes les visions étaient icceptées comme des révélations divines, mais la folie même la mieux caractérisée, la démence, était encore aux yeux les chrétiens Teffet d'un autre phénomène surnaturel, de Tinroduction dans la personnalité humaine d*un esprit étranger ijui Tétreignait et la possédait malgré elle, et ces idées remontent bien haut dans l'antiquité . Tandis que Ton consi-* léraittoute maladie comme une punition envoyée directement lu ciel, à raison de quelque péché grave, de quelque crime énorme, on fit de la folie et d'autres affections analogues le résultat d'une conquête du démon sur le pécheur. Tant étaient "ausses les notions que l'on avait alors sur la nature, que par- ;out où des faits sortaient de l'ordre journalier, on voyait ^action directe d'êtres supérieurs '. Les mots d'enthousiaste.

1. Mourguye, dans son intéressant ouvrage intitulé : Estai hiitoriqite sur les mciens habitants de t' Auvergne, a parfaitement tracé les caractères et les effets le Textase. « Dans tous les temps, dit-il (p. 367), l'homme a voulu entretenir un ommerce plus ou moins intime avec la divinité. Dégoûté des plaisirs éphémères le ce monde, fatigué de ce mal qui y règne, il a cherché à pénétrer dans une phère, inconnue qu'appelait la sublimité de sa nature, ses besoins, ses désirs. La orce de sa volonté a suffi pour l'arracher à cet univers et pour l'attacher à une dce fixe. Quand un homme est fortement occupé d'une idée, toutes les autres e trouvent comme anéanties chez lui ; celle qui captive son esprit est réellement a seule qui existe; toute son attention s'y fixe et s'y concentre; il rompt tout ommerce avec les objets extérieurs; ses sensations, son corps, son être, semblent ui être étrangers ou ne pas exister pour lui ; par une espèce de prodige, il se rouve réduit à la simplicité métaphysique. C'est alors le moment du génie, mais, ouvent aussi-, c'est celui du délire. Arrivé à cet état d'exaltation, l'imagination cquiert une activité prodigieuse ou s'égare aisément. Alors l'homme croit à existence des démons, êtres immatériels et fantastiques; il entre en relation vec eux et cherche à établir entre eux des rappor s durables».

2. C'est ce que nous dit Bossuet lui-môme, en défendant l'existence et la réalité e la }>ossession. Écoutons ses propres paroles : « Qu'il y ait dans le monde un ertain nombre d'esprits malfaisants, que nous appelons des démons; outre le smoignage évident des Écritures Divines, c'est une chose qui a été reconnue par 9 consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Ce qui les

portos à cette créance, ce sont certains efTets extraordinaires et prodigieux qui

Sm LES LÉGENDES PIEUSES

d%l8^ré, d'ënergnmëne, attestent encore ces ancienDes convictioiu*. L'enthousiaste est celui qui a un dieu en lui; l'énei^ainène, celui au dedans duquel quelqu'un agit; l'inspiré, cdni que pousse un souille intérieur, un esprit '. Platon, dcns le dialogue de Phèdre et de Socrate, uuus dit que le plus MmTentDti dieu est le principal, l'unique auteur du désordre Intollflotnel. Suivant les divinités ans persécutions desquelles OD l«s croit en proie, les aliénés reçoivent des noms dilTcnnts: les uns sont appelés cerriti, parce qu'ils sont sous l'effet de la colère de Cérès; les autres Ijinphaiici, parce qu'ils sont poursuivis par l'Image d'une nymphe qu'ils ont aperçue dans les eaux ; plusieurs, lanatici, pnrce qu'ils sont sons l'inifuence des feux dcstrueteiu-s de Phébé " ; d'autres meore, Jiiriosi, parce que les furies les agitent'. Les plus légers indices suflisent aux Grecs pour désigner le dieu. Le cri da malade, dans les accès convulsifs, a-t-il quelque resMinblance avec celui de la chèvre, c'est la mère des hommet qu'il décèle; rappelle-t-il le hennissement du cheval, e'est N^tune qu'il annonce. Les déjections involontaires

ne ponvaient Aire rapporUi qu't quelque prlocipe nuuvBli et i q

venu cloal l'opération lai maDgne et perolcteuse a. Sermon p

dimanche de carcme. Le mâme principe qui faisait rapporter à

supérieure les falu qui semblaient sortir de l'ordre de la nature, lalMll ■iuibner

i une pareille Intervention les lEuvreii humalneB qui élalenl empreintes d'un

cachet frappant de supériorité. Les première Inventeurs ont éiA de* magiciens,

el les dleuK ont élé regordM comme nos premiers Instituteurs.

1. Voyei l'ioteressupi Traité du maladiet mêntaiet, de la Bibliothèque popn* UlredeClaudiuB.J'al emprunté Ici el plus loin quelques relleilonsicetaicellent petit volume u'une collection qui se distingue par la supérloritA avec laquelle toutes les connaissances humaines y ont été mises A la portée du vulgaire. Je prie l'auteur de cette bibliothèque,)!. Ruelle, qui ■ eu la modestie de ae cacher son* le voile de ranonyme. dereceToirl'eipressloode ma graUtudepour l'nUllléqns J'ai retirée de ses petits tralléi et de ma sympalblo pour ses oplniona lanjonn empreintes d'une noble Indépendance.

S. Voyez sbbé Frère, Examen du MagnéUtnt» animal, p. 8B, Pari*, UT, ln-8*.

1. Artémi dore nomme la maladie produite par rinOuenee de la lana.«hwta> léenoei. L'expression franfalsede lunatiqueetle mot aillais Itmiitic doivent Isol origine A cette croyance. Julius Firmlcus, Matht^. Ilb. IV, croit qae la lus engendre l'épi iepsle et les spasme». Ct.Juvenal, 11b. 111,5, v. St3. Horace, â'oUrn Ilb. Il, 4, V. IB]. .Iri Poetita, v. tït, et une savante notice de M. AngOi dut VAnnuaire iju hureav det iongil'udti. pour 1B3S, p. 1S4 et suiv.

t. Voyez le savant ouvrage de Jo. Siméon Lindlnger, Dt E arte mâtica tt damone et Lfirnuiniacù, p, 73, Servesls, In-lS.

trahissent la présence de Proserpine ; un éclat de voix aigu» celle d* Apollon Nanius. Mars se reconnaît à Técume de la bouche, aux mouvements des jambes; enfin Ton s*en prend à Hécate et aux héros, si le malade s^efTraie la nuit et s'échappe de la maison ^

Sans parler de la folie d'Ajax et des filles de Prœtus, regardée, dans les temps héroïques, comme TefTet de la colère divine, ne voyons-nous pas dans les livres saints eux-mêmes les preuves d'idées aussi erronées? Nabuchodonosor perd la raison et se croit transformé en animal condamné à brouter rherbe des champs ' ; pour Thistorien hébreu, c'est un juste efiet de la punition divine. Saûl est en proie aux accès d^un délire mélancolique ; pour les juifs, c'est l'esprit malin qui l'agite '. Encore aujourd'hui en Orient, toute disposition nerveuse et convulsive est supposée le résultat de l'introduction de quelque démon dans l'économie ^. Les fous sontregar-

1. Bibliothèque populaire de Claudius, Maladîet mentalet, 17. — Pourtant, certai ns Pères de l'Église ont reconnu dans la « possession » une malad ie. Par exemple, Clément Romain (|re Epltre, p. 21) dit que c'est une chose belle et utile de visiter les veuves et les orphelins, surtout les pauvres qui ont plusieurs enfants; ensuite il exhorte à visiter ceux qui sont tourmentés par de malins esprits, de les exorciser, avec prudence, en priant sur eux, et il ajoute : a Hic ejicit dœmorUaet Deut iUum ailjuvat. Pulchrum enim eit ut quis adjuvet œgro tantes. Dixit Dominus: eUemoma fjicite^ cum tanationibut aliû multU et gratis accepûtii, in gratis date ».

f. M. Deheyne, dans son Essai sur la théologie morale, considérée dans ses rapports avec la physiologie et la médecine {S*> édit. p. 366), cite un exemple do folie, qui rappelle tout à fait celui de Nabuchodonosor. Un jeune homme de treize ans éprouva un jour une vive frayeur de la part d'un homme qui avait couru sur lui le couteau levé. Depuis ce jour, il était pris presque quotidiennement d'accès étranges. Il se débattait et gesticulait, il courait^ dansait, se mettait à courir à quatre pattes, broutait et mangeait de l'herbe.

3. David calmait les accès de mélancolie de SaUl par les accords de sa harpe. Porphyre dit de Pythagore : Kai toc; (|^/,à; ^i vo^ouvTa; TcapEfiuOsiTO, xaOansp f^a(JLev, Toù; [ixv lizta^aXi xa\ fiayEtat;, toC»; di [louatxTJ (Devita Pylhagorœ.c. 39). Catien assure de môme qu'Esculape guérissait les maladies de l'esprit avec le chant et l'harmonie. Le docteur Esquirol a obtenu aussi des effets sédatifs, à l'aide de la musique (Maladies mentales^ 1. 1, p.470). Voyez Joseph Roberts: Orienial illustrations ofthe Sacred Scriptures, collected from the customs^ etc., ofthe Bindoos, Londres, 1835, in-S». Rien n'est plus commun chez les aliénés que la croyance, qu'ils ont un être ou un animal dans le corps. Les affections hystériques ont été ainsi prises pour des possessions. V. firognoli : Alexicacon, Venise, 1668, fol. Comp. Esquiroi, Maladies mentales^ t. I, p. 214.

4. ùkiOL T^( ^^> 8a{[jLOvo; tÔv avOpcoTUOv siadSov. Arétée, Morbi Diuturnt, lib. 1, c. 4. Luther voyait encore dans toutes les maladies l'œuvre du démon. 11 écrivait, le 14 juillet 1528 : « Les fous, les boiteux, les aveugles, les muets, sont des hommes chez qui les démons se sont établis. Les médecins qui traitent les

881 LES t.ir,ESDE& PIEUSES

^Memnine des possédés on des inspirés; les voyants d» tMnps plus reculés ne paraissent pas avoir été antre chos* que des aliéDés'. Tant était répandue cette croyance, que la médeciBS antique ne parait pas avoir été à l'abri de la superstition, qui fusait prendre les pestes et les contagions ponr le «ésnltat de la vengeance céleste, et certaines maladies individiuUes pour TefTet du courroux des dieux. Nous avons parlé pins haut de l'opinion exprimée par Platon ; elle est adoptée parCœlius Aurélianus, dans son livre des maladies efaroniqnes. Avant Hippocratc, Tépilepsie recevait le nom de maladie .sacre c, de la crojauce où l'on était de son origine divine ', Arétéo ' distingue une espèce de manie produite par 1b wmfllfl divin '. Le célèbre médecin Frédéric HofTmaiin admettait encore, sans doute par l'eirct de préjugés religieux. des maladieadémoniaqucs, leur assignant pour caractère tous les symptômes qu'on a observés, de nos jours, dans la folie. G>-E> Stahl' rapporte ilcs observations de maladies graves ifid, n'étant pas connues, furent prises pour des rouvres diaboliques*.

Inflrnltit comme ayuul ilis c.iuaes iiHlurclIcs. uint des IgnoniiLs qni no cnnainsDlpai lipniMancudu tte^non. d tBèiuoirrt. Irad. Mlchelri.] Dsoa rÉianill' même, lei idée» do muladlea «l do poEses^loi» (ont Inuloun asiocïées. ■ Il ytvall BUMl, dit salDt Luc, VIII. 1, quelques lenimes qui Rvalenl été délivrée d' mallni esprits et guérie» de leurt tnntndiel, entre lesquelles dbit Merlciiir- Dommée Kagdelelne, doal sept démons elaleni xortis. »

1. Platon nous rml voir, par an pasia^ia du TimAr, que les proptiOtci ii'«l»lfnl eux-mêmes que dos espnls mnlad^s : ' Une preuve, dit-il. que Dieu u'a doone la divination t l'homme que pour suppléer à son défaut d'Int^lllgeocr, «^ni qu'aucun homme ajnnl l'ussgo de In raison n'atteint lamais t une dltililwB Inspirée et véritable, mois bien celui dont la raculte de penser se trouve enln>» par te sommeil ou bien tgar^t par la malailiê ou par quelque Fureur dlviiie •' Tlmer, trad. H. Martin, l. I, | Tt, p. IH.

i. Eaquirol, Ualadlei mmlnln. t. I, jj. (te.

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