Gitb«rl, Dacription de U % Apud Castclllnum : Dt ir
temps vagué, elle retrouve sa route. Le fait n'a au fond rien de surprenant; la sainte a pu, dès les premiers rayons de Vaurore, reconnaître les lieux et fixer sa marche. A l'époque où Ton écrivait l'acte de son martyre, on n'en jugeait pas ^insi. Cette circonstance si simple s'oiTrait aussitôt entourée d'une auréole de merveilleux ; on n'admettait pas que sainte Eulalic eût pu dC elle-même reprendre la droite voie ; un ange avait, disait-on, guidé ses pas.
Lorsque la malheureuse Agnès fut, par l'odieux raffinement de cruauté de ses persécuteurs, placée dans un lieu de débauches, pour y subir un martyre moral mille fois plus atroce, pour cette chaste vierge, que les supplices les plus horribles, la vertu seule de la sainte imposa longtemps au libertinage de ceux qui étaient tentés d'assouvir sur elle leur brutale passion. Plus éhonté que les autres, un jeune homme se présente, il s'efforce de faire céder à ses désirs I>estiaux cette chrétienne qui n'a pour se défendre que le respect naturel qu'inspirent, même au vice, l'innocence et la pureté. Mais bientôt le sentiment de son forfait s'empare de lui. A ce regard d'indignation que jette sur lui la vierge, qui résiste en invoquant le Dieu protecteur de la vertu contre les attentats du méchant, le coupable s'émeut, s'arrête, une crainte religieuse s'empare de lui; il chancelle, sa vue se trouble et s'obscurcit, eflbt ordinaire de l'eUroi. Mais pour l'auteur de l'acte du martyre, dans Tidée qu'il se représente de cette scène, l'ange du Seigneur a frappé le criminel de cécité. Cependant, revenu bientôt de son ti*ouble, celui-ci recouvre Fusage de la lumière ; alors, poursuivant toujours sa pensée, l'écrivain s'écrie que Dieu lui a rendu les yeux pour exaucer les prières de la sainte'.
Il existe même des faits qui ont cesse d'exciter notre étonnement, et dans lesquels personne n'est plus tenté de voir un effet particulier de l'action divine, le résultat d'une médiation directe du Créateur. Qu'un homme se rende aujourd'hui coupable de quelque crime odieux, nous reconnaissons dans cet acte le résultat d'une passion puissante que n'ont refrénée
i. Ruinart : Acia martyr um sincera.
4âi APPENDICE
ni la conscience, ni la crainte dn châtiment infli^^ par k loi, FeSet souvent d'une organisation vicieuse» d*une nature per. verse, placée dans des conditions qui n'ont fait que favoriser davantage le développement de ses funestes penchants. An moyen âge» rien de cela ; toutes les actions criminelles de rhomme sont rapportées à Tinfluence du démon. Les anges peuvent aussi, sruivant Fopinion alors admise, agir sur rhomme, exciter dans son âme des pensées* des désirs et des passions. Cum Dei sit çoluntatem dare^ dit Saint Thomas, ejus eiiam estproprium eam efficaciter matare; angeli autem solum id possuni per modam suadentis aut passions concitantis* .
L'artiste voulait-il peindre un envieux, un luxurieux, un avare ; il nous montrait un homme subjugué par un démon que, pour rendre Timage plus frappante, il plaçait sur ses épaules. Voyez les bas-relief sde Téglisede Moissac* et de celle deTournay. L'homme méchant n'était plus ainsi qu*nne machine dont le démon faisait jouer les rouage . Tant est grande souvent la puissance du penchant qui nous entraîne au mal, de la passion qui nous domine, qu'on conçoit qu'on ait pu croire autrefois que, dans ces moments , Thomme fût poussé par un être supérieur. C'est cette croyance qui rappelle rexclamation placée par Virgile dans la bouche de Nisus :
Dîne hune ardorera mentibus addunt, An sua cuique Deus fit dira cupido ?
La doctrine des Tao-ssé, tout en admettant, comme le christianisme, l'existence d'esprits intermédiaires entre rhomme et Dieu, pour gouverner le monde, laisse au moins plus de liberté à l'homme : « En général, les bonnes et les mauvaises actions naissent du cœur de l'homme, dit le Lwre des Récompenses et des Peines ; si son cœur forme une bonne pensée, les mauvais esprits disparaissent ; s'il forme une pensée coupable, les trois carrières malheureuses apparaissent devant lui. C'est pourquoi les bons et les mauvais esprits accourent
1. Summa theologiœ, qucst. 112, art. 2, p. 1. % Labordo ; Monuments françaii^ t. V, pi. M.
^^1^8 lui, suivant la pensée qu'il a formée, sans se faire atten- ^^un instant *. Ainsi, dans cette doctrine, c'est Thomme qui appelle le démon par sa faute, mais non pas le démon qui ^ empare de l'homme pour le pousser au crime.
De nos jours, heureusement, on a rendu à Thomme sa liberté, ^^n lui a restitué le mérite et le démérite de ses actions, en (Prenant de Dieu et du monde Tidée plus juste que rappellent ^^es belles paroles de Spinosa : Conchidimus itaque, non er miracula Deum ejusque existentiam et providentiam ognoscere non posse, sed hœc longa melius concludi et natii- ^œjixoatqueimmutabiliordine*. Et celles-ci : Majusçide- ^ur esse miraculum, si Deus mundum semper uno eodemque -m^rio atque immutahili ordine gubernaret, quant si leges^ ^uas ipse in naiura optime et ex merâ libertate sanciçit, propter stultitiam hominum abrogaret '.
Kun des physiologistes les plus profonds de notre époque, M. Bordach, a dit, avec une égale vérité, en parlant de cette intervention de la divinité et des êtres supérieurs dans tous les événements d'ici-bas : « Ce serait supposer qu'en général, ou du moins dans certains cas particuliers, la marche légitime de la nature ne correspond point à la volonté de Dieu, puisque cette volonté aurait besoin d'intervenir immédiatement pour être remplie; idée manifestement païenne*. »
Ainsi ressort de plus en plus l'opposition entre la science moderne, qui ne voit que des agents physiques et des propriétés inhérentes aux choses, et la vieille théologie qui leur substitue des êtres individuels et raisonnables exécuteurs de la pensée divine. Strauss a développé, avec sa raison habituelle, cette vérité si saisissante. Je traduis ses propres paroles : « A mesure que l'humanité sortait du moyen âge et acceptait dans ses diverses applications le principe moderne, la croyance aux anges devait mourir peu à peu sur un sol si totalement étranger à celui sur lequel elle avait pris naissance. En eflet, à considérer d'abord l'action des anges dans