‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 3 sur 251 · ET SA CHAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE · texte numérisé non relu

ET SA CHAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE

L*enseignenient de l^histoire proprement dite qui existait au Collège de France depuis 1769 a pris fin. Un vote de rassemblée des professeurs, conforme à l'esprit qui présida à la fondation de François I*', un décret de M. le Président de la République, l'ont remplacé par un enseignement nouveau, celui de la géographie historique de la France, et Ton m'a fait l'honneur insigne de m'appeler à inaugurer ici l'étude d'une science qui a occupé la meilleure partie de ma vie.

Il m'est doux d'exprimer publiquement, en cette enceinte, ma gratitude envers les professeurs du Collège et mes confrères de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui, à l'unanimité, ont bien voulu proposer mon nom au choix de M. le Ministre de l'Instruction publique, ainsi que ma reconnaissance envers le Ministre éclairé qui a fait ratifier ce choix par le chef de l'Etat Mais, ce n'est là que la moindre partie du devoir qui m'incombe aujourd'hui, car un sentiment de piété envers ceux qui m'ont précédé dans la carrière me commande de retracer rapidement, en cette première leçon, les destinées successives d'une chaire qui vient d'être transformée une fois de plus.

1. Leçon d'ouverture du cours de géographie historique de la France au Collège de France, prononcée le mercredi 7 décembre 1892, et publiée d'abord dans la Revue inUmaiionale de l'En$eignement du 15 janvier 1893, sous le titre : Hittoire d'une chaire du Collège de France {1SS1'189t).

VIII ALFRED MAURY

Cette chaire, l'une des plus anciennes du Collège de France, remonte à la première année même de ce fameux ëtablissement : elle fut originairement Tune des trois chaires de langue hébraïque créées par François I", et ce monarque y appela, en 1531, Paul Paradis, Tun des familiers de sa sœur, la reine Marguerite de Navarre : c'était un juif converti, natif de Venise et dont Canossa était le véritable nom. Paradis se montra digne delà tache qui lui incombait. Son talent lui assura bientôt de nombreux et sympathiques auditeurs, et il termina sa carrière, en 1549, laissant la réputation d'un habile professeur. Pendant la période si troublée qui répond à la seconde moitié du xvi^' siècle, la chaire qu'avait inaugurée ce savant homme eut successivement trois titulaires aujourd'hui bien oubliés ! Ce furent, de 1549 à 1554, l'Anglais Ralph Bayne qui abandonna le Collège royal pour aller occuper, dans sa patrie, le siège épiscopal de LichGeld d'où le chassèrent bientôt les progrès du protestantisme ; de 1554 à 1587, l'Auvergnat Jean de Cinqarbres, Quinquarboreus en latin, connu dès 1546 par la publication d'une grammaire hébraïque [Opus de grammatica hehraica) plusieurs fois réimprimée ; enfin, de 1587 à 1599, l'Angevin François Jourdan, aussi instruit des mœurs et coutumes des Israélites que de leur langue même. Si le Tourangeau Palma Cayet, déjà âgé de soixante-quatorze ans lorsqu'il remplaça définitivement Jourdan dont il avait obtenu la survivance trois années auparavant, si Palma Cayet a laissé un souvenir plus vivace qu'aucun de ses devanciers, il le doit à deux livres d'his toire contemporaine, la Chronologie novenaire et la Chronologie septénaire^ consacrées aux événements des seize années qui s^écoulèrent de 1589 à 1604. Grâce au roi Henri IV, à la personne duquel il avait été jadis attaché en qualité de sous-précepteur, cet érudit put terminer en paix, le 10 mars 1610, au Collège royal, une longue existence singulièrement mouvementée.

Après lui, et par suite d'intrigues dirigées contre Jérôme Parent, tout d'abord désigné pour lui succéder, la chaire qu'avait occupée Cayet demeura vacante quatre années durant. Enfin, le 22 juillet 1614, on y appela l'Orléanais Simon Marotte, ordinaire-

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