‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 4 sur 251 · ET SA CHAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE IX · texte numérisé non relu

ET SA CHAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE IX

ment désigné sous le nom de Simon de Muis, parce qu'il était, sans doute, originaire du village de Muids (Loiret). Simon de Mais mourut trente ans plus tard, ayant poussé fort loin Fëtude de la littérature rabbinique, et sa chaire, qui avait été celle de Paradis, vit alors passer tour à tour Thabile hébralsant Claude d'Auvergne, issu d'une vieille famille parisienne (1647 environ à 1652) ; Jean Goudoin (vers 1660-1700); Jean-Baptiste Sarasin (1700-1718), qui cumula renseignement du Collège royal avec un canonicat à Notre-Dame de Paris; Tabbé Sallier (1718-1761) et l'abbé Garnier (1761-1769). Ces trois derniers lecteurs, venus à une époque oii Tétude de l'hébreu était chez nous en pleine décadence, n'étaient en somme que des interprètes peu expérimentés des Saintes Ecritures. Les professeurs royaux de langue hébraïque, réduits à deux dès l'année 1672, ne trouvèrent plus guère d'auditeurs, après qu'une chaire d'hébreu eut été fondée à la Sorbonne, en 1751, par le duc d'Orléans, et la concurrence n'était guère possible de leur part. A la Sorbonne seulement, les étudiants pouvaient acquérir des grades, ainsi que le droit de parvenir aux bénéfices, et c'est pourquoi les supérieurs des séminaires et des collèges de la capitale envoyaient leurs sujets à cette école, sans leur permettre de fréquenter celles du Collège.

L'existence d'une double chaire de langue hébraïque au Collège royal ne répondait donc plus aux nécessités du jour. Cependant les professeurs royaux demeurèrent scrupuleusement fidèles jusqu'au bout à leur mandat officiel, ne se laissant point gagner par l'exemple des professeurs de philosophie grecque et latine qui, non moins délaissés du public, enseignèrent durant près d'un siècle la physique de Newton, sans renoncer à leur titre primitif. Durant les quarante-deux années qu'il professa au Collège royal, l'abbé Sallier consacra toutes ses leçons à l'enseignement de la Bible, bien qu'il trouvât plus d'attraits à l'étude de l'antiquité classique, ou bien à celle de notre histoire et de notre littérature nationales. Aucune des fréquentes et judicieuses dissertations insérées par lui dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres n'emprunte son objet au monde sémitique; et cet érudit se délassait des devoirs du professorat en dotant son pays de la première édition critique de l'œuvre si attachante du sire de Joinville ou en exhumant les charmantes poé-

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sies du duc Charles d'Orléans, conservées à la Bibliothèque royale dont il était aussi le garde principal.

Mais les choses changèrent de face avec Tabbé Gamier qui, désigné en 1760 comme survivancier de Sallier, le remplaça définitivement Tannée suivante. Comme son prédécesseur, le nouveau titulaire, que fit surtout connaître sa continuation de V Histoire de France de Velly et de Villaret, préférait l'histoire aux études sémitiques. De plus, c'était un homme d'initiative. Aussi, frappé des inconvénients de la situation faite aux professeurs d'hébreu du Collège de France par la concurrence de la Sorbonne, se décida-t-il enfin à demander la conversion pure et simple de la chaire de langue hébraïque en chaire d'histoire. Rappelant, en cette occa* sion, la volonté formellement exprimée par François 1"'' que ses sujets trouvassent au Collège créé par lui des secours sur toutes les branches de connaissances humaines qu'on n'enseignait point ou qu'on n'enseignait qu'imparfaitement dans l'Université, il s'attachait à démontrer que l'histoire était l'une des branches les plus utiles à tous les ordres de citoyens, et qu'en raison de la faveur dont son étude jouissait dans les Universités d'Allemagne, de Hollande, de Suède, de Danemark et d'Italie, il était de l'intérêt bien entendu de la France en général, du Collège royal en particulier, d'en avoir une école publique dont la place semblait marquée au Collège même.

Les raisons invoquées par l'abbc Garnier furent favorablement accueillies : un arrêt du Conseil, en date du 17 février 1769, prononça la transforAiation de la chaire d'hébreu, occupée par lui, en chaire d'histoire. Mais l'ancien professeur de langue hébraïque, qui venait de joindre à son titre de lecteur royal celui d'inspecteur — c'est-à-dire d'administrateur — du Collège, ne resta que neuf ans à peine en possession de la chaire transformée, dans laquelle il se livra exclusivement à l'étude de l'histoire de France sous la troisième race de nos rois. L'affaiblissement de sa santé, les autres travaux dont il était chargé et notamment la composition de V Histoire de France (continuation de Velly et de Villaret), en cours de publication, ne lui permettant plus de remplir les fonctions de professeur avec l'assiduité requise, il demanda à quitter sa chaire qui, sur sa proposition même, fut, le 8 janvier 1778, dévolue à l'abbé Pluquet, chanoine de l'église cathédrale de Bayeux.

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