ET SA GUAIRB DU COLLEGE DE FRANGE XI
La retraite de l*abbé Gamier et son remplacement par Tabbë Pluquet amenèrent une importante modification dans le titre de la chaire d'histoire. L'abbé Pluquet n'était pas un nouveau venu pour les auditeurs du Collège royal : une chaire nouvelle avait été, depuis peu, créée en sa faveur dans cet établissement, la chaire de philosophie morale ; mais les lettres de provision du nouveau professeur, en date du 13 avril 1776, spécifiaient qu'aucune dotation ne lui serait assignée en dehors de 200 livres de gages annuels, et il avait été formellement entendu que ni l'abbé Pluquet ni ses successeurs ne pourraient, dans aucun cas, ni sous aucun prétexte, être admis au partage du budget réservé aux professeurs ordinaires. La retraite de l'abbé Garnier permettait de remédier aux inconvénients de la situation qu'avait acceptée Tabbé Pluquet. On proclama donc que, la morale et l'histoire ayant entre elles des rapports extrêmement intimes, on ne pouvait enseigner l'une sans être profondément versé dans la connaissance de l'autre, et Ton reconnut ainsi la convenance d'unir deux branches d'enseignement pour n'en faire qu'une seule et même chaire sous la dénomination de a chaire d*histoire et de philosophie morale », dénomination que l'usage abrégea bientôt en « chaire d'histoire et de morale ». Telle est l'origine d'un titre qui, malgré ce qu'il offrait de singulier, a cependant subsisté durant plus d'un siècle.
L'abbé Pluquet, conduit ainsi à professer l'histoire qu'il avait jusque-là peu cultivée, fit tous ses efforts pour justifier le choix dont il était l'objet. Esprit éclairé, habile à revêtir sa pensée d'une forme agréable et judicieuse, il continua tout d'abord à disserter sur le luxe, question dont il avait coraraencé l'examen en qualité de professeur de philosophie morale, et il traita en même temps des connaissances requises pour l'étude de l'histoire. Il étudia ensuite les monuments de l'histoire de l'antiquité, en tant qu'ils peuvent éclairer la morale et la politique, limitant en premier lieu son sujet aux temps antérieurs à Alexandre le Grand, descendant ensuite jusqu'à la chute de l'empire d'Occident. Mais, déjà plus que sexagénaire lorsqu'il remplaça l'abbé Garnier, il se retira, dès 1782, avec le titre de professeur honoraire.
L'abbé Dutems, désigné pour lui succéder, n'avait encore que trente-sept ans. Il semblait, par conséquent, pouvoir occuper
Xn ALFRED MAURY
longtemps la chaire d'histoire et de philosophie morale; cependant son enseignement ne se prolongea guère plus de huit années, durant lesquelles il se borna uniquement à suivre la voie que lui avait tracée son prédécesseur, poursuivant jusqu'à son terme l'étude entreprise par celui-ci et l'appliquant ensuite aux monuments de notre histoire nationale.
La démission de l'abbé Dutems permit de conûer en 1791 à un véritable historien, à Levesque, la chaire d'histoire et de morale. Levesque était fort honorablement connu dès lors dans la république des lettres, grâce à son Histoire de Russie, dont il avait réuni les éléments à Saint-Pétersbourg où l'avait appelé la grande Catherine, et qui, même dans l'empire des Tsars, a joui de toute l'autorité d'un livre classique jusqu'à la publication de V Histoire de Russie de Karamsine. Doué d'une grande curiosité d'esprit, il ne se confina pas dans un sujet où il avait été, pour ainsi dire, le premier à faire la lumière, et, à la veille de la Révolution, il faisait paraître une estimable Histoire de France sous les cinq premiers Valois, qui lui ouvrit les portes de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Suffisamment préparé, par conséquent, à traiter de l'histoire de sa patrie dans la chaire à laquelle il venait d'être appelé, il ne tarda pas cependant à quitter ce sujet et, pendant les terribles années qui suivirent la chute de la monarchie française, il consacra son enseignement à l'histoire politique, philosophique et littéraire de la Grèce, puis à l'histoire romaine. Cette évolution de Levesque ne fut peut-être pas étrangère au choix qu'on fit pour lui succéder d'un savant versé dans l'étude de l'antiquité grecque.
Lorsqu'il fut appelé, en 1812, à recueillir au Collège de France l'héritage de Levesque, Clavier, helléniste habile, venait de quitter la magistrature. Il était, depuis trois années déjà, le confrère de Levesque à la classe d'histoire et de littérature ancienne, de l'Institut de France, où l'avait fait élire une Histoire des premiers temps de la Grèce, composée surtout d'après les données d'Apollodore et de Pausanias, et suivant ce principe que la mythologie des Grecs n'est autre chose que leur histoire primitive, altérée par des hyperboles et des métaphores, doctrine assez voisine de celle d'Ëvhémère. C'était évidemment un homme de moindre envergure que l'écrivain auquel les lettres devaient à