‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 48 sur 251 · Concilium Namnetense (en 900), can · texte numérisé non relu

Concilium Namnetense (en 900), can

nom d'Indiculus superstitionum et paganiarum^ énumère une foule de superstitions qui remontaient chez les Belges au temps du paganisme. Parmi les prohibitions qu*il prononce, on remarque celles de sacris sylçarum quœ Nimidas çocant : dehis quœfaciunt super petras; de fontibus sacrificiorum ^ Au XII* siècle, le culte des arbres et des fontaines subsistait encore chez les Saxons qui habitaient au delà de TElbe*.

Mais ces défenses, prononcées par les princes temporels et par rÉglise, restaient impuissantes devant les vieilles croyances des Gaulois et des Germains. Un respect pieux continuait à entourer les objets si longtemps vénérés ; et ce n'était qu'en les consacrant au nouveau culte, qu'en sanctiiQantpour ainsi dire ces vestiges païens, que les apôtres de l'Évangile, Odèles en cela au conseil que le pape Grégoire le Grand donnait à l'abbé Mellitus allant travailler à la conversion des Anglo-Saxons', parvenaient à extirper les souches de la superstition qui avaient projeté dans le sol de si profondes racines. Ces forêts sacrées que les Celtes avaient si longtemps honorées comme la demeure des divinités, dans lesquelles ils n*entraient que comme dans un sanctuaire, Tàme saisie d'une crainte religieuse, ces forêts, dis-je, continuèrent à inspirer le même respect, la même vénération. Des images pieuses furent placées sur les arbres jusqu'alors adorés, sur le chêne, le hêtre, le tilleul et Taubépine; et le peuple, en venant.

1. Cette ancienne localité de Leptincs, située près deBinche, forme aujourd'hui les deux communes d'Eslinnes-au-Monlct d'Estinnes-au-Val. —Voyez Tanalyso de Vfndiculus dans THéfélé, Histoire des Conciles (Fribourg, 1858, t. 111, p. 471).

i. Helmoldus, Chronicon Slnvorum, ch. xlviii.

3. « Cum vos Deus omnipolensad Augusttiium episcopum perduxcrit, disait saint Gr(^oire,dicite ei quid diu mecum de causa Anglorum cogitans tractavi. vi«lelicet quia fana idolorum destrui in eadom gente minime dcbeant, sod ipsa quae in eis sunt idola destruantiir. Aqua benedicta flat; in eisdem fanis aspcrgatur; altaria construantur; reliquias ponantur:quiasi fana eadem beneconslructa sunt, necesse est ut a cuItudemonuininobse(iuium veri Dei debeant commutnri. ut dum gens ipsa eadem fana non videt destrui, de corde errorem doponat, el, Deuin verum cognoscans ac adorans, ad loca (luaj consuevit, familiarius concurrat... Nam durismentibus simul oninia abscidereimpossibile esse non diibiuni c-t, quia is, qui locum summum ascendere nititur, necesse est ut gradibus vel p-3ssibus, non autem saltibus elevelur. »> (L. Xi, op. 7G. Cf. Beda, Uistoria ecclesiastica Anglorum, !ib. 1, ch. xxx).

ii LES FÉES

selon son antique coutume, se prosterner sous leur ombre, honora presque à son insu un nouveau dieu ^

Ces idées nouvelles, ces pensées chrétiennes qui allaient désormais s'attacher à ces simulacres naturels, n'effaçaient pas, dans Timagination populaire, la croyance à Tessence mystérieuse de ces forêts. Rappelons-nous la célèbre forêt de Bréchéliant, devenue la demeure des enchanteurs et des magiciens, après avoir été sans doute le théâtre des cérémonies druidiques; rappelons-nous ces forêts qu'ont décrites les romanciers et les poètes du moyen âge, depuis celle où demeurait Auberon « le petit roi faé, » et que traversa Huon de Bordeaux pour arriver à Babylone, jusqu'à celle d'Armide que décrivit le pinceau du Tasse, inspiré par Lucain et les souvenirs d'Arthur et de Merlin. Les fontaines sacrées furent consacrées à la Vierge et aux saints ; on crut encore à leurs vertus tout en cessant de croire aux divinités qui y de meuraient * ; des croix surmontèrent les monuments mégalithiques ^, et les dolmens ou les menhirs furent transformés en

1. C'était ordinairement une image de la Vierge que les prêtres plaçaient audessus des arbres sacrés. Le vieux chêne de la Loupe parait avoir éta un de ces anciens monuments du culte druidique ainsi métamorphosés en relique chrétienne; on rappelle aujourd'hui le chêne de la bonne Vierge (Fret, Antiquités et Chroniques percheronnes, i. I. p. 26). M. de la Villemarquc cite un fait bien curieux, et qui prouve à quel point les anciennes superstitions résistent longtemps, mémeau progrès des lumières. Au mois d'août 1835, dit-il. tous les habitants de la paroisse de Concoret (département du Morbihan), se rendirent processionnellement, bannières et croix en tête, au chant des hymnesetau son des cloches, à la fontaine de Baranton et dans la forêt de Bréchéliant, pour demander la pluie au ciel.

2. Telles sont, dans le Perche, la fontaine miraculeuse deSaint-Jean-Pieneflxte. presdeNogent-Ie-Rotrou,celledeSaint-Germain. à Loisé, près de Mortagnc; celle de Suinte-Anne, à Fontaine-Simon, près de la Loupe (Fret, Antiquités et Chroniques percheronnes, t. 1, p. 26 et »».); en Lorraine, la fontaine de Saint- Elophe (Beaulieu, Archéologie de la Lorraine, t. I, p. 209); en Bretagne, celle de Lochrist, de Troubérou à Lannilis; celle située sous un dolmen, près de Primelin fFréminville, Antiquités du Finistère, part. I, pp. 101, 219; part. Il, p. 96); celles de Bodilis, de Saint-Laurent, de Saint-Jean-du-Doigt (Souvestre. le Finistère en 1836, p. 95), enfln la fameuse fontaine de Baranton, située dans la forêt de Bréchéliant, et à la(|ucllc sa propriété remarquable d'entrer en ébullition dès qu'on jetait dedans un morceau de nictal, dut valoir de bonne heure la réputation de fontaine sacrée (La Villemarqué, Contes populaires des anciens Bretons, p. 325.)

3. Tel est le menhir de Pontusval, près de Lesneven, dans le Finistère, menhir qui est surmonté d'une croix (Souvestre, ouv. cit., p. 80); tel est aussi celui do Pleumeur, au haut duquel s'élève le même symbole, et sur lequel on a gravé les instruments delà Passion (Fréminville, Antiquités des Côtes-du^Nord^ p. 26 et ss.).

calvaires. Ce ne fat plus à rintervention des déesses-mères, à lefTet des incantations magiques de quelques druidesses, qu'on attribua la vertu mystérieuse de certaines plantes, de certaines herbes, mais aux saints sous le patronage desquels elles furent placées. Le clergé, en un mot, couvrit tous les vestiges de la religion, qu'il avait abattue, du manteau de son orthodoxie.

Ainsi, jusqu'à Tépoque des Carolingiens, le vieux culte gaulois résista encore çà et là aux victoires de la foi chrétienne : les bois, les pierres, les fontaines ne s'étaient point complètement dépouillés, aux yeux des paysans, de leur caractère auguste et sacré. Nul doute que le culte des nymphes, des campestreSf des déesses-mères, qui s'était, comme nous Tavons vu, identifié à ce fétichisme plus ancien, pour l'ennoblir et l'épurer, ne continuât à se mêler à ces souvenirs vivants du druidisme; nul doute que les croyances, dont ces divinités formaient l'élément premier, ne laissassent encore dans les esprits des racines innombrables.

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