‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 6 sur 251 · BT SA CHAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE XIII · texte numérisé non relu

BT SA CHAIRE DU COLLÈGE DE FRANCE XIII

la fois plusieurs ouvrages sur l'histoire ancienne, un livre important sur Tune des périodes les plus attachantes de nos annales, et une Histoire de Russie; il avait néanmoins, dans le domaine des études grecques, une érudition solide qu'atteste encore son édition, accompagnée d'une traduction française, du célèbre ouvrage de Pausanias, Voyage historique en Grèce ^ si précieux pour la topographie et l'histoire de la Grèce antique, ainsi que pour rhistoire de Tart hellénique; édition qu'il laissa inachevée et dont l'impression fut cependant terminée, grâce, en grande partie, aux soins du fameux Paul-Louis Courier, gendre de Clavier et lui-même helléniste distingué.

Clavier, que la mort enleva inopinément à la fin de 1817, ne fit pour ainsi dire que passer au Collège de France. Le gouvernement de la Restauration attendit plus d'un an pour lui donner an successeur, bien que l'assemblée des professeurs se fût prononcée, à une grande majorité, en faveur de Daunou, récemment révoqué de ses fonctions de garde des archives de France. Ce choix fut finalement confirmé, le 13 jiinvier 1819, par ordonnance royale, et, durant douze années, un auditoire nombreux et choisi se pressa aux leçons de l'ancien oratorien, de l'ancien conventionnel, qui, réintégré aux Archives du Royaume par la révolution de 1830, crut alors devoir abandonner le Collège, malgré les instances de ses collègues. De tous les titulaires qui se succédèrent dans la chaire d'histoire et de morale, Daunou est incontestablement celui dont renseignement, à la fois élevé et profond, est le mieux connu. Le professeur entièrement disparu, un groupe d'auditeurs distingués, jugeant que ce n'était pas assez pour le public de posséder le discours d'ouverture que Daunou avait lui-même publié et une analyse partielle du cours dispersée en plusieurs recueils périodiques, voulut léguer à la postérité un souvenir plus durable et plus complet de ce que le maître regretté appelait lui-même son Cours d'études historiques. C'est à ce zèle de disciples reconnaissants qu'on doit les vingt volumes publiés de 1842 à 1849 sous le litre que je viens de dire et qui constituent un monument grandiose, témoignage éclatant de la science de l'érudit et du talent de l'écrivain. Ce cours est divisé en trois parties distinctes : la première, intitulée « Examen et choix des faits », traite en premier lieu de la critique historique, ensuite

XIV ALFRED MAtJRY

des <c Usages » et de la a Philosophie de l'histoire »; la seconde, dont l'objet est la « Classification des faits », comprend la « Chronologie », divisée elle-même en <c Chronologie technique », 9 Chronologie litigieuse » et a Chronologie positive )>, et la « Géographie » ; la troisième est consacrée à T « Exposé des faits », dans laquelle rentrent un « Traité de l'art d'écrire l'histoire )) et des analyses étendues des historiens classiques, grecs et latins, offrant le récit des événements antérieurs à la fin de la seconde guerre punique (201 avant notre ère). L'œuvre est terminée par un (( Précis de l'histoire de la philosophie » depuis Platon jusqu'au xix* siècle.

La chaire d'histoire et de morale, vacante par la démission de Daunou, fut dévolue en 1831 à Letronne, auquel la pénétration et la sûreté de sa critique avaient fait une place hors ligne parmi les archéologues de son temps. On ne retrouvait pas, à U vérité, chez le nouveau professeur, la maestria de Daunou, mais son incomparable érudition lui permettait cependant de donner une véritable ampleur aux matières qu'il traitait d<'ins son cours et parmi lesquelles je puis signaler l'histoire ancienne de l'Egypte, ainsi que l'histoire politique de l'Empire romain pendant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne. Il commençait à y étudier l'histoire des découvertes géographiques dans leur rapport avec l'état des sciences et la marche du commerce, chez les anciens et au moyen âge, lorsqu'il fut appelé, en décembre 1837, à la chaire d'archéologie du Collège, vacante depuis la mort de Champollion et qu'il avait d'ailleurs les droits les moins contestables à occuper. Quelques mois plus tard, Michelet lui succédait dans la chaire d'histoire et de morale.

A cette époque, Michelet était déjà l'incomparable historien dont l'imagination puissante faisait revivre aux yeux du lecteur ébloui les personnages même les plus lointains de notre histoire. Déjà le public possédait les trois premiers volumes de son His* toire de France^ qui, avec les trois suivants, sont les meilleurs peut-être de cette grande œuvre, si différente d'elle-même en certaines de ses parties. Le public vint donc nombreux autour de cette chaire ou le maître faisait de notre histoire nationale Tobjet de son enseignement. Emporté par une nature ardente, il n'eut pas la force de renoncer aux applaudissements de la foule pour

Page 1