D. Mon nier, Du Culte d^s esprits dans la Sn/uanie
Les déesses-mères étaient honorées quelquefois comme les protectrices spéciales de certaines familles ^ Les Parques ne dédaignaient pas de se montrer aux hommes, de visiter les maisons qui conservaient Tinnocence et pratiquaient la justice et la chasteté*. Ce caractère se retrouve chez plusieurs fées représentées comme de véritables divinités domestiques. Dame Abonde, cette fée dont parle Guillaume d'Auvergne, évêquede Paris, apporte Tabondance dans les maisons qu'elle fréquente^. Mélusine était, pour les familles de Lusignan, de Luxembourg et de Sassenage, qui la reconnaissaient pour leur ancêtre, un génie tutélaire de cette espèce; elle pousse des gémissements douloureux chaque fois que la mort vient enlever un Lusignan^ La fée, avec laquelle le chevalier de Stauffenberg contracta un mystérieux hymen, celle dont on prétendait que descendait Godefroy de Bouillon, appartenaient à la même catégorie'*. Dans Tlrlande, la banshee vient de même, aux fenêtres du malade appartenant à la famille qu'elle protège, frapper des mains et faire entendre des cris de désespoir^. Ou voit, dans un bon nombre de légendes locales, figurer trois dames blanches, trois demoiselles mystérieuses qui prophétisent et ne sont autres que les fées'. Telles sont les trois Dames du château d'Oliferne, dans la Franche-Comté',
1. C'est ce qu'on \o\\ par les deux inscriplions suivantes trouvées à Milan : SECVXDVS . RV II FIANVS || PKO • NATIS . SVIS • M ATIIONIS • || V . S - L • M - {Corpu* inacrip. latinarium, t. V, n- 5790). — MATRONIS • || CALVISIA C FIL •
Il CVM • FILIS . Il V . S . L . M || L • D • D - D - (IbùL, no 5789).
2. Prœsentos namquc ante doinus invisere castas Swpius et sese mortali ostendere cœtu Cwlicolic nonduni sprcla pietatesolebant.
(Catulle, Argonautes.)
3. De universo, par Guillaume de Paris. 1. 1, p. 1037 (Orléans, 1674, In-f*). Cette dame Abonde parait être la môme que la Queen Mab dont Shakespeare parle dans sa tragédie de Roméo et Juliette; elle se rattache à la Holda des Allemands, dont nous parlerons plus bas (Zimnicrmann, De mutata Saxonum veterum reli^ gione, p. 21 (Darmstadt, 1839).