D. Monnier,;lf œur« et usages singuliers du Jw«*.(. p
et celles d'Epfenbach, en Allemagne ^ En Allemagne, dame Berthe, appelée aussi la Dame Blanche, se montre, comme les fées, à la naissance des enfants de plusieurs maisons princières, sur lesquelles elle étend sa protection. Erasme rapporte une tradition qui se rattache à la même croyance : suivant lui, une dame blanche se montre en Allemagne et en Bohême, le joaroù quelque souverain de ces contrées est près de mourir*. Cette dame blanche apparaît tout à coup dans plusieurs châteaux de r Allemagne et se place sur le donjon qui les couronne, comme elle le fit au château de Tenneberg en Thuringe ^. Dans les bruyères de Luneburg, la Klage- Weib annonce de même aux habitants leur fin prochaine. Quand la tempête éclate, que le ciel se couvre, quand la nature est en proie à quelques-unes de ces tourmentes où elle semble lutter contre sa destruction, Iql Klage- Weib se dresse tout à coup comme un autre Adamastor et, appuyant son bras gigantesque sur la frêle cabane du paysan, elle lui annonce, par Tébranlement soudain de sa demeure, que la mort Ta désigné^.
Les épithètes données sans cesse aux fées sont celles de bonnes, bonnes dames, bonnes et franches pucelles, La première de ces qualifications n'est évidemment que la traduction du titre de bonœ donné aux Parques, plutôt sans doute par antiphrase que par reconnaissance.
Voudrions-nous des preuves plus convaincantes de Tassimilation qui s*était opérée entre les Parques et les fées, nous les trouverions dans Pidée même que Ton se formait des premières au moyen âge, dans le rôle qu'on leur faisait jouer, dans le nom qu'on leur attribuait alors. Lorsqu'on fait apparaître ces déesses de la mythologie antique, on ne les distingue plus des fées, ou, plus exactement, on ne voit plus en ^Ues que des fées. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple,
I ^îriram, Traditions allemandes, traduction Theil, t. I, p. 475. : ff'ùiem.. trad. Theil, t. I. p. 4i8.
^hsleiu. Dei' Sagenschatz und die Sagenkreise des Thuringerlandes^ pariicU, ^•*^^. et partie III, p. 123(Hildburghau8en. 1836, in-i2). *• hie\, Archw, t. Il, p. Îi97.
Juan Lorenzo Segura d'Astorga, dans son poème à' Alexandre^ fait tisser par des femmes qu'il nomme^arfo*, ou fées, les vêtements du jeune fils de Philippe ^ ; ces femmes sont au nombre de trois, comme les Parques ; elles sont d*habiles ouvrières, comme les fées. On ne saurait dire, d*une manière précise, si ce sont les MoTpai ou les « fades )> des traditions populaires du Midi, ou, pour mieux dire, ce sont les unes et les autres que Ton a confondues *.
De même que les nymphes, les fées sont regardées comme douées d'une grande beauté, et c*est ce qui fait dire à Marcabm :
Gentil fa ta Vos adrestet, quan fos nada D'iina beutat esmeralda.
La fée, qui rencontra le sire d'Argouges et dont il devint amoureux, était d'une beauté merveilleuse ' ; Mélusine, qu'épousa Raimondin, n'était pas moins belle.
La tradition des Parques antiques ne s'est pas conservée seulement en Occident; elle s'est répandue jusqu'au Caucase. Les Circassiens révèrent avec une dévotion particulière trois sœurs qui président au bonheur domestique, à la bonne harmonie avec les voisins. Ces divinités, qui protègent aussi le guerrier dans les combats et le voyageur dans sa route, descendent évidemment des Moîpai des Grecs *.
Un érudit de notre temps, M. de la Villemarqué, a cru