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CHAPITRE III

Si la France nous montre la féerie née des souvenirs de la religion gauloise, F Allemagne nous offre de môme des traditions analogues à celle des fées et nées aussi des souvenirs du culte national. Cette analogie, dans la marche que les croyances ont suivie dans Tune et l'autre contrée, est une preuve nouvelle de l'exactitude des conclusions auxquelles les précédentes recherches nous ont conduit. Soumises à une môme analyse, les traditions populaires de la France et de l'Allemagne se décomposent dans les mômes éléments, et, sous des influences semblables, on les voit subir de communes métamorphoses. Leur identité se révèle donc par le simple examen des faits.

L'ancienne religion des nations de race germanique avait certainement une grande analogie avec celle des Gaulois. Le Taranis de ceux-ci semble ôtre le môme que le Thor des peuples septentrionaux. Ces divinités que les Romains identi- Uaientavec Mercure et Jupiter, comme ils identifiaient TOdin ou le Wodan des Germains avec Mercure, virent longtemps leurs autels subsister dans la Gaule et la Germanie. Les Parques ou les déesses-mères avaient dans les trois Nornes de véritables sœurs; celles-ci s'appelaient Udr, Verdandi etSkuld, c est-à-dire le Passé, le Présent et l'Avenir. C'était aussi aux

trois époques de la durée des siècles, que présidaient les Parques grecques, suivant Platon* : Lachésis régnait sur le passé, Clotho sur le présent, Atropos sur Tavenir, et cette manière de considérer les déesses du sort semble avoir été la plus ancienne. La destinée, MoTpot, reçut d'Hésiode le surnom de Tp{<jiop:po;, comme présidant aux trois divisions du temps. Cette triple façon de l'envisager donna ensuite Tidée de partager ses attributs entre trois déesses. Les Nornes rappelaient donc par leur nombre les trois Parques, tout comme les deux Valkyries rappelaient les deux Kères*. Le nom de Meyar, Mœr, donné souvent à la première des Nornes, est peut-être à rapprocher du grec Moïpa, Nous voyons les Nornes assister à la naissance des enfants, leur prédire la destinée que ^avenir leur réserve, les douer de vertus et de qualités particulières, en un mot, remplir toutes les fonctions que l'antiquité assignait aux Parques ou le moyen âge aux fées. C'est ainsi que les Nomes se présentèrent dans Bralundr, aux couches de Borghilda, reine des Danois, et annoncèrent la haute fortune que le sort réservait à Helgi rHundingicide'. Le roi danois Fridleif interrogea ces mêmes divinités sur le sort de son fils Olaf *. Le héros Nornagest dut son nom à une circonstance semblable'. Comme les

1. Le nom de Nornes lui-mOme, A'omir, rappelle celui de Nona donné quelquefois à la première des trois Parques, lorsque les deux autres étaient désignées par les noms de Décima et de Morta (Cœsellius Vindex, apiul Aulu-Gelle, \octes uUicœ, 1, III, c. 16).

2. Les Kères étaient au nombre de deux, comme nous l'apprennent ces vers de Mimnerme :

K^psç ^2 jrapsairjxaai pteXaivat

'H {JLî'v £/oj<3i têXo5 YTjcao; ipyoikio'j

'Ht" ô ïxépri Oavaioio

(Fragm. II, éd. Boissonade.)

Quintus Calaber (ParalipomèneSj lib. II, v. 510-11), représente Jupiter envoyant, au moment du combat d*AchiIle et de Memnon, deux kères: l'une noire qui se dirige vers le lils de l'Aurore, l'autre brillante qui voie autour du fils de Thélis. — Les Valkyries en égal nombre, Gudr et Rota, désignaient comme les divinités grecques, au milieu des batailles, les guerriers que la mort devait frapper.

3. Quilha-llelga-Hundmgtbana, dans VEddaûe Saîmund. — Cf.Grimm, DeitUclie Myl/iologie, p. 40'/.

4. Saxo (iranunalicus, Hisloria Daniœ, lib. VI (t. I» p. 27â, de l'édition Mullor ei VeIschoNV).

5. Ce nom veut dire Hôte des Noifies. Cf. Bergmann, Poèmes islandais^ p. 157.

fées, les Nomes sont de merveilleuses filandières. Ainsi à Wessalaere, près Ne vêle, en Allemagne, la légende raconte qu*ane vieille femme, petite et ridée, vient filer chaque nuit sous un immense tilleul'.

L'adoration des objets physiques de la nature a été, comme dans la Gaule, un des caractères principaux du culte national, un de ses traits les plus saillants et les plus anciens, puisque, ainsi que nous Tavons déjà remarqué, il se rattachait au fétichisme qui précéda rétablissement d'une religion moins grossière. Les Germains adressaient leurs hommages à des troncs d'arbres informes, images de leurs divinités^; tel était le célèbre Irminsul des Saxons'. Cette vénération pour les pierres, les arbres, les eaux, les fontaines, résista longtemps aux progrès du christianisme ^ Les Germains ne se montrèrent pas moins attachés à leurs anciennes superstitions que les Gaulois, et le clergé, pour triompher de ces restes vivants dn paganisme, usa des mêmes moyens. 11 consacra au culte nouveau les objets auxquels les croyances nationales attachaient des idées de respect et de piété. Par Teffet d'une politique utile, plus d'un chêne dédié à Thor, passa sous l'invocation d'un saint ^ ; plus d'une fontaine échangea sa divinité protectrice contre un patron tiré du calendrier.

En France, les fées devinrent le symbole des croyances païennes qui luttaient contre les conquêtes de l'apostolat chrétien; en Allemagne, dans les pays du Nord, les elfes étaient vénérés comme les esprits des airs, des eaux, de la terre, des forêts, bien avant l'arrivée des Romains, et ne tar-

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