Tcramc, Yolkuagtn von Pommern und Ràgen. p. 2S7L
Leur nom, leur souvenir s'attachent aussi bien que celui des fées, aux monuments mégalithiques. Les tombelles, les dolmens, les menhirs sont regardés comme leur auTTi^e et leur demeure; plusieurs légendes, pareilles à qelle^ qu'on raconte à PontusvalS représentent ces pierres comme les génies euxmêmes ainsi métamorphosés, en punition de leur attachement à Fancien culte. A Bergelau, dans la Prusse occidentale, ce sont des géants qui ont été transformés de la sorte'.
Le nom de «pierre des fées » s'est attaché, et nous en avons donné de nombreux exemples, à une foule de monuments mégalithiques. On attribue aussi le souvenir des fées à plusieurs monuments qui datent du paganisme.
En Sardaigne, les monuments mégalithiques sont attribués aux géants dont ils passent pour la sépulture. Dans le Roussillon, on les appelle tumuls des gentils ^lowhedMX. des païens'- Dans rilc de Seeland, on les attribue aux trolds, et les allées couvertes s'appellent troldes tûn, salles des trolds^.
Les femmes des elfes et des nains rappellent, par leur beauté Qt la blancheur de leurs vêtements, nos fées françaises- Mais comme chez celles-ci, cette beauté est souvent trom* peuse. Ces yeux charmants, ces traits délicats se changent au grand jour en des yeux caves, en des joues décharnées; cette blonde et soyeuse chevelure fait place à un front nu que garnissent à peine quelques cheveux blancs.
Dans la Grande-Bretagne, les mêmes traditions se reproduisent sous des noms différents. Les shiths enlèvent les
1. Ëii Boliôine. non loin d'EInbogen, ou raconte que des nains ont été aussi cliangés en pierre. Grimm, TnuHlionê allemandes^ Irad.Theil. t. I, p. 48.
3. A un demi-inillc de Bergelau. dans le cercle de Prusse Occidentale, on voit dans une forêt un cercle de (|uarante grandes pierres; quoique profondément enfoncées dans le sol, elles s'élèvent encore de deux k quatre pieds au-dessus Au milieu, sont deux pierres plus grosses que les autres. On dit que ce s:.nt les géants qui ont été changés en pierres par les dieux, qui leur avaient défendu do danser le soir. Les gounts, ajoule-t-on, clnient un peuple qui habitait jadis le pays. (J.-B. Von Tettciu und Teunne, Volk^sa^en Ostfjreuêsens, LilUiauetis und Weslpreussens, n» 2i6, p. 23i.) C'est prccisomeiit co:nmeou voit la légende des danseuses de Pontusval.
3. Mémoires de la Socièlc des Anliquaires de France, t. XI, pp. 5-6,
4. Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t» IX. p. 188.
noa veau-nés, célèbrent la nuit des danses mystérieuses et laissent sur Therbe, ainsi que les trolls et les fées, Tcmpreintc de leurs pas'. Les brownies sont vouées par le peuple à la dunuation, et regardées comme ayant appartenu à la troupe qui faillit avec Satan'. La tradition irlandaise nous les dépeint comme redoutantles prêtres. Le vendredi et le samedi, jour de la mort du Sauveur et de dévotion à la Vierge, sont des jours néfastes pour les korrigans et les nains bretons. Les élévations coniques, les monuments mégalithiques sont rapportés aux shiths et aux brownies, et le nom du pouvoir qu'on leur attribue, druid each'd, n'est emprunté qu'au souvenir des druides^.
C'est assez accumuler les faits et les traditions. On le voit, en Allemagne, en Ecosse, en Suède, en Danemark, en France, partout les mêmes croyances, c'est-à-dire les mêmes souvenirs. Mais, suivant celle de ces contrées où nous nous transportons, suivant le génie de chaque peuple, les traditions, les légendes qui sont l'expression de ces croyances, présentent une physionomie différente. Dans les pays du Nord où la nature ne s'oflre point avec les lignes nettes et tranchées des climats méridionaux, où un ciel couvert ne répand sur les objets qu'une clarté incertaine et changeante, où ces objets ne présentent pas d'arêtes vives, de contours précis, mais où ils se dégradent et s'effacent dans les brouillards, l'imagination avait libre carrière pour créer tout ce monde fantastique dont nous parlions tout à l'heure, pour transformer en elfes, en nains, en ondins, la moindre apparence bizarre, le
1> To dew her orbs upon the greeii.
(Shakespeare, Midsummer night's dream; acte II. se. I.)
1 Voyez dans l'ouvrage de Crofloii Croker. Fniry LcgenUs, partie I, p. 39, la légende intitulée: The priest's supper. En Espajine, lès Uiiemles sont aussi, d'iiiires Iw idws populaires, exclus du salut, ce <|ul a fait dire à un poète :
Disputnse p<3r hombrcs entend idas Si rué de los caidos este duendo.
y Siewart, SktUheg of Perthihire, p. ÎM (in^S», 1880).
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moindre jeu d'ombre et de lumière, la plus légère vapeur à la surface du lac. Dans les vastes forêts septentrionales, au pied de ces montagnes sévères, de c es cimes glacées, dans ces solitudes tristes et muettes, tout porte à la terreur; rhomme est seul, mais son imagination, comme son instinct de sociabilité, appelle sans cesse autour de lui des êtres avec lesquels il puisse s'entretenir, dût-il même les craindre. Dans ces contrées, les sentiments les plus divers s'unissaient donc en lui pour multiplier, dans les lieux qu'il habitait, des êtres dont la tradition, les souvenirs religieux lui enseignaient encore l'existence. Le retentissement de l'écho devenait la voix du nain S le moindre sifflement produit par le vent; à travers la bruyère ou contre les branches pressées des sapins, indiquait la présence d'un esprit; le fracas du torrent qui roule ou s'échappe en cascades d'un rocher, le cri bizarre d'un oiseau, étaient son ricanement ou son éclat de rire. Quand la pluie d'orage tombait avec force sur le toit de chaume, quand les eaux du fleuve se gonflaient tout à coup, on croyait entendre retentir le cri menaçant du kelpi.
Dans les mines, les causes d'illusion étaient encore plus nombreuses. Là, la chaleur jointe à l'humidité favorise le développement de plusieurs cryptogames luisants, de byssus phosphorescents, de lichenacées, de rhizomorphes souterrains qui se suspendent en festons aux voûtes des excavationS} grimpent le long des piliers, tapissent les parois des grottes profondes, et, par la lueur bleuâtre qu ils répandent, semblent annoncer la présence d'im palais mystérieux. Dans ces mines, le feu grisou venait à passer tout à coup et le mineur que ne protégeait pas encore Tadmirable invention de Davy ', et qui voyait tomber ses frères victimes de cette exhalaison méphitique, croyait voir souiller un esprit malfaisant.
1. Locho s'appelle dans le Nord Dwei^gmale, c'est-à-dire la voix du nain Graler Bragur, t.l, 107; t. II, 89). Cliez lus anciens, réclio était la voiv d'une nymphe : la superstition était la niùine.
2. La lampe de sùrete, inventée par Humphry Dav> en octobre 1813.
un esprit qui se vengeait du téméraire qui venait lui disputer son empire, Tesprit de la montagne, maître Hammerling, qu'il nommait et dont il redoutait la colère ^
En France, une nature moins sauvage et moins sombre n'a pas été aussi favorable au développement de ces croyances que les paysages sévères de la Scandinavie, les sites romantiques de TËcosse. Cependant, dans les parties où son sol riant et découvert a disparu, où son aspect gracieux et animé a fait place à un tableau plus triste et plus austère, on a retrouvé ces mêmes superstitions plus vivaces et plus répandues : sur le gneiss et le granit de la Bretagne, sur les terrains volcaniques de l'Auvergne, au milieu des Vosges couvertes de forêts, en un mot partout où les couleurs se sont rembrunies, les fées, les nains, les esprits mystérieux ont repris leur empire. Le soir, dans les champs de l'Armorique, au milieu de ces pierres gigantesques qu'un peuple antérieur aux Celtes a semées siir la terre, comme à Carnac ou à Locmariaker, quand les nuages s'abaissent et que la brume efface peu à peu le contour des objets, l'imagination des paysans bretons peuple de korrigans et de nains le voisinage des monuments pour lesquels il a conservé un reste de vénération ; le vent souflle avec force à travers les genêts et les ajoncs, en imitant le froissement d'êtres légers qui passent rapidement; la pâle lueur de la lune, reflétée sur un corps poli, fait paraître comme une nappe blanchâtre; le peuple croit alors entendre la troupe des fées qui viennent célébrer leur fête nocturne ; il croit voir briller le vêtement blanc qui les pare *.
1. Cf. Grimm, Traditions aile nunde,^. \i\u\. Tlicil. I. I. p. 4. Los mineurs •Toyaienl qu'il m» montrait sous li forme cJ'un {.'t^'^'i^ uvic un cupuchon noir. '*D lucoiilail quf sur rAniialHTtr, dans la cavtTn • que l'on appelle le Uosenkranz, '>'p}nu' avait souffle sut' dou/.o mineurs qui tra\aill. lient et leur avait donne la "l'jrl. Aujourd'hui, comme on sait, maître Hammerling s'appelle le biearburo ^Ih^dro-ene.
1 U's feux follets ont été rej^ardes par presque tous les peuples supeiî^titieux '^innu; ;iyant une origine surnaturelle; en Kiiinee, on les prenait pour les espr ts '•''^ «'iildnls morts sans luipltMne; dans le llanosre.oii \r- nomme iuckebold : on ^'f^^'.i'unvkie: et on les piend pour un elfe qui \eul égarer les voyageuis dans
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Le berceau des fées peut être aujourd'hui regardé comme découvert; nous avons assisté au développement successif de leur existence. Nées sur le sol celte et germain, ces fées ont vécu avec les poètes du moyen âge, les troubadours et les trouvères. Viviane, Mélior, Mélusine, Morgane, Urgande la Déconnue, forment une race de souche gauloise, à laquelle sont venues se mêler les fictions de la Grèce et de Rome ; race qui s'est éteinte avec la Manto, TAlcine, la Mélisse d'Arioste, la Titania de Shakespeare, la Gloriane de Spenser, la Silvanella de Boiardo.
En devenant les jouets du caprice des poètes, les fées perdirent le caractère sérieux qui leur avait si longtemps conservé tant de fidèles. La foi vive qu'elles inspiraient disparut peu à peu. Déjà au xii* siècle, Robert Wace avait vainement cherché dans la forêt de Bréchcliant ces femmes mystérieuses. Il s'en retourna sans avoir rien vu, s'écriant avec un accent d'incrédulité :
Fol y allais, fol m'en revins, Folie ({uis, pour loi me tins.
Au moment où les traditions dont les fées avaient été l'objet allaient être enveloppées dans l'oubli des générations devenues plus sérieuses, un homme d'esprit, Charles Perrault, , recueillit quelques-unes d'entre elles ou les emprunta plutùtt à Straparole et à Giambattista Basile ' ; et c'est ainsi que son^: nés les contes bleus qui ont amusé notre enfance.
Contraste bizarre, ces divinités cachées, ces femmes pui santés et perfides dont la mère redoutait jadis tant la colè
les inarocciges. Plusieurs légendes désignenl ces feux sous le nom du feu r^^G^ ignù f'atuiis.
1. Plusieurs d(*s contes d(> Cli. Perrault sont empruntés aux Notti pincevolm <lc^ Straparole, publiées à Venise en 15)0 et traduites en françiiis de 1560 à 1570; <i«^ ee nombre est, par exemple, le Ckal Botté. Divers contes de M«np d*Aulnoy, enlr<5 antres la Prinrcasc Uelle-Èluile. sont i»gulement pris du même auteur. Kn ICiTT'-r Giambattista Basile publia a Naples, en diab^cte napolitain, le Pentameroiu': ccs^t le recueil de contes de (ces le plus complet qui existe.
pour son fils au berceau, leur histoire est devenue un moyen d'égayer nos premiers ans, de récréer notre imagination naissante. Tel est Thomme, sa raison marche et se fortifie sans cesse ; Fidée sérieuse d'aujourd'hui, demain, lui servira de hochet.