‹ Croyances et légendes du moyen âge;Chapitre 92 sur 251 · Ilnilem · texte numérisé non relu

Ilnilem

(). Ibiilem, 17, 1.

que tous les autres saints: « Franciscusfuit Christo prœ aliis conformior^ ».

Poussant encore plus loin Tassimilation, le P. Barthélémy écrivit en termes formels : « que saint François avait été /e^u^ Nazarenas rex Judœorum, par la conformité que sa vie eut avec celle de Jésus de Nazareth* ».

Un siècle plus tard, dirigé toujours par la même pensée, le P. Lefranc, gardien des cordeliers de Reims, faisait écrire sur le fronton de Téglise de son couvent :Z)eo homini et beaio Francisco utrique crucifixo^.

Avons-nous besoin maintenant de nous étendre davantage sur la preuve d*une imitation qui se trahit d'elle-même, et qui s*ofire ici avec un tel caractère d'évidence ? Ne faut-il pas actuellement reconnaître, que c'est à une semblable cause que nous devons rapporter une foule de traits communs aux légendes et à TËvangile? Mais l'imitation de Jésus-Christ ne suffisait pas à l'avide pLété des dévots, l'assimilation se continuait aussi ailleurs sur une plus petite échelle. On puisa dans l'Ancien Testament, dans l'histoire des prophètes, des apôtres

1. Ibidem^ 13, 1. On alla Jusqu'à soutenir que, par ses plaies, saint François était si semblable au Christ qu'à peine la Vierge pourrait le distinguer de son divin fils, si elle était capable d'erreur. (Raynaud, De itigmatibut sacrit etprofanti, p. 209.)

i. Enfin, cette comparaison fut poussée jusqu'au point de mettre la copie audessus du modèle, et on lit dans cet ouvrage : « Christ no s'est transfiguré qu'une fois, mais saint François s'est transfiguré vingt fois. Christ n'a changé l'eau en irin qu'une seule fois, saint François l'a changée trois fois. Christ n'a ressenti de la douleur de ses plaies que pendant peu de temps, mais saint François a ressenti les siennes pendant l'espace de deux ans entiers. Quant aux miracles de ^niérir les aveugles, de faire marcher droit les boiteux, de chasser les diables <iu corps des possédés, de ressusciter les morts, Christ n'a rien fait, en compa- Taison de ce que saint François et ses frères ont fait. Car saint François et ses frères ont éclairé plus de mille aveugles, redresse plus do mille boiteux, tant liommes que bétcs. ressuscité plus de mille morts, etc. »

8. Voyez la dissertation de Sainl-Sauveur à ce sujet (in-12, 1673). Au reste, toute cette histoire fabuleuse de saint François s'imprime encore aujourd'hui et trouve malheureusement des âmes qui en nourrissent leur crédulité. Cette aonee (1841), il est sorti d'une presse d'Avignon une nouvelle édition de la Vie de iaint François tVAtiite, instituteur de l'ordre des Frères mineurs, avec VHiitoire des Stigmates, par le P. Candide Challippe, recollet, et dans la préface, l'auteur se chance de fiire voir que lu prévention conlro le merveilleux de la vie des saints est déraisonnable et dangereuse, et que tout lo merveilleux de la vie de saint François est bien attesté'

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et de la Vierge ; on copia la vie d*un saint nouveau sur celle d'un saint déjà illustre et yénéré. La sainteté du personnage se trouvait ainsi placée sous la garantie d*un autre, dont la béatification ne soulevait plus le moindre doute ; car la béatification avait d*autant plus besoin d*être appuyée de ce secours que, dépendant d'abord de la seule décision des évêques, elle était plus sujette à être contestée*.

§ 2. — TYPES EMPRUNTÉS A l'ANŒEN TESTAMENT

Dans le Liber aureus que nous venons d'examiner, outre Tassimilation de saint François à celle du Christ, nous trouvons aussi des rapprochements avec la vie de saint Jean- Baptiste*. Nous lisons que le fondateur des ordres mendiants fut enlevé comme Élie, sur un char de feu*. Des observations du même genre peuvent être faites dans toutes les hagiologies. Partout on reconnaîtra la reproduction fréquente des traits du Pentateuque, des livres de Josué, des Juges et des Rois. On a choisi de préférence ceux qui se rapportent à la vie d'Élie et de son disciple Elisée. On sait que, parmi les^ personnages de l'Ancien Testament, ces deux prophètes sonfl particulièrement vénérés. Les chrétiens regardaient surtout 1^ premier comme une image du Sauveur, et ils pensaient mêm^ qu'il devait reparaître tout vivant à la fin du monde. L Juifs avaient une croyance analogue^.

Nous ne citerons que quelques exemples de ce nouvel or d'imitations. La multiplication d'huile racontée dans la v des deux prophètes^ reparaît dans la biographie de sai

1. Les évéques conservèrent lo droit de canonisation jusqu'au pontiC?9<*d/ d'Alexandre III. qui est le premier pape qui se le soit arrogé exclusivement, i. Liber aureus, 31, 3.

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