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Vieille de Belgique, Vô décembre

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du monde chrétien et |, réparer l'émancipation du reste. Assurément, la Réforme n'a pas abouti du premier jet à ses consé quences extrêmes et elle ne s'est pas élevée au-dessus de l'intolérance de son temps. Mais il n'en est pas moins vrai que de sa première révolte contre l'autorité de l'Eglise procède Tairranchissement moderne de l'esprit humain.

M. G. Bonet-Maury vient de publier une monographie fort complète sur la fraction du protestantisme, qui, dès le début de la Réforme, mit le plus d'audace et de logique dans sa rupture avec les traditions de l'Eglise. A vrai dire, l'auteur ne s'occupe que de l'unitarisme anglais ; mais, en retraçant les antécédents de cette secte, il est conduit à embrasser tout le mouvement des tendances antitrinitaires que le xvi^ siècle a développées dans la société chrétienne.

^r. Bonet-Maury commence par établir que l'origine de l'unitarisme ne se trouve ni parmi les hérétiques anglais, tels que les Lollards, Wiclif et Peacok, antérieurs au règne d'Henri YIII, ni parmi les fondateurs de l'Eglise anglicane, indissolublement liée au symbole d'Athanase. Serait-il venu soit des Pays-Bas avec les anabaptistes qui se réfugièrent en Angleterre à partir de 1533, soit de Suisse et d'Alsace, par suite des relations que les protestants anglais nouèrent de bonne heure aves les réformés de ces deux pays? M. Bonet montre qu'il a pris naissance en Italie, principalement sous l'influence de deux Espagnols gagnés à la Réforme : Valdez, secrétaire du vice-roi de Naples, et Michel Serveto, plus connu sous le nom de Servet. Dès 1531, ce dernier écrivait que la nature de Dieu est indivisible et que les personnes de la Trinité sont des modes différents de l'activité divine. Ces idées se propagèrent rapidement dans les conventicules qui, de 1543 à 1333, se tenaient à Padoue, à Vérone, à Vicence, à Venise même, avec la tolérance plus ou moins déguisée de la république vénitienne. Lorsque les protestants italiens durent se réfugier en Suisse, ils y portèrent les tendances antitrinitaires que Calvin tenta vainement d'étouffer à Genève sur le bûcher de Servet, tandis qu'un gentilhomme de Sienne, Fauste Socin, s'en allait organiser, en Pologne et en Transylvanie, la secte unitaire qui porte son nom.

Un certain nombre de ces Italiens ne firent que traverser la

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Suisse et, d'étape eu étape, arrivèrent en Angleterre, où les avait précédés, dès PiiS, un ancien capucin de Sienne, devenu chanoine de Canterbrry '^l assez bien en cour, Bernard Ochino. Grâce à sa protection, ils purent constituer, à côté des Wallons et des Néerlandais, une trvûsicme branche de cette Ef/Iisc des Etraufjers où M. Doncl voit, à juste titre, le l)erccau de Tunitarisme anglais. Ochino, du reste, ne tarda pas lui-même à embrasser de plus en plus ouvertement les doctrines du socinianisme et, quand il dut cpiittcr l'Angleterre, il laissa deux vaillants continuateurs de son œuvre dans Antoine Corrano, pasteur de l'Eglise espagnole à Londres, et surtout dans un membre laïque de l'Eglise italienne, Jacques Acontius. M. Bonet, dans son enthousiasme, n'hésite pas à ajipeler Ochino « la plus grande figure qui ait paru en Italie, depuis Savonarole )> et à faire d' Acontius un précurseur de Bacon.

Sans doute, on n'était pas impunément antitrinitaire à cette époque, et le silence même sur la divinité du Christ était déjà une hérésie. Ochino mourut en exil et Acontius fut chassé de son église avec ses partisans. Mais l'idée faisait son chemin et bientôt elle se répandit juscju'au sein de l'Eglise établie, favorisée par le narti « latitudinaire » (pii, déjà alors, prétendait limiter au strict nécessaire les points fondamentaux de la foi. L'autorité civile frappait par intermittence les îiudacieux qui s'attacjuaient trop ouvertement au dogme de la Trinité, comme ces trois ariens que Jacques P"" fît monter sur le bûcher en 10 il ; mais le nombre des hérétiques ne faisait ({ue croître, grâce à ces alternatives de tolérance et de persécution. A partir de 1644, on signale des conventicules qui se tiennent à Londres, sous la présidence d un certain Welchman et où on conteste la divinité du Christ. Quelques années plus tard, le révérend Jean Goodwin, qui avait ouvert une chapelle indépendante pour la prédication des doctrines arminiennes, traduisait les ouvrages d'Acontius, en les faisant précéder d'une apologie de la tolérance religieuse. Vainement le Parlement renouvela les vieilles ordonnances punissant de mort la négation de la Trinité. Un gradué d'Oxford, John Biddle, du fond de la prison où on l'avait jeté pour ses opinions hérétiques, écrivait traité sur traité pour proclamer l'unité de Dieu au nom de l'Ecriture.

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Elargi en 1{)')2, .loliii Ijiddlc se mit à tenir, chaque dimanche, des réunions où il exposait sa doctrine. Ce fut la première congrégation unitaire de la Grande-Bretagne. D'autres ne tardèrent pas à se fonder, grâce à rindifférentisme qui envahissait de plus en plus les classes olllcielles. C'était Tépoque où l'archevêque Tillotson écrivait à l'évèque Burnet « qu'il serait enchanté qu'on le débarrassât une bonne fois du symbole d'Athanase. » Parmi les unitaires de cette période on a souvent cité Milton, Locke et Newton. Toutefois, ce fut seulement en J77.'] (jue l'unitarisme devint une Eo^lise distincte sous la direction de Th. Lindsav. Actuellement, il compte environ quatre cents congrégations en Angleterre et presque le même chiflVe aux Etats-Unis. Son iniluence s'étend même bien au delà de ses adhérents oiïiciels, jusque parmi les sectes orthodoxes (|u'il contribue à libéraliser. M. Bonet-Maury définit avec beaucoup de précision la part qui revient au génie anglais dans l'acclimatation des idées sociniennes. 11 résulte, en effet, de la comparaison entre la Bibliothèque dos Frères polonais, et l'exposé des doctrines professées parles disciples de Biddle dans la seconde moitié du xvii^ siècle, que les Anglais donnèrent à la doctrine primitive de l'unitarisme une portée à la fois plus large et plus rationnelle. Ils en retranchèrent notamment les honneurs divins rendus à Jésus, le dogme du péché originel et l'éternité des peines ; enfin, ils proclamèrent, avec une énergie croissante^ que « la foi ne saurait admettre rien de contraire ou de supérieur à la raison. »

Bien que ^l. Bonet reproduise avec une impartialité absolue tous les faits et tous les documents (pii peuvent jeter quelque clarté sur l'histoire du christianisme unitaire, il nous laisse entendre, dès la préface, que son étude a indirectement pour but d'établir cette double thèse : d'abord, que les races latines n'étaient pas antipathiques au protestimtisme ; en second lieu, que, si elles avaient pu adhérer à la Réforme, elles lui auraient donné un caractère plus libéral et plus rationnel. Ne sont-ce pas, en efTet, les théologiens espagnols qui, : our la première fois, depuis la disparition des ariens, ont contesté le dogme de la Trinité? N'est-ce pas en Italie que l'unitarisme a trouvé son premier foyer?

Si on admet que le point de départ de l'unitarisme anglais se

trouve dans YEcclcsia peregrinorum de Londres, on pourrait peut-être reprocher à ^I. lionet de ne point faire une part suflisante, dans la g-enèse de l'idée antitrinitaire, aux éléments flamands et ^vallons qui formèrent le premier noyau de cette Eglise. M. Bonet cite lui-même les historiens de la Réforme en Angleterre, qui attribuent aux anabaptistes hollandais la première introduction des idées antitrinitaires. Les écrits d'Erasme, fort suspect d'hérésie sur ce point, étaient très répandus en Angleterre dans la première partie du xvi'' siècle. Enfin, dès 1551, nous trouvons un membre de l'Eglise des étrangers, le chirurgien Van Parris, brûlé vif à Smithfield pour avoir atta(|ué le baptême des enfants et le dogme de la Trinité.

Nous concéderons volontiers que l'élément flamand et germanique a tout au plus fourni un appoint à la propagande antitrinitaire des réfugiés italiens, et nous sommes tout prêts à reconnaître que l'Italie a été la source véritable du christianisme unitaire. Nous ajouterons qu'à notre avis l'auteur a exagéré la part de l'influence espagnole dans la renaissance de l'arianisme chez les Italiens. Les vues religieuses de ^'aldez avaient certes un caractère trop évangélique pour n'être pas, à bon droit, taxées d'hérésie protestante ; mais nulle part nous ne voyons qu'il ait directement attaqué la Trinité. Quant à Serve t, comme le dit l'auteur, « quoique Espagnol de naissance, son éducation est tout italienne et française. »

S'ensuit-il, toutefois, si la Réforme a pris de bonne heure en Italie une direction unitaire, qu'il faille l'attribuer à une disposition spéciale de la race latine? Nous persistons à croire que le génie italien de la Renaissance était profondément réfractaire à la Réforme, et que, s'il se fût soustrait au dogme de la Trinité, c'eût été au profit du panthéisme plutôt que d'une réaction monothéiste. Où M. Bonet lui-même cherche-t-il les causes immédiates et générales qui conduisirent à l'unitarisme la Réforme italienne : « Ce qui nous frappe en Italie au premier abord, ditil, c'est l'absence d'une grande personnalité qui, à l'instar de Luther, de Z^^ingle ou de Calvin, concentre en elle-même les aspirations de tous et leur donne une impression et une organisation commune La renaissance des lettres classiques avait

ramené l'étude des philosophes anciens, Platon et Aristote, et

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