‹ Croyances, rites, institutionsChapitre 104 sur 132 · PART DES 1L\CES LATINES DANS L'L'NITAHISME · texte numérisé non relu

PART DES 1L\CES LATINES DANS L'L'NITAHISME

aft'ranchi la pensée humaine du joug des règles scolastiques

Surtout, la lecture des écrits de Cicéron avait propagé, dans la plupart des cercles de lettrés, une certaine philosophie éclectique qui se contentait d'admettre les données de la conscience générale [consensus (jencris humani), par exemple, l'existence d'un Dieu et l'immortalité de l'âme, les devoirs de l'homme, sans approfondir les questions de métaphysique

« D'ailleurs la science du droit, qui était en si grand honneur aux universités de Bologne et de Padoue, et était comme une gloire héréditaire chez les Alciati, les Gentilis, les Sozzini, développait chez les Italiens un besoin de rectitude et une méthode de raisonnement pour ainsi dire géométrique, qui devaient mal s'accommoder des dogmes de la Trinité, des deux natures en Christ et de la satisfaction vicaire. Enfin, parmi les causes générales du mouvement antitrinitaire en Italie, il nous semble qu'on a omis jusqu'ici de signaler l'influence que le monothéisme des docteurs juifs dut exercer sur les hébraïsants qui se mirent à leur école. »

A quoi il faut peut-être ajouter également l'étude plus consciencieuse de l'histoire ecclésiastique et particulièrement de l'hérésie arienne, qui avait failli changer les destinées de l'Eglise chrétienne.

Or, ces causes sont absolument étrangères à toute considération ethnographique; elles tiennent à l'éducation bien plus qu'à la race. La vérité est que là, comme ailleurs, un certain nombre d'esprits distingués se jeta dans la Réforme par une réaction naturelle contre la décadence religieuse et morale dont la papauté était devenue l'agent le plus actif, surtout dans la société italienne. Seulement, comme les sciences, les lettres et les arts v étaient en

avance sur le reste de l'Europe, cette protestation religieuse prit naturellement une forme plus rationnelle et plus libérale.

En résumé, l'unitarisme semble le produit de deux tendances qui se sont fait jour simultanément au xvi^ siècle : l'une, qui voulait revenir au christianisme de l'Evangile ; l'autre, qui demandait le rejet des dogmes condamnés par la raison. Ces deux tendances ont longtemps vécu en bon accord ; mais le peuvent-elles encore aujourd'hui? En d'autres termes la souveraineté de la raison estelle encore conciliable avec la croyance à l'infaillibilité de l'Ecriture? M. Bonet-Maury le pense, et c'est son droit; mais il ajoute :

:2(S() AHCIlKOLOdlE 1:T IIISTOIHK lîKLKilKUSES

u l\nir (jiie la juskvsso (Tiiiio itléo soil élablie. il faut prouver (ju'elle est contornio à la raisou humaine et à la Sainte Ecriture, c'ost-à-diro à la })lus haute expression de la raison divine. » Or. cette phrase, si nous la prenons à la lettre, ne tend à rien moins qu'à exclure du chi'istianisme une iVaclion importante, non seulement de 1 unitarisme an«;lais et américain, mais encore du protestantisme libéral en France, en Allemagne, en Suisse, en Hollande et en Belgi([ue. VA cependant 1 infaillibilité des Ecritures n'a pas d'adversaire plus résolu ({ue ce Théodore Parker, dont M. Bonet lait le successeur naturel de Ghanning et un des représentants les plus autorisés de l'unitarisme contemporain. Channing luimême croyait à 1 infaillibilité de l'I^criture; mais c'était à une époque où l'exégèse biblique était encore dans l'enfance, et il a un jour prononcé ces remarquables paroles, (jue nous ne saurions trop recommander à M. Bonet : « Je suis plus sûr de tenir de Dieu ma nature rationnelle que de trouver dans un livre (juelconque l'expression de sa volonté. »

Page 1