LE CULTE DE LA RAISON ET L ÊTRE SUPRÊME
Edgar Quinet et Emile de Laveleye ont soutenu la thèse que si le catholicisme avait reconquis la France après la Révolution, c'est que celle-ci avait manqué de la logique ou de la hardiesse nécessaires pour (( couper le cable, » en adoptant une autre toi et particulièrement le protestantisme. Après la lecture de l'ouvrage que vient de publier M. Aulard% il devient dillicile de maintenir cette conclusion. Ce ne fut pas, il est vrai, le christianisme réformé auquel fît appel la Convention, mais ce fut du moins cette forme de christianisme, réduite à la morale évangélique, que Rousseau avait popularisée par ses écrits et que tendent spontanément à réaliser aujourd'hui les sectes les plus avancées du protestantisme.
L'histoire de la Révolution offre là un de ses épisodes les plus curieux et les plus importants; cependant, par une étrange lacune, la description détaillée en était encore à faire. De nombreux écrivains se sont occupés du théophilanthropisme, qui se développa sous le Directoire, mais sans étudier dans leur milieu historique les tentatives de réforme religieuse qui en furent les antécédents officiels. Plusieurs n'ont pas même distingué, sinon dans l'ordre de date, du moins dans la nature des tendances, les deux phases respectivement caractérisées par le culte de la Raison et par le culte de l'Etre suprême ; en tout cas la plupart nous les représentent également comme des acci-