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Revue de l'Histoire des Religions, t. XXVI

2. F. -A. Allaro. — Le Culte de la Raison et le Culte de l'Etre suprême. 1 vol. in-I2 de 368 pages. Paris, Alcan, 1892.

dents secondaires et superficiels du grand mouvement révolutionnaire, voire des mascarades oilîcielles, qui, malgré l'appui des autorités, ne franchirent guère les limites tle la capitale. Tout autre est la conclusion qui ressort des recherches minutieuses auxquelles s'est livré M. Aulard non seulement dans les journaux de l'époque mais encore dans les archives communales et départementales. On y voit que le mouvement s'étendit à la France entière, et qu'il y revêtit, surtout en province, un caractère sérieux et sincère.

Quand on réfléchit à la ténacité ordinaire des crovances religieuses, on serait tenté de croire que la vie des peuples, comme l'évolution des espèces, renferme des périodes où les individus sont doués dune plasticité, pour ainsi dire, sans bornes; il est vrai que les réformes ainsi brusquées risquent fort de s'évanouir avec la même promptitude. Au début de la Convention, il n'y avait encore de lutte ouverte qu'entre le clergé assermenté et le clergé réfractaire. Jusqu'à la fin de 1793, l'Assemblée elle-même ne cesse d'alïirmer son respect pour le catholicisme national : le 27 juin de cette année, quatre mois après la mort de Louis XM, elle décrète encore que le traitement des ecclésiastiques fait partie de la dette nationale. Quelques semaines plus tard, les Conventionnels en mission commencent à dépouiller et à fermer les églises, à faire fondre les cloches, à profaner les ustensiles sacrés, à interdire les manifestations publiques du culte, à renverser lés statues des saints, à supprimer les emblèmes religieux des cimetières, à exiger l'abjuration publique des prêtres. Même les prêtres constitutionels sont mis en état de suspicion légale ; il sulTisait de la dénonciation de six personnes pour qu'ils fussent déportés à la côte d'Afrique. Bientôt on voit accueillir à la barre de la Convention des députations oiïîcielles qui accourent apporter l'abjuration de leurs communes respectives, des prêtres qui viennent présenter leur épouse ou répudier leurs fonctions, Gobel, l'évêque de Paris, abdique solennellement avec onze de ses vicaires. Le calendrier est réformé dans un sens antireligieux. Enfin le 17 brumaire an II, le département et la commune de Paris décident de célébrer, trois jours plus tard, une fête de la Liberté et de la Raison, à Notre-Dame, devant la statue de la Liberté, « élevée en lieu et place de la ci-devant Sainte Vierge. »

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