LA LÉGENDE DE JONAS
William Simpson, The Jonali Legend, a suggcalion of lnlerpreta.lion. 1 vol. iii-8 de 182 pages, illustré. Grant Richards, Londres, 1899.
L'histoire de Jonas est un des récits bibliques qui ont le plus g-êné de tout temps les esprits désireux de concilier l'iicceptation littérale des Ecritures avec les exigences de la raison. Il y a une vingtaine d'années, deux savants envoyèrent leur démission à l'Académie royale des sciences de Belgique, parce qu'un de leurs collègues s'était permis, à propos des cétacés américains, de qualifier de fable l'aventure du prophète juif. En général, toutefois, les exégètes ont préféré se tirer d'affaire en présentant l'histoire de Jonas comme un récit allégorique ou encore un simple conte moral. Déjà^ au siècle dernier, l'école dite rationaliste employait ici ses procédés commodes qui nous font sourire aujourd'hui : tantôt l'aventure de la baleine était présentée comme un rêve ; tantôt on supposait que Jonas, jeté à la mer, avait été recueilli par un navire qui portait en proue l'image d'un cétacé. Quand la vogue passa aux interprétations symboliques, il se trouva des théologiens pour voir exclusivement dans Jonas le symbole de l'àme et dans la baleine celui de la tombe ou de la mort ; si bien ([ue tout le récit se ramenait à une représentation figurée de l'immortalité humaine, voire à une description anticipée de la mort et de la résurrection du Sauveur. Des évhéméristes à leur tour soutinrent que le vaisseau figurait l'Etat juif, son capitaine le grand-prêtre Zadoc, et Jonas lui-même le roi Manassé. Je ne sais si les philologues ont jamais cherché le dernier mot de cette histoire dans