Revue de Vhistoire des Religions, t. XLII
28S ArxCIIl::OLOGIK ET IIISTOIllE RELIGIEUSES
l'oubli de la sio-nilicaliou primitive du nom de Jouas, mais les mytholo«;ues n'ont pas manqué d'y voir une description naturaliste de la disparition du soleil pendant la nuit ou l'hiver. Aussitôt ([ue surgit une nouvelle méthode d'interprétation mytholoj^i(|ue, on peut être certain de trouver des écrivains de bonne volonté pour l'applicpier au livre de Jonas.
A cet éij;*ard, l'ouvrage posthume de W. Simpson vient combler une lacune. On sait (|ue depuis une dizaine d années, il s'est développé, surtout en Angleterre, une école qui, tenant par d'intimes attaches au mouvement du folklore, cherche dans les mvthes un commentaire de certains usages ou de certains rites. M. J.-G. Frazer, qui a tant contribué à populariser ce système, va juscju'à prétendre, dans son Golden Bou(/h, que les mythes doivent toujours s'explicjuer par les rites et jamais les rites par les mythes. Le cas est peut-être fré(juent — plus fréquent qu'on ne le croyait avant que les belles recherches de MM. Frazer. Ilartland, Uobertson Smith en Angleterre, G.-O. Muller en Allema<rne, Marillier et Gaidoz en France, eussent attiré l'attention sur ce point de vue. — Mais il est à craindre que la nouvelle méthode, comme ses devancières, ne se discrédite par l'exagération systématique de ses prétentions. Si le mythe, comme le dit Frazer, est l'enfant du rite, on peut se demander quel est le père du rite. Il n'existe pas d'usage qui ne repose sur une idée, vraie ou fausse, et c'est à retrouver cette idée que doit surtout s'appli- ([uer le mythologue aussi bien que le folkloriste.
Quoi (juil en soit, \\'illiam Simpson, dans l'ouvrage publié f[uelque temps après sa mort, a appliqué les vues de M. Frazer à l'histoire de Jonas cpi'il tient pour une explication légendaire de quelque cérémonie ligurant dans un rituel d'initiation prophétique chez les Juifs. Pour le démontrer, il établit, à l'aide de nombreux faits, attentivement recueillis tant dans l'histoire des anciennes religions (|ue parmi les croyances et les usages des non civilisés dans toutes les parties du monde, (|ue les cérémonies religieuses, et, en pai'ticulier, les initiations, comprennent fré- ([uemment de véritables drames, où l'initié tient le rôle du héros principal; — que ces drames symbolisent fré({uenniient une /'(/fjéncration, c'est-à-dire que le personnage principal meurt pour renaître, ce qui est figuré notamment par sa descente aux enfers