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LA LÉGENDE DE JOXAS

et son retour sur terre ou son ascension au ciel; — enfin que le drame ainsi mis en action finit par être accepté comme un événement historique, c'est-à-dire s'étant réellement accompli dans le passé. En ces termes généraux, la démonstration est inattaquable; mais la question est de savoir si elle s'applique à l'histoire de Jonas.

L'auteur fait observer cjue des cérémonies d'initiation, impliquant mort et résurrection, ont vraisemblablement existé chez les prophètes juifs, témoin la tradition relative à l'ascension d'Enoch, dont le nom signifierait a l'initié » et qui, sous plus d'un rapport, rappelle le héros civilisateur (cuUure-god) des Chaldéens, le dieu-poisson Oannès. D'après une légende musulmane, Edris ou Enoch aurait visité l'enfer avant de monter au ciel. Il y a aussi l'ascension d'Elie, qui semble un doublet de celle d Enoch. Parmi les miracles d'Elie ligure la résurrection du lils de la veuve, que le prophète accomplit en se couchant trois fois sur le cadavre et en invoquant l'Eternel. Suivant une tradition juive, l'apportée par l'auteur musulman Mirkhond, l'enfant ainsi ressuscité n'était autre que Jûnas ou Jonas, « le compagnon du poisson. » — Le baptême par immersion, dont l'institution est attribuée à Jean le Précurseur, mais dont l'origine est probablement beaucoup plus ancienne, a toujours été une cérémonie d'initiation; or il a généralement symbolisé une idée de mort et de résurrection spirituelle. L'apôtre Paul le met même en rapport avec la mort et la résurrection du Christ : (( Ayant été ensevelis avec lui par le baptême, vous êtes aussi ressuscites en lui et avec lui » [Col. 11, 12). Il est à remarquer que dans les Evangiles, l'aventure de Jonas est également représentée comme une figuration anticipée de la mort et de la résurrection du Christ. L'immersion du prophète serait-elle une interprétation légendaire du Baptême, où la baleine jouerait le rôle de fonts? L'auteur cite un ] assage de M. Didron qui, dans son Iconof/raphie chrétienne, signale la fréquence du poisson parmi les basreliefs des fonts baptismaux et il invoque aussi l'iconographie des catacombes où Jonas, avalé par un monstre marin, est une figure courante de la mort; la même image reparaissant, au moyen âge, pour représenter la bouche de l'enfer. Il ne né^i-lige pas non plus de faire observer cpie, dans la prière même formulée

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par Jonas dans le ventre de la baleine, celui-ci est appelé « le sein du Shéol : » le prophète y parle aussi des « montagnes entassées sur sa tête, » image qui s'applicpie bien plus au Shéol qu'à l'estomac d'un poisson.

Passant de la Judée à l'Inde, M. Simpson rappelle que chez les brahmanes, lorsque le jeune néophyte recevait l'investiture du cordon sacré, on le faisait asseoir sur une peau d'antilope (plus tard l'usage s'introduisit de l'envelopper dans cette peau); de la sorte, il était censé repasser à l'état d'embryon et, après la cérémonie du sacrifice, il sortait de cette matrice symbolique né à une seconde vie [dvi-ja). Ne peut-on supposer, parmi les prophètes, une cérémonie analogue, où le néophyte s'asseyait sur une peau de poisson pendant trois jours ou bien s'enveloppait d'un manteau en peaux de poisson? — Les monuments assyriens permettent d'établir que le poisson tenait une place importante dans le symbolisme des Sémites. Non seulement on y parle de dieux amphibies comme Cannes et [)eut-ètre Ea, — mais encore on y représente des sacriticateurs revêtus d'une peau de poisson.

Tout ceci est très vrai; mais est-ce bien probant? L'étude de M. Simpson est une riche et consciencieuse collection de faits se rapportant aux rites d initiation chez les peuples les plus divers. En tant (pi'elle prétend nous expliquer les origines de la légende de Jonas, elle n'est qu'une ingénieuse hypothèse, a suggestion of interprétation^ comme dit l'auteur lui-même. La méthode comparative, dont il se réclame, a rendu de grands services à la science des religions, en ouvrant à la critique des horizons plus larges, ensuite en permettant d'établir les lois générales de l'évolution religieuse. Mais la plume si prudente et si pondérée du regretté archéologue a évidemment dépassé sa pensée, quand il écrit que tous les autres procédés d'investigation sont « des spéculations oisives ou vagues. » Les déductions H tirer du rapprochement entre des faits recueillis dans des milieux séparés par le temps ou l'espace ont rarement le degré de certitude que peuvent atteindre les méthodes de l'histoire proprement dite, là où celles-ci sont applicables, et, de toute façon, le procédé comparatif ne peut suppléer au silence des textes et des monuments locaux pour fournir une explication dont le

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besoin ne se ferait j)as sentir, si on consentait à traiter, comme les légendes des autres peuples, les traditions populaires si heureusement utilisées par les auteurs de la Bible pour envelopper leurs enseig-nements religieux et moraux. Voici plus de vingtcinq ans (|u'un exégète de haut mérite, le doyen Stanley, disait aux funérailles solennelles d'un grand savant, Sir Charles Lyell : « Il V a eu et il v a encore deux modes de conciliation qui ont absolument et justement échoué. L'un s'eiForce de détourner de leur vrai sens les mots de la Bible pour les forcer à parler le lansragfe de la science, l'autre tente de falsifier la science afin de satisfaire aux exigences prétendues de la Bible. »

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