Revue de V Histoire des Relifjions, t. LUI. lyU(i
2. J.-A. Dri.vrisE, Des -livinités génératrices chez les Anciens et tes Moderne:^, avec chapitre complémentaire par A. van Gennep, iii-li*. Paris. Mercure de France, 1905.
0. Voir >ur cette édition de IS80, /?eriie, t. XI. p. i!-ù et 5uiv.
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Iiistorique qu'aux cultes olïiciels des temps classi(|ues; ensuite parce que l'auteur s'y place à côté de Fontenelle et du président de Brosses, parmi les précurseurs de la méthode anthropologique ou tolk-loriste si généralement utilisée aujourd'hui. « La comparaison des usages, des cultes, des idiomes, des costumes mêmes, écrit-il (p. l])\ celle des moyens de transmettre le langage ou de l'écrire : celle des cérémonies superstitieuses observées lors des naissances, des mariages et des morts ; des prati(|ues propres à détourner les accidents fâcheux, les calamités, les maladies, à amener l'abondance et la prospérité, à implorer la divinité et à se la rendre favorable ; ces comparaisons, dis-je, peuvent procurer sur l'origine des différents })euples des connaissances plus certaines que celles qu'on peut retirer de la plupart de nos traditions historiques. » Ces comparaisons, toutefois, ne valent qu'à condition d'être soustraites à tout esprit de système dans le groupement et l'interprétation des faits. Or Dulaure pèche ici par deux gros défauts : il étend outre mesure la sphère du phallisme et il prétend rattacher à un fait astronomique toutes ces manifestations spéciales de la religiosité populaire. Sous ce rapport il appartient à l'école de Dupuis, qu'il n'est plus nécessaire de réfuter aujourd'hui.
Il part du fait qu'il y a 4. 500 ans, la précession des équinoxes fit entrer le soleil, à l'équinoxe du printemps, dans la constellation du Taureau. Ce signe du zodiaque devint ainsi le symbole de la force génératrice de l'astre et fut vénéré comme tel. Ensuite, on représenta la constellation par un taureau vivant qui fut adoré comme elle. En troisième lieu, la vénération se concentra sur le phallus du taureau. De là dériva l'habitude de fabriquer et de vénérer les représentations du phallus en elles-mêmes. Ces fétiches furent ajustés à des bornes, à des arbres, finalement à des idoles de forme humaine (Hermès, Priapes, etc.). On eut ainsi de véritables divinités anthropomorphiques à caractère phallitjue et le phallus fut mis principalement en rapport avec la force génératrice de 1 homme. Les excès du culte qu'on lui rendait n'étaient qu'un moyen d'outrer la dévotion.
C'est là, comme on dit vulgairement, chercher midi à quatorze heures. L'homme primitif a personnitié et vénéré le phallus, parce qu'il adore toutes les sources de force dont il croit distinguer rintervention dans sa destinée et parce qu'il se les repré-
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sonte par des imagos tirées de sa propre personne ou plutôt de ses propres expériences. Il a naturellement mis en évidence les phallus attribués aux divinités (pii exer(,'aient surtout une fonction génératrice ; il a même pourvu d'appendices phalli(jues les cippes et les poteaux qui lui servaient de fétiches, comme, dans d'autres cas, il les a surmontés d'une tête humaine, ou agrémentés de bras et de jambes ; toutes ces opérations se poursuivent, du reste, simultanément dans les transitions habituelles du fétichisme à l'idolâtrie. Enfin il a inventé et accentué les rites phalliques, soit pour plaire aux divinités génératrices et se nqiprocher d'elles, soit par application de la magie imitative, afin d'accroître la fécondité de la nature, ou d'augmenter ses propres facultés procréatrices. Ce n'est pas seulement l'action printanière du soleil qui a été assimilée à l'acte de la génération, mais encore la production du feu dans l'ignitérébrateur, la chute des pluies, le retour du soleil, etc. Le taureau, tenu pour l'animal générateur par excellence, a dû être vénéré comme tel en cîiair et en os, avant de devenir la représentation terrestre d'une constellation et quand Lucien, qu'invoque Dulaure, renverse cet ordre de succession, c'est le cas de dire qu'il met la charrue avant le bœuf. — Quant aux arguments philologiques de Dulaure, ils datent de son époque ; c'est dire qu'ils ne supportent pas l'examen.
Ceci n'empêche que l'ouvrage ne renferme certaines observations très judicieuses. L'auteur distingue nettement entre les phallus-divinités, les phallus-amulettes et les phallus employés comme ex-volo ; ces derniers, en effet, n'attestent pas forcément un culte phallique (p. 310). — Il émet sur les rapports des mythes et des rites quelques réflexions qui doivent le placer en bonne posture près des écoles récentes d'interprétation mythologique : (( Les fables mythologiques, écrit-il, ne sont pas toutes des allégories, comme on le pense. Elles ne furent composées que longtemps après la naissance de l'idolâtrie, c'est-à-dire dans un temps où le motif originel des différents cultes était effacé de la mémoire des hommes. La forme des idoles des dieux, les emblèmes et les attributs qui les accompagnaient servirent de texte à ces récits fabuleux » fp. 28). — Enfin il insiste sur ce principe élémentaire, absolument méconnu à son époque et encore trop souvent ignoré de la nôtre : « Il faudrait avoir vécu