LES DIVINITÉS GÉNÉRATRICES ET LE PIIALLISME
dans les lieux et dans les temps où les institutions ont pris naissance, pour pouvoir sainement les juger » (p. 164).
Un des chapitres les plus intéressants est celui où sont relevés les symboles et les pratiques de portée phallique qui ont persisté dans le folk-lore, et même le culte de nos campagnes. Par contre, je ne vois pas l'utilité des cinquante pages consacrées à la description d'usages « indécents » qui n'ont aucun rapport avec le culte phallique. Si, comme il rafTirme, l'auteur a simplement voulu par là dissiper les derniers doutes de ceux qui se refusent à admettre l'admission d'usages et de croyances phalliques dans le christianisme du moyen âge, il n'a fait qu'enfoncer une porte ouverte. Il y a là un ensemble de survivances dont on ne peut endosser la responsabilité au christianisme. Chose curieuse, Dulaure parle de ces superstitions au passé, comme si elles avaient complètement disparu. Cependant, encore un siècle plus tard, on n'a pas à chercher beaucoup pour en rencontrer des traces dans certaines localités reculées de la France, de la Belgique, sans doute de l'Italie et de l'Espagne. Il suffît de s'adresser aux recueils de Folk-lore. A quelque quatre lieux delà localité où j'écris ces lignes, dans le Brabant wallon, l'archéologue Schayes signalait en 1837 l'existence d'une chapelle qui porte encore le nom significatif de Saint-Picrre-à-Broquettes, où les femmes stériles s'en allaient racler une « sainte Broquette, » pour en avaler la poussière dans un verre d'eau. Il a suffi naturellement de signaler et de commenter cet usage — jusque-là aussi inolTensif que le culte du lingam chez les Hindous — pour que l'autorité ecclésiastique fît sagement disparaître l'objet de scandale. Cependant la chapelle resta un lieu de pèlerinage pour les femmes en désir de progéniture et j'ai constaté, il y a quelques années, quelles venaient encore jeter à travers la grille qui protégeait la statue du saint, des brochettes de bois, naïves survivances des anciens ex-voto phalliques.
Les éditeurs des Divinités Génératrices ont compris qu'ils ne pouvaient guère réimprimer ce traité séculaire sans y ajouter, à défaut de l'introduction, un chapitre complémentaire cpii rajeunirait l'édition. Ils ne pouvaient mieux s'adresser qu'à M. Van Gennep. Malheureusement notre distingué collaborateur, — soit que l'espace lui ait été trop parcimonieusement mesuré, — soit
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qu'il ait ivcuK' tlevant la làcho délicate de rofairo le volume, sous prétexte de le mettre au courant de la science — ne nous a pas donné l'étude crili(|ue de 1 (vnivre de Dulaure qu'il eût été si bien à même d écrire. Il s'est borné à c|uel(jues courtes observations, parfaitement fondées du reste, sur les usaj^es phallicpies des Australiens et des indigènes de l'Amérique, en vue de montrer que Dulaure a fait une part insuirisante au principe de concordance, c'est-à-dire à l'intervention de la maorie imitative, et aussi en vue d'établir que l'étude du folk-lore o^ermanique, celtique et slave pourrait otl'rir à l'archéologie classique le concours donné à l'interprétation des anciens cultes du Mexique et de l'Amérique centrale par l'observation des rites encore pratiqués aujourd'hui parmi les pucblos de l' Arizona, du Colorado et du Nouveau Mexicjue. Je regrette notamment qu'il ait passé sous silence les curieux renseignements, récemment i)ubliés par M. Michel Revon, sur le rôle joué par les conceptions phalliques dans la mythologie et le culte de l'ancien Shinto.
Parlant incidemment des phallus trouvés dans les tombes, M. Van Gennep fait observer qu'ils ne jouent pas toujours le rôle d'un objet de culte ou même d'une incitation à la génération; ils peuvent avoir un but utilitaire, comme les autres instruments mis à la disposition des défunts et des défuntes. Je hasarderai cependant l'hypothèse que, même alors, ils ont pu symboliser — à l'instar de la croix ansée dans le sv^mbolisme d'ori^rine ég-vptienne, — l'instrument mystique destiné à renouveler la vie du défunt, du moins chez les peuples pour qui la mort est une régénération. Quand Isis eut réussi à rassembler les membres épars de son époux, le phallus manquait. Aussi Osiris dut-il se résigner à ne plus régner que chez les morts. — Peut-être l'interprétation devra-t-elle varier, suivant que l'occupant de la tombe sera du sexe masculin ou féminin.