Idem, Ibid., p
3. On rapporte que les poutres de cette construction ont été traînées des montagnes voisines et mises en place ù l'aide de vingt-neuf énormes cordes, faites de cheveux volontairement olTerts par les femmes de la secte ; ces cordes ou plutôt ces tresses, sont conservées dans le temple, dont l'inauguration s'est faite en 4895.
l'Adi Bouddha ou Bouddha éternel a fait rentrer dans la catéf^orie des religions théistes ou plutôt panthéistes. Sous la forme, très répandue au Japon, de la dévotion à Amida Bouddha — le Bouddha de la Lumière infinie — il en est même venu à constituer une religion de haute moralité et de charité active, qui, suivant M. Carpenter, correspondrait au mouvement évangélique parmi les églises protestantes.
Il faut se rappeler aussi (jue le bouddhisme, avec son étonnante facilité d'assimilation, a trouvé depuis longtemps le moyen de concilier sa théorie des réincarnations, régies par la loi du Karma, avec le culte des ancêtres, qui, sous l'influence chinoise, a jeté au Japon de si profondes racines.
Actuellement encore, malgré les tentatives pour ressusciter, après un sommeil de dix siècles, les vieux rites funéraires du shinto, on prétend que dans la majorité des familles, les funérailles sont conduites d'après un rituel bouddhiste, alors môme que les nouveau-nés sont ofïîciellement présentés au temple shintoïste ^ Le bouddhisme reste la religion de l'au-delà.
Quand on étudie la situation religieuse du Japon, on doit encore tenir compte d'un autre élément : la propagande chrétienne, qu'elle s'exerce par la hiérarchie de l'Eglise catholique qui a pris pied dans l'Empire dès le xv^ siècle et qui y a survécu à de nombreuses persécutions, ou par la concurrence des diverses dénominations protestantes qui se sont successivement introduites dans le pays depuis 1868 et qui y ont constitué une sorte de trust, sous le titre de « Eglise unie du Christ au Japon. » Il est hors de doute que cette propagande a dû être servie par la prédilection croissante des Japonais pour ce qui est de provenance européenne. Mais, si le jeune Japon continue à s'assimiler avec une étonnante ardeur nos méthodes, nos sciences et même notre littérature, il ne paraît plus aussi disposé à nous imiter quand il s'agit du domaine religieux et moral. D'ailleurs les idées les plus avancées de la philosophie contemporaine, en particulier la doctrine de l'évolution, ont pénétré, à un point qu'il est dilïîcile
1. Cette présentation a lieu le vingt et unième jour api-ès la naissance; à cette occasion, l'enfant reçoit une amulette qu'il portera toute sa vie; elle correspond, pour la mère, aux relevailles des cultes occidentaux (Yoshioka, dans Universal Religion. Chicago, 1897, p. d51).
de s'imajT^incr, dans la culture des classes éclairées et même dans rcnseii^nement des écoles. Cependant le shinto, précisément parce qu'il ne s'occupe ni de métaphysique ni même de morale, se trouve beaucoup moins que le christianisme ou le bouddhisme en opposition avec cette tendance philosophique, qui, sans être absolument irréligieuse, tend à briser les cadres des anciennes traditions sur les rapports de Fhomme avec l'univers.
Sans doute la cosmolo":ie et la mvtholosfie du shinto, s'il fallait les accepter à la lettre, ne tiendraient pas une seconde contre les assauts de la critique. Mais chacun y prend ce qu'il veut, et les Japonais s'en tirent depuis longtemps, en allégorisant leurs antiques légendes. Dans ces conditions, le shinto peut survivre long-temjis encore, et comme culte populaire, et comme cérémonial ollicicl. Finira-t-il par se combiner, encore une fois, avec d'autres éléments de culture religieuse, pour constituer au Japon une religion autonome d'un type nouveau? Je n'oserais l'ailirmer. Mais d'étranges surprises peuvent nous être réservées dans le creuset où s'élabore, en face de la civilisation occidentale, la future civilisation de l'Extrême-Orient.
Il y ajuste cent ans — le 23 décembre 1805 — naissait à Sharon, clans l'Etat de Yermont, un enfant qui reçut de ses parents, honnêtes cultivateurs américains, le nom de Joseph Smith. D'une imagination exaltée, il se mit, dès l'âge de quinze ans, à fréquenter les réunions des différentes sectes. « Mais, écrivit-il plus tard, si âpres étaient leurs contestations qu'il était impossible à quelqu'un d'aussi jeune que moi d'en arriver à quelque conclusion précise et de distinguer le vrai du faux Au milieu de cette
guerre de mots et de ce désordre d'idées, je me disais souvent à moi-même : que faut-il faire ? De quel côté est la vérité ? »
Un jour que, réfugié dans un bois, il suppliait Dieu de lui faire savoir par un signe où il trouverait la vraie doctrine, il vit apparaître deux personnages à peu près semblables, entourés d'une gloire qui éclipsait l'éclat du soleil. C'étaient, sans doute. Dieu le Père et Dieu le Fils. Ils lui dirent que la véritable religion n'existait plus nulle part, mais qu'elle lui serait ultérieurement révélée. Quelque temps après, dans la soirée du 21 septembre 1823, un messager céleste vint lui annoncer que l'heure était arrivée de préparer la seconde venue du Messie et qu'il serait, lui, Joseph Smith, l'instrument de cette œuvre parmi les populations anglo-saxonnes du nouveau et même du vieux monde. L'ange ajouta qu'il s'appelait Moroni; il dit avoir A'écu en Amérique, il y a un certain nombre de siècles, et y avoir été le dernier descendant d'une longue lignée de prophètes. Son père, qui portait le nom de Mormon, prévoyant la fin de sa race, avait écrit