‹ Croyances, rites, institutionsChapitre 13 sur 132 · ROUES MAGIQUES ET CIRCUMAMIJULATIONS · texte numérisé non relu

ROUES MAGIQUES ET CIRCUMAMIJULATIONS

Cependant les bénéfices de Uopérateur sont plus considérables ou plus certains, s'il répète en même temps une des niantras ou formules, soit renfei'mées dans l'intérieur, soit reproduites sur les parois du cylindre.

Je vous ai beaucoup parlé jusqu'ici de mérites ou de bénéfices spirituels à propos de ces opérations. Il est temj)s de définir ce qu'il faut entendre par là dans le bouddhisme. La religion du Bouddha est fondée sur l'hypothèse des renaissances individuelles, déterminées par la conduite. Le monde renferme toute une échelle d'êtres (jui vont des démons aux dieux en passant par les animaux, les hommes et d'autres créatures intermédiaires. A tous les degrés de Uéchelle, parmi les dieux aussi bien que parmi les hommes^ les animaux et les démons, chaque être, suivant qu'il s'est perfectionné ou détérioré au cours d'une existence, renaîtra dans une condition supérieure ou inférieure^ juscju'au jour où, s'étant élevé par ses mérites au degré suprême de la perfection, il entre pour toujours dans le nirvana, à l'exemple du Bouddha. Le nirvana est un état considéré par les uns comme l'anéantissement de la personnalité, par d'autres comme l'absorption dans le Grand Tout, par d'autres encore comme la possession d'une béatitude absolue.

Quant aux mérites qui assurent à l'homme une destinée meilleure et lui permettent de racheter ses défaillances, ils sont de deux espèces, comme dans la plupart des grandes religions historiques. Il y a, d'une part, la moralité, la sobriété, la justice, l'amour du prochain, le perfectionnement de soi-même, les bonnes œuvres dans le sens le plus large du terme, — d'autre part, la récitation de formules stéréotypées et l'accomplissement de formalités religieuses plus ou moins mécaniquement exécutées.

C'est dans cette seconde catégorie que rentrent la récitation des niantras et l'emploi des moulins à prières.

Ceux-ci sont-ils, comme le bouddhisme lui-même, originaires de l'Inde?

On voit sur une monnaie indo-scythe d'IIoerkes ou Tlùvichka, qui remonte au premier siècle de notre ère, l'image en buste du

souvoraiii (|ui [wni à la main un ohjt'l en l'ornio de fuseau, où le i»énéral Gunnini'hani a cru, non sans de bonnes raisons, reconnaître rimage d'un moulin à prières*.

D'autre part, à en juger par des sculptures qui remontent ;iux premiers tem])s de l'ait bouddhicpie, leur forme primitive semble

avoir été celle d'une roue. L;i Roue [CJiakrn) a été de tout temps un des symboles favoris du bouddhisme. Frécjuemment mise à la place d'honneur, exposée parfois sur des autels à l'adoration des lîdèles, elle figure au centre des symboles cpii ornent les pieds du Fiji. -. Bouddha (iig. 3), et, d'après la tradition, tout

Monnaie irilùvichka. enfant qui naît avec ce signe sous la plante

des pieds est prédestiné à devenir soit un Bouddha, soit un Chakravartin, autrement dit empereur universel.

Dans des sculptures trouvées parmi les ruines du monastère de Nuttù, on trouve une roue placée sur la tête d'un ascète qui semble la faire tourner à la main-. De même à Sanchi, on voit représentée une roue que deux fidèles, l'un à droite, l'autre à gauche, touchent de la main comme pour la mettre en mouvement '.

Du reste, aujourd'hui encore, chez les bouddhistes du Japon, on observe, outre les moulins dont j'ai parlé, des roues à prières qui jouent le même rôle. Miss Gordon Cummings nous les décrit comme des roues à trois rais, enchâssées dans les piliers des temples en bois. Les fidèles les font tourner à la main, quand ils entrent dans le sanctuaire. A chaque rayon est passé un anneau en métal qui, glissant le long de la barre, produit un son argentine

Ce n'est là d'ailleurs que la mise en action de l'aphorisme boud-

1. D"autresoiiL\ II, dans cet objet, un poi^niard, nn sceptre, une massue, un ai j:u il Ion à éléphants. A en juger par la gravure, l'interprélation de Cunningliam est celle qui répond le mieux à la l'orme de rinstrument (Comp. Pi-ncv Gaiu>m:u, Cnlulogne of Coins in Ihe Brilisli Muséum. Greelc and Scylhic A'/nr/.s. Londres, 1880, pi. XX\'1I, u° IG). La légende, eu caractères grecs, donne siu)i)lcment le nom et le titre du roi.

2. Coi.E, Grœco-budàJiislSculpiuî-esof Yusufzni, dans la publication Préservation of A'ationnl Monvnienls of Indir., pi. XXI.

Page 1