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ROUES MAGIQUES ET CIHCUMAMBULATIONS

dhi(|iie : « Tourner la Roue de la loi. » — Le Bouddha lui le premier f[ui mit en mouvement cette roue, dans ses prédications de Bénarès, et les Suttras ou écrits sacrés des bouddhistes ajoutent ({ue '< personne ne peut plus la forcer à revenir sur ellemême, qu'il soit ascète [samanft), ou [)rêtre [bmlunan j^ ou dieu. Brahma ou Mara, n'importe (pu dans l'univers'. » Par (( lloue de la loi » les bouddhistes entendent simplement la doctrine préchée par leur Maître ou peut-être le cycle des causes et des effets sur lecjuel repose toute sa métaphysique. Faire tourner la Roue delà loi. c'est donc enseigner la doctrine du Bouddha, les vérités qui constituent le bouddhisme. — Dès lors on peut se demander si, en fait, les roues à prières et les cylindres qui en dérivent ne sont pas tout simplement la réalisation rituélique, la matérialisation inconsciente d'une métaphore trop prise à la lettre.

Mais il est à remarquer que l'emploi de la roue comme instrument de culte est antérieur au bouddhisme. M. W. Simpson croit même avoir découvert, dans des textes brahmaniques antérieurs au Bouddha, les traces d'un vrai moulin à prières ou, pour être plus exact, d'une roue à conjurations.

Le Satapatha-Bràhmana, un rituel brahmanique annexé au Yajûr-Veda, décrit comment un brahmane, pour conquérir le monde supérieur, doit s'asseoir sur une roue de chariot qui est maintenue par un pieu fiché en terre et chanter alors trois fois un hvmne tiré du Sama-^'eda, en l'honneur du dieu solaire Savitri. D'après le vieux commentateur Sàyana, pendant que le brahmane chante, on doit faire exécuter trois tours à la roue. Suivant d'autres, le brahmane se tient à coté de la roue et se borne à la faire tourner lui-même avec les

Fi{?. 3. — Roue sup les pieds (lu Rouddha. (Rus-reliefs dAmaravati.)

1, Tome XI des Sacred Boohs of Ihe East, p. 153-154.

bras', u On no peut ^uère douter. » ajoute M. Simpson, u f|ue cette roue de chariot et le moulin à prières n'aient la même origine et ne descendent d'un même type primitif; la divergence peut suflîsamment s'expliquer par les diiTérences de temps et de milieu*. »

A ous voyez que pour les brahmanes, comme les bouddhistes, il s'agissait, en somme, de gagner le paradis, en combinant un mouvement circulaire avec la récitation de certaines formules. Ce n'est donc pas une superstition engendrée par une métaphore mal comprise ; c'est au contraire, un rite magicpie (jue le bouddhisme, lidèle à sa constante tactique, a essayé de rationaliser, en lui donnant une acception symbolique, mais qu'il n'a pas réussi à détourner de sa portée et de son aj)plication primitives.

Pour en saisir la signification réelle, il faut le rapprocher de l'autre rite auquel j'ai fait allusion dans le début de cette conférence : lacircumambulation, c'est-à-dire la coutume de tourner en rond autour des monuments, des objets et même des individus qu'on tient pour investis d'un pouvoir surhumain ou bien auxquels on veut assurer une protection surnaturelle.

Les bouddhistes pratiquent cet usage à l'intérieur de leurs pagodes, ainsi qu'autour de leurs monuments funéraires et de leurs murs à inscriptions sacrées, enfin autour des personnes et des lieux qu'ils veulent protéger contre les influences mauvaises ou simplement honorer d'une façon spéciale. C est évidemment un de leurs plus anciens rites. Le Livre de la Grande Morf, traduit par M. Rhys Davids, rapporte qu'aux funérailles du Bouddha, le bûcher où reposait le corps s'enflamma spontanément, quand le cortège de ses cinq cents disciples favoris en eut fait trois fois le tour^.

Ici encore on peut établir que les bouddhistes ont hérité des brahmanes.

En effet, la circumambulation est prescrite à plusieurs reprises dans les Instituts de Manou, qui sont antérieurs au bouddhisme.

J'ai connu ici des étudiants appartenant à des familles riches, et

1. Satapatha-Brâhmana (V, 2) dans le tome XLI des Sacrée? Books oflhe East, p. 22-23.

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