‹ Croyances, rites, institutionsChapitre 20 sur 132 · De Senectute, XXI · texte numérisé non relu

De Senectute, XXI

4. Max Miller, op. cil., p. 2-2o cl suiv. de la traduclion française.

18 AHCIIl^OLOC.li: 1:T HISTOIHK HKLIGIErSKS

la nature seml»lc a»;'oiiiser, il se tloniande avec ang-oisse si la lumière et la chaleur ne vont pas disparaître pour toujours.

Le soleil serait-il menacé crimpuissance? Dans ce cas, il faut augmenter ses forces. l)élaisse-t-il le monde par inclillerence ou mauvais vouloir? Alors il faut le concilier par des présents ou le contraindre par des sortilèges. Or, parmi ces sortilèges, un des plus eiïicaces consistera à imiter les mouvements (pi'on attend ou qu'on espère de l'astre.

Partout en ellet nous voyons les peui)les non civilisés s'imaginer qu'en préfigurant un fait, on en assure la réalisation. Avant de partir pour la guerre ou la chasse, les l*eau\-Houges se livrent à des danses où ils simident, suivant le cas, Ui délaite de l'ennemi et la capture du gibier". Chez un grand nombre de peuples, pour faire j)leuvoir, on répand de l'eau sur des pierres sacrées, ou imite avec le tambour le bruit du tonnerre, on innnerge des fétiches, ou même, comme chez les Hoschimans du Gap, on promène à travers les cham[)s ini animal amphibie, l'hippopotame . — Telle est évidemment lidée première (jui se trouve à l'origine des cérémonies pompeuses et dramatiques par les- (|uelles toutes les grandes mythologies célèbrent la mort et la résurrection du soleil. — 11 est vrai (jue les rites d'imitation iinissent par devenir du pur symbolisme. Mais partout ils ont commencé par être des véritables incantations.

Les Indo-Européens n'ont pas fait exception. Nous savons, grâce aux études des indianistes, tels (pie Ijcrgaigne, comment les Aryas de ITnde s'imaginaient soutenir et développer les forces des êtres surhumains (}ui luttent pour le triomphe de la lumière et de la fécondité dans le monde. Ce résultat était atteint non seulement par les olïVandes de boisson et de nourriture ([ue le feu transmettait à leurs destinataires, mais encore par l'imitation — on serait tenté de dire la siujcfcstion — des actes cpi'on attendait des dieux-. Ainsi l'allumage du feu sacré, suivant certains rites, accroissait le pouvoir lumineux du soleil^ et les liba-

1. Bancroft rnpporlc ciuc clioz les Maiidans on exécute cette danse chaque fois que les bisons ont disparu du pays, et que pendant ce temps les vieillards chantent des hymnes au Manitou pourquil ramènele gibier (A. Rkvii.le, /?e//f/ton des peuples non civilises. Paris, 1883. t. !"% p. 208'.

2. Beiuiaiom:, la Relie/ion védique. Paris, 1878, t. l", scct. IV.

HOUKS MAdIOCKS KT CinCîM AMHILA TIONS lî)

lions dv. soni<i sur rautcl provofjuait'iit lii chute (l(;s [)Iuies teitilisaiites. — De même rimitatioii des mouvements ({u'on espérait du soleil ne devait-elle pas en assurer la production constante ou périodique?

Certes, au premier abord, rien ne semble plus contradictoire que la maj^ie et l'idée de loi — dune part la prétentir)n d'influencer par une représentation symbolicjue le cours régulier de la nature, d'autre part la croyance à un enchaînement régulier et fatal des phénomènes. — Cependant les deux notions ont leur source dans l'observation des mouvements célestes, ou plutôt c'est la même conception d'un ordre nécessaire, envisagée sous une double face, l'une magique, l'autre scientifique.

Ce qui achève d'établir (|ue telle est bien l'origine des rites giratoires, c est le sens attaché à tout le symbolisme de la roue chez les peuples indo-eurojéens.

La Roue, comme, plus anciennement, le Dis(|ue, est une des images les plus fré([ueniment employées pour représenter le soleil. Elle oflre en eifet le douille avantage d'avoir une forme circulaire et d'éveiller l'idée de translation à travers l'espace.

Le Rig-Veda invo([ue le dieu ({ui dirige « parmi le nuage raboteux la roue d'or du Soleil'. » Un autre passage — où la Roue nous apparaît déjà comme le symbole de l'ordre cosmi([ue — parle de la Roue au triple moyeu, ({uc rien n'arrête, sur laquelle reposent tous les êtres-. » — C'est bien la même Roue (|ue nous avons vu devenir, dans les textes bouddhi([ues, le Dharm<i cliakra, la Roue de la Loi « faite de mille rais, lançant mille rayons, ([ui, une fois mise en ])ranle, ne peut être arrêtée par personne, homme, [)rêtre ou dieu. » (A oy. (ig. G.)

Nous trouvons ici la tendance du bouddhisme à rationaliser le symbolisme antérieur. Le Bouddha fit plus encore dans cette voie. Selon le Divàyadàna, il enjoignit à son disciple Ananda de

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