Migration des Symboles^ chap. iv
LES ROUES LITURGIQUES DL L'ANCIENNE EGYPTE 35
tiennent chacun en main rextrémité d'une bandelette qui descend du disque (fi*^. 13).
M. Edw. B. Tylor, qui a consacré à ce bas-relief une étude approfondie, voit dans ces bandelettes des cordes magiques destinées à guider ou à maintenir le globe solaire au-dessus de l'arbre que les deux génies sont en train de fertiliser avec les inflorescences du palmier mâle. Nous aurions
Fig. 13.
(Lavard, Monuments of Xineveh, pi. LIX.)
là une représentation symbolique de la fécondation artiticielle des palmiers'.
Un savant botaniste, M. Bonavia,a combattu cette hypothèse. Il soutient que le cône est une pomme de pin ou de cèdre et que les génies s'en servent comme d'un goupillon pour arroser le palmier d'eau lustrale. Quant aux cordons, ils auraient simplement pour objet d'établir une communication, un lien moral ou plutôt symbolique entre les adorateurs et la divinité dont on invoque la protection-.
Il faut remarquer ({ue, dans ce bas-relief, le disque ailé est dépourvu d'éléments anthropomorphiques. Je me demande si les deux rois agenouillés ne seraient pas censés faire mouvoir le soleil par l'application d'un rite où l'on aurait fait tourner un disque à l'aide de deux cordons. Nous aurions donc ici un symbole tiré d'un engin qui était lui-même une traduction symbolique des idées courantes sur la marche ou l'action du soleil.
1. E. B. TvLOH, Winged fujures, clans les Proceedings de la Sociely ofBiblicnl Archaeology, juin 1890.
2. Bo.NAviA, The Flora of ihe Assyrian Monuments. Londres, 1894, pp. 77-79.
AHCIIEOLOGIE ET HISTOIHK HELIGIEl SES
11 convient de faire observer (|ue, dans ce bas-reiiel", les Ijandelettes disparaissent derrière la (jueiie pennée. Mais, dans d'autres exemplaires du même thème, les cordons se rattachent directement au disque. '^ oy. lig-. 14.)
La même disposition se rencontre encore sur deux monuments reproduits (hms le précieux ouvrage de M J. Menant sur les Pierres gravées de la Ilnute-Asie. Dans un de ces cylindres les deux cordons sont tenus par un seul personnage : un dieu ailé et agenouillé. Dans l'autre (fig. 14), ils sont tenus j)ar deux prêtres debout ' .
Sous le second empire de Chaldée, le dis(|ue solaire reprend nettement la forme d'une roue pure et simple. Il y avait alors à Habvlone une puissante famille, les Egibi, qui exerça le haut commerce jusque sous la domination perse. Le cachet de cette famille, ({ui nous a été conservé sur plusieurs contrats, présente un personnage, la tête rasée, probablement un prêtre, qui rend ses hommages au soleil et à la lune. Dans l'exemplaire ci-après, ce personnage s'avance, la main droite levée, vers une roue qui est dressée au sommet d'un haut piédestal, — peut-être un béthyle, — lui-même juché sur un autel. Le geste est celui de 1 invocation (iig. Lj). Mais c'est aussi l'attitude du bouddhiste qui va mettre en branle sa roue ou son cylindre à invocations, comme on peut le voir dans la planche de l'ouvrage de M. Simpson où celui-ci a dessiné, d'après nature, des femmes se préparant à faire tourner
Fi^. 14. — Cylindre assyrien.
(.Menant, Pierres g ruvi-cx, t. II, fig. 60.)
1. L'Urim-Thummin. dont les Israélites se servaient pour consulter la volonté de Jahveh, était peut-être une mécanique dcce genre, si, comme le pense Ernest llenan, il s'agit dun globe ailé à urœus. Suivant la conjecture de Renan, les deux ura?us, lun signifiant oui. l'autre non, s'abaissaient et se relevaient tour à tour, au moyen d'un ressort caché derrière le disque. (E. Renax, Histoire du peuple d'Israël. Paris, 1887, t. I. p. 276.) — Ne serait-il pas plus simple de supposer que le ressort, si ressort il y a, faisait tourner le disque qui fournissait ses réponses selon le point où il s'arrêtait? Nous aurions là une véritable roue de fortune, un prototype de la « roulette. »
LES ROUES LITURGIQUES DE L'ANCIENNE EGYPTE
des moulins à prières alignés le long d'un mur, dans la lamasserie de Hemis, au Petit-Thihet K
Le type de ces cachets, fait observer M. .1. Menant, s'est continué sous les Achéménides, c'est-à-dire à l'époque où la culture mésopotamienne fut portée, par les Perses, de Tîndus au Nil. « En fait, ajoute-t-il, les
mœurs, les coutumes et
l'art du second empire de Chaldée se sont perpétués jusqu'aux conquêtes d'Alexandre'. »
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Ezéchiel, dont la symbolique est presque tout entière empruntée à l'icono - Fig. 15. — Cylindre du second empire chaldéen. graphie mésopotamienne, (Gaidoz, Le dieu gaulois du soleil, ùg. n'-.)
décrit, dans sa célèbre
vision, « des roues remplies d'yeux tout autour >> qui tournaient d'un mouvements pontané, à côté des Chérubins*. » L'archéologie contemporaine a établi que ces Chérubins ou Keroubim devaient rappeler, par leur physionomie, soit les taureaux ailés à face humaine qui gardaient les abords des palais assyriens, soit les génies humains à tête d'aigle qu'on trouve figurés aux deux côtés du disque ailé. Quant aux roues, s'il faut conclure avec M. Ed. Reuss qu'elles étaient formées de deux cercles se coupant à angle droit afin de se mouvoir dans toutes les directions, c'étaient bien des globes ou des sphères^. François Lenormant, au contraire, croit rester plus fidèle à la description d'Ezéchiel, en se les figurant comme une sorte de bobine cylindrique. « On peut, dit-il, se les représenter comme des tambours d'une forte hauteur.
L The Biiddhisl Prnying-Wheel, p. 18.
2. Cf. d'autres reproductions de la même scène dans Menant, Pierres gravèe^i de la Haute-Asie, t. II, lig. 118 à liH), et dans le Calalorjue de la colleclion de Clercq. Paris, 1885-189!), pi. XXXIV, fig. 370.
3. J. Menant, Pierres ç/ravées de la Ilaule-Asie, t. II, p. 130.