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LES CATACOMBES DE I{OME

095 pages, en rcc^rettant d'arriver si vite au bout. Bien que, en effet, l'ouvrage soit écrit au point de vue scientifique, avec la compétence qu'assurent à Fauteur dix années de recherches archéologiques à Rome, il n'en est pas moins dune lecture aisée et attachante, grâce à l'attrait du sujet et aussi à la façon dont M. Roller l'a présenté. — Avec les planches qui l'accompagnent, c'est une œuvre de vulgarisation autant que de science.

Sans doute, M. Roller n'est pas le seul, ni même le premier qui ait cherché à utiliser les fouilles des catacombes pour l'histoire de Tart ou de la religion. Mais la plupart des auteurs fjui l'ont précédé dans cette voie n'ont pas toujours réussi à se défendre de préocupations dogmatiques ou confessionnelles qui altèrent nécessairement la valeur de leurs conclusions. Les pires ennemis de la science historique sont ceux qui en abordent les problèmes avec l'arrière-pensée d'y chercher la conhrmation d'une thèse religieuse ou antireligieuse. M. Roller a su éviter ce double écueil, et ce n'est pas le moindre mérite de son ouvrage.

On entend par catacombes l'ensemble des cryptes disséminées autour de la Rome antique, sur un rayon de plusieurs milles. Les premiers chrétiens les désignaient par le nom de cimetière (xo',u7,T/^o'.ov, clormitorium, dortoir) — allusion à l'idée que la mort était un sommeil. — Devant la quantité de travail représentée par ces labyrinthes, dont le développement total a été évalué à près de 800 kilomètres, on s'est longtemps refusé à croire qu'ils fussent l'œuvre des chrétiens, et on les a considérés jusqu'à nos jours comme d'anciennes carrières, où les sectateurs de la religion nouvelle auraient cherché un refuge pour leurs familles et pour leur culte au temps des persécutions. Toutes ces hypothèses sont définitivement écartées aujourd hui. Si ces galeries étroites et enchevêtrées ont aidé quelques chrétiens à dérouter la poursuite de leurs ennemis, elles n'ont jamais pu servir d'habitation permanente à des individus, moins encore à des multitudes ; si l'on y a célébré d'autres cérémonies que les

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rites funèbres en mémoire des morts, c'est accidentellement et, pour ainsi dire, en petit comité, pendant les dernières persécutions. Leur unique destination était de garder le corps des défunts en attendant le jour de la résurrection générale, et c'est dans ce dessein qu'elles ont été creusées tout entières par les générations chrétiennes du i''" au v*^ siècle. Le caractère même de la roche qu'elles traversent — tuf volcanique, granulaire ou terreux — exclut, du reste, l'idée qu'elles eussent pu fournir les matériaux de la ville éternelle.

Presque tous les cimetières avaient une entrée monumentale (jui devait les désigner de loin aux regards des passants. Dans ces conditions, on se demande comment leur existence peut s'ex- })liquer en face d'une administration aussi puissante et aussi hostile au nouveau culte ([ue l'administration impériale. C'est (|ue les catacombes, comme a dit le doyen Stanley, sont «. un monument de tolérance plutôt que de persécution. » Il faut observer que, jusqu'au iii^ siècle, les persécutions eurent un caractère fort intermittent, et que, seuls, les prédécesseurs immédiats de Constantin y mirent assez de vigilance et, en quelcjue sorte, de méthode pour atteindre les chrétiens juscjue dans leurs cimetières. En second lieu, on doit tenir compte du respect que les Romains professaient pour les sépultures, et des privilèges qu'ils y avaient attachés, sans distinction de culte. On a attribué aux chrétiens d'avoir introduit dans nos mœurs l'odieux usage d'enterrer les morts, au lieu de les brûler. Mais, même en plein paganisme, la crémation n'était peut-être pas aussi générale qu'on se plaît à le dire. Peut-être (|ue déjà chez les Grecs le bûcher fut l'exception, sauf en temps de guerre ou d'épidémie. A Rome même, les cultes orientaux — ^juifs. Phéniciens, adorateurs de Mithra et de Sabazius — possédaient de vrais cimetières souterrains qui avaient obtenu la reconnaissance officielle, et on sait que, tout au moins jusqu'à Domitien, le christianisme passa pour une secte juive. D'autre part, on avait pris l'habitude de jeter les cadavres des esclaves dans des puits (puleoli), où on les laissait pourrir, et, à l'autre extrémité de l'échelle sociale, certaines familles, telles que les Scipion, avaient de temps immémorial pratiqué l'usage des inhumations. Le nombre de ces familles s'accrut rapidement sous l'empire ; chacune, naturellement, voulut

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